Tony Levin - Bringing It Down to the Bass
e 6 juin 2026, Tony Levin a soufflé ses quatre-vingts bougies. Difficile d'imaginer meilleur cadeau d'anniversaire à se faire — et à nous faire — que ce Bringing It Down to the Bass, septième album solo de l'homme à la Chapman Stick et aux NS Design, et surtout le premier depuis 2007. Près de vingt ans de silence discographique en solitaire, pour un musicien qui n'a pourtant jamais quitté la scène ni le studio : plus de cinq cents albums au compteur, quinze avec Peter Gabriel, dix-huit dans l'orbite de King Crimson, sans parler de Stick Men ou de la tournée BEAT. Comme son titre l'annonce sans détour, le disque ramène tout à la basse — instrument, vocation, fil rouge d'une vie. Levin l'a conçu comme une autobiographie musicale, et le casting tient autant du carnet d'adresses que de la fête de famille : Robert Fripp, Steve Gadd, Vinnie Colaiuta, Mike Portnoy, Jerry Marotta, L. Shankar, David Torn, Pat Mastelotto, Earl Slick, Manu Katché, son frère Pete Levin aux claviers… Chacun débarque pour un titre, et l'on devine derrière chaque morceau un chapitre, une anecdote de route ou de session. Musicalement, c'est moins une réinvention qu'un panorama affectueux : groove caverneux et funk déluré (« Uncle Funkster », « Bungie Bass »), clins d'œil progressifs (« Beyond the Bass Clef » avec Shankar et Gary Husband), incursion atmosphérique signée Fripp sur « Floating in Dark Waters », et ce running gag assumé des titres qui célèbrent l'outil lui-même — « Me and My Axe », « Give the Cello Some ». On y entend un musicien détendu, joueur, sans rien à prouver, qui privilégie le plaisir et la complicité à la démonstration. Bringing It Down to the Bass n'a pas la prétention de bousculer la carrière de Levin — il la résume avec chaleur. Un disque généreux, parfois inégal dans son foisonnement de guests, mais traversé par une évidence : à 80 ans, l'un des bassistes les plus enregistrés de l'histoire prend encore un plaisir contagieux à descendre vers les fréquences graves. On y va.