Tony Levin - Peter Gabriel, King Crimson, Stick Men (1946)
Anthony Frederick Levin, né à Boston dans le Massachusetts, est sans conteste l'un des instrumentistes les plus révolutionnaires et prolifiques de l'histoire de la basse moderne. Ayant commencé la contrebasse classique dès l'âge de dix ans, il développe une fondation théorique et technique irréprochable qui le mène d'abord vers la musique orchestrale, avant de bifurquer vers le jazz et le rock. En 1977, sa carrière prend un tournant décisif lorsqu'il rejoint le groupe de Peter Gabriel, marquant le début d'une collaboration indéfectible qui redéfinira la place de la basse dans la pop et le rock expérimental. C'est avec ce dernier, puis en intégrant le légendaire groupe de rock progressif King Crimson en 1981, que Tony Levin innove littéralement sur le rôle de son instrument. Il devient l'un des grands pionniers et ambassadeurs mondiaux du Chapman Stick, un instrument singulier se jouant en tapping à deux mains, offrant des textures harmoniques et rythmiques inédites. Insatiable chercheur de sonorités, il invente également les fameux "Funk Fingers", de courtes baguettes de batterie fixées au bout de ses doigts (souvent l'index et le majeur) pour frapper les cordes et obtenir une attaque percussive unique, devenue sa signature sonore sur des morceaux mythiques. Véritable stakhanoviste des studios, il a enregistré sur plus de cinq cents albums pour des pointures comme John Lennon, Pink Floyd, David Bowie ou Alice Cooper. Son approche sonore s'appuie historiquement sur l'utilisation magistrale de basses Music Man StingRay, dont il affectionne le grondement naturel, et de contrebasses électriques NS Design, le tout fréquemment couplé à la chaleur et la profondeur des amplificateurs Ampeg.
Tom Araya - Slayer (1961)
Tomás Enrique Araya Díaz, né à Viña del Mar au Chili, est une figure tutélaire de la scène metal extrême, universellement reconnu comme le bassiste, chanteur et charismatique hurleur du groupe de thrash metal Slayer. Sa famille émigre aux États-Unis alors qu'il n'est encore qu'un enfant, s'installant en Californie. Avant de devenir une légende vivante de la musique, Araya travaille comme inhalothérapeute dans un hôpital, une profession exigeante qui lui permet surtout de financer les toutes premières démos et productions studio de Slayer au début des années quatre-vingt. Ses influences premières à la basse puisent étonnamment dans le rock classique, notamment à travers les lignes mélodiques de Paul McCartney au sein des Beatles, bien que son propre style de jeu évolue très rapidement vers une agressivité et une rapidité extrêmes pour s'accorder aux tempos frénétiques imposés par les guitaristes Kerry King et Jeff Hanneman. Initialement adepte du jeu classique aux doigts, il opte définitivement pour le médiator lors de l'enregistrement de l'album fondateur Reign in Blood, un choix technique indispensable pour garantir une attaque incisive et une clarté redoutable au milieu des murs de guitares hyper-saturées. Sur le plan du matériel, Tom Araya est un fidèle utilisateur des instruments de la marque japonaise ESP, qui lui a d'ailleurs conçu plusieurs modèles de basses signatures spécifiquement adaptées à ses besoins ergonomiques, souvent équipées de micros actifs EMG pour trancher dans le mix. Sur scène, il a longtemps fait rugir ses lignes de basse à travers d'imposants amplificateurs Marshall, soutenant la brutalité rythmique de Slayer jusqu'à la dissolution de la formation en 2019.
Jay Bentley - Bad Religion (1964)
Jayson Dee Bentley, né à Wichita dans le Kansas, est le pilier rythmique indéboulonnable et l'un des membres fondateurs du groupe de punk rock mythique Bad Religion. Élevé dans la banlieue de Los Angeles, il plonge très jeune dans la scène effervescente et bouillonnante du punk hardcore californien de la fin des années soixante-dix. Aux côtés du chanteur Greg Graffin et du guitariste Brett Gurewitz, il participe à la naissance de Bad Religion en 1979 et grave les sillons de leur tout premier album How Could Hell Be Any Worse?. Bien qu'il quitte brièvement la formation au milieu des années quatre-vingt pour prêter ses graves à d'autres groupes locaux phares comme Wasted Youth ou The Circle Jerks, il réintègre définitivement les rangs en 1986. Son jeu de basse est un véritable modèle d'efficacité pour tout bassiste de punk : un son extrêmement percutant, joué intégralement au médiator avec une attaque très franche, le tout soutenu par une musicalité mélodique inattendue qui accompagne à la perfection les célèbres chœurs à plusieurs voix du groupe. En près de quatre décennies de carrière ininterrompue, Jay Bentley a constitué l'épine dorsale de la quasi-totalité de l'abondante discographie de Bad Religion. Côté matériel de prédilection, il a bâti son identité sonore autour des indémodables basses Fender Precision, idéales pour le punk, avant de collaborer étroitement avec Epiphone pour développer et jouer sur son propre modèle signature basé sur la Jack Casady, un instrument demi-caisse à l'esthétique singulière et à la sonorité particulièrement ronde et chaleureuse.
Sean Yseult - White Zombie (1966)
Née sous le nom de Shauna Reynolds à Raleigh en Caroline du Nord, Sean Yseult est une bassiste, musicienne et designer qui a durablement influencé la culture alternative des années quatre-vingt-dix en tant que membre co-fondatrice de White Zombie, l'un des groupes fondateurs du metal alternatif et du groove metal. Alors brillante étudiante en arts graphiques à la prestigieuse Parsons School of Design de New York, elle rencontre Rob Zombie avec qui elle façonne l'univers musical poisseux, infusé de films d'horreur de série B, qui fera le succès planétaire du groupe. Loin de se contenter de son image scénique fascinante, Sean Yseult est avant tout la force motrice des lignes de basse lourdes, hypnotiques et distordues qui constituent l'ADN même d'albums devenus des classiques comme La Sexorcisto: Devil Music Volume One et le tentaculaire Astro-Creep: 2000. Son approche de l'instrument est massive, très axée sur un groove profond et répétitif, l'utilisation d'accordages graves et un grain souvent traité par de lourdes fuzz ou distorsions pour rivaliser avec la batterie et les guitares tronçonneuses. Son travail rythmique a permis de jeter un pont inédit entre la puissance frontale du heavy metal traditionnel et les rythmiques mécaniques et dansantes de la musique industrielle. Après la dissolution de White Zombie à la fin de la décennie, elle ne remise pas sa basse et s'investit dans diverses formations underground telles que Famous Monsters, Rock City Morgue et plus tard le projet heavy Star & Dagger, prouvant sa passion indéfectible pour les fréquences basses et le riffing rocailleux.
Kazuhiro Sunaga - Quasimode (1981)
Kazuhiro Sunaga est un musicien japonais particulièrement recherché dans les sphères du jazz contemporain, du nu-jazz et de la riche scène musicale instrumentale nippone. Connu internationalement pour être l'un des membres éminents du groupe Quasimode, il a fortement contribué à populariser un jazz club extrêmement dynamique et résolument moderne à travers l'Asie et l'Europe dans les années 2000 et 2010. L'immense force de Sunaga réside dans son aisance technique totale qui lui permet de naviguer avec une fluidité remarquable entre la contrebasse acoustique et la basse électrique. Sur l'instrument traditionnel, il déploie un swing organique, puissant et un son boisé qui ancre le groupe dans la plus pure tradition du hard bop, tandis qu'il utilise sa basse électrique pour asseoir des grooves plus urbains, nerveux et teintés de funk ou de soul. Avec Quasimode, il a eu le privilège de signer et d'enregistrer sous la bannière du mythique label Blue Note Records, gravant plusieurs albums encensés par la critique où sa solidité rythmique de métronome et la grande finesse de son placement harmonique sont mis en évidence. Outre son rôle essentiel au sein de ce quatuor japonais phare, Kazuhiro Sunaga mène en parallèle une carrière très riche de requin de studio et d'accompagnateur de grand standing pour de nombreux artistes, consolidant sa réputation de bassiste polyvalent capable de transcender les genres.
Martin Walker - Nidwaldner-Buebe (1983)
Martin Walker, né à Ennetmoos au cœur de la Suisse, est un contrebassiste passionné dont l'essentiel du parcours musical est dévoué à la préservation, l'interprétation et la transmission de la musique folklorique de son pays natal. Il s'est notamment fait une solide réputation au sein de la formation traditionnelle Ländlertrio Nidwaldner-Buebe (qui évolue également sous la forme du Schwyzerörgeliquartett Nidwaldner-Buebe). Dans l'univers très codifié et festif du Ländler suisse, où les petits accordéons diatoniques (les Schwyzerörgeli) et les instruments à vent virtuoses tiennent les complexes lignes mélodiques principales, la contrebasse occupe une place absolument centrale et structurante. L'approche de Martin Walker illustre avec pureté l'exigence de ce rôle de l'ombre : fournir un battement rythmique irréprochable et un soutien tonique continu qui invite naturellement à la danse. Sans le moindre artifice ni besoin d'amplification démesurée, son jeu purement acoustique s'appuie sur la résonance naturelle, le volume et le coffre impressionnant de son instrument pour projeter un tapis sonore profond dans la salle. Son dévouement total à ce patrimoine culturel authentique offre à vos lecteurs une autre perspective sur la contrebasse, ancrée dans la rigueur de la tradition rurale européenne et le cœur battant des rassemblements populaires.
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