La contrebasse de Linda May Han Oh et le ténor de Melissa Aldana, face à face, et c’est tout.
Le programme surprend d'abord par son classicisme : Parker, Powell, Monk, Coltrane, Shorter, Mingus, Sam Rivers, Herbie Hancock. Ni l'une ni l'autre n'avait jamais consacré un album entier au répertoire — Oh, née en Malaisie et grandie en Australie-Occidentale, Aldana venue du Chili, toutes deux passées par la scène new-yorkaise sans avoir vraiment joué ensemble avant ce projet. « Il ne s'agissait pas de rendre hommage au sens traditionnel, explique la saxophoniste, mais plutôt d'entrer dans ces mondes et de voir ce qu'on pouvait y découvrir ensemble. » Le titre dit le reste : ceux qui ont soulevé le ciel au-dessus d'elles.
Côté grave, c'est un régal de mécanique. Sur « Anthropology », Oh tient la ligne, l'harmonie et la moitié du thème en même temps, avec cette attaque nette et ce son boisé qui restent lisibles même quand ça file. « Hallucinations » de Bud Powell est sans doute le sommet du disque : unissons au cordeau, groove qui ne lâche jamais, un dialogue où l'on ne sait plus qui accompagne qui. Et quand elle passe en solo — « The Sorcerer » de Hancock, « God Bless the Child » — elle sort une contrebasse dotée d'une extension au do grave, un instrument qui appartenait autrefois à un contrebassiste d'orchestre de Perth, sa ville. Les notes du bas de la corde ne sont pas là pour l'effet : elles ouvrent l'espace sous le thème.
Trois improvisations libres (« Infinite », « Resolve », « Shoulder to Shoulder ») aèrent la séquence, et une composition originale d'Oh, « Winter », referme l'album sur une note plus personnelle. Tout n'est pas au même niveau — « Dance Cadaverous » et « 26-2 » passent un peu vite — mais l'ensemble tient debout par la qualité d'écoute, ce qu'aucun arrangement ne remplace.