Août 2026

William Parker & Hamid Drake — First Communion

Brooklyn, 1er avril 2000. Quatre-vingts places, une salle qui est aussi le QG d'un label, un billet photocopié au coin de la rue — et les retardataires relégués au sous-sol, à écouter à travers le plafond en jouant au billard. Ce soir-là, Parker et Drake se produisent en duo pour la première fois. Steven Joerg avait organisé le concert comme un échauffement : trente-six heures plus tard, les deux hommes entraient en studio pour Piercing The Veil. L'échauffement valait la séance. Six plages, un seul mouvement en réalité, où le duo circule sans emphase entre les continents : balafon et tabla, doumbek et frame drum, shakuhachi qui ouvre un couloir d'air au milieu des peaux, et la contrebasse qui ne rentre qu'en dernier — mais alors avec une telle poigne qu'elle sature le micro sur la troisième partie. Le label prévient : ce n'est pas votre système, c'est l'attaque de Parker. On l'entend comme une signature plutôt que comme un défaut. Ce qui frappe, c'est l'absence de démonstration. Deux musiciens capables de tout se contentent d'écouter, de laisser les cycles s'installer et se dissoudre. Le public, prié de retenir ses applaudissements jusqu'à la fin, y est pour beaucoup : on entend la salle tenir son souffle. Joerg refuse de commenter la qualité du concert ; il dit simplement que la pièce était sainte. On le croit sur parole. Premier retour du concert intégral depuis le double CD de 2007. Indispensable à qui suit ce duo depuis vingt-cinq ans.

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MonoNeon – THA DUMB STUFF

Sorti le 6 août 2026, THA DUMB STUFF album est le nouveau format court de Dywane "MonoNeon" Thomas Jr., bassiste tout terrain venu de l'Orange Mound à Memphis et repéré en son temps par Prince. Huit titres qui zigzaguent entre funk tordu, gospel de sanctuaire et excentricité assumée : "This Little Neon Light Of Mine", "Oblivion (When The World Is Tossing Me)", "Bottom Feeder", "Pray For Me", "One In A Billion", le morceau-titre "THA DUMB STUFF", "The President" et un "Life Is A Glittery Fu¢kery/God Be With You (Live in Philly)" en clôture. George Clinton et la fidèle Grandma Liz apparaissent ensemble sur trois titres, dont le morceau-titre et "Bottom Feeder", pendant que Grandma Liz seule habille trois pièces à l'accent hymne d'église baptiste. On y retrouve aussi "The President", déjà sorti en 2024, et "One In A Billion", coécrit avec Davy Nathan en 2022. Le disque se referme en live à Philadelphie, où MonoNeon glisse le vieux cantique "God Be With You Until We Meet Again" dans sa propre "Glittery Fu¢kery". Basse funk hyper colorée, prêche gospel et sens de l'absurde : MonoNeon signe encore un disque qui ne ressemble qu'à lui.

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Steve Lawson – 40 Years of SoloBassSteve: Manifesto

Sorti le 3 août 2026, ce nouvel album marque les 40 ans de carrière de Steve Lawson à la basse, et 27 ans de pratique en solo. Sept titres : Prologue: Patience, Jan 1st (Happy New Year), Future Best Friend, Interlude: Standing Inside My Own Heart, 61 Songs, Manifesto et Epilogue: The Debt We Owe.

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Juillet 2026

Psychedelic Source Records — Vertical Railsides

Sorti le 26 juillet 2026, Vertical Railsides a été enregistré au bord du lac Balaton, en Hongrie, dans la petite maison de weekend d'Ákos, jardin planté de grands arbres et voie ferrée juste à côté. Pocketstudio posé à l'ombre, le trio (ou duo, l'info reste floue) y a improvisé pendant trois jours une matière ambient mouvante et bricolée, volontairement imparfaite : on y entend le train passer, des enfants crier "vonat!" ("train!" en hongrois), des soucis électriques qui grésillent, du bruit de fond assumé comme texture à part entière. Sept titres — The Way Itself From Eternity, Pure Rain, Late Introduction, Singin' Train, Named Form, The Source, Song Of The Railway — qui enchaînent nappes et field recordings sans chercher la propreté du studio. Un disque pensé comme un carnet de bord sonore plus que comme une œuvre polie, à réserver aux amateurs de psychédélisme mineur et de lo-fi habité.

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Galliano – Let The Music Find You

Galliano ressort de son sommeil pour livrer deux titres pensés à l'origine pour l'édition japonaise de leur album Acid Jazz Revenge. Le morceau-titre, "Let The Music Find You", renoue avec le groove Brit Funk du tout début des années 80, cette esthétique de dancefloor britannique que redécouvre depuis peu une nouvelle génération. Rien d'étonnant à ce que le combo londonien, pionnier historique de l'acid jazz sur Talkin' Loud, s'en empare : c'est un peu son terrain de jeu naturel depuis toujours. En face B, "Prince Of Peace (Dingwalls Version)" revisite un titre plus ancien dans une mouture puisée à la source du club londonien qui a vu grandir le mouvement acid jazz. Un clin d'œil assumé aux racines du groupe plus qu'une nouveauté à proprement parler. Le single sort en digital et en vinyle 7 pouces chez P-Vine.

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Kate Davis — Then we could be together as a family

Contrebassiste de formation, révélée au grand public via une reprise virale d'"All About That Bass" avec Postmodern Jukebox avant de bifurquer vers une carrière solo plus intime (Trophy en 2019, Strange Boy — reprise intégrale de Daniel Johnston — en 2021, puis Fish Bowl chez ANTI- en 2023), la Portlandaise Kate Davis annonce un nouvel EP de trois titres : "mama", "Preference for reality frequency" et "Baby 244".

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MY Duo — Desert Duologue

Desert Duologue réunit le contrebassiste Robert Matheson — docteur en interprétation de l'Université d'Arizona, aujourd'hui enseignant à Saint George (Utah) — et un partenaire au violoncelle au sein de MY Duo, formation dédiée à ce face-à-face rare entre les deux cordes graves de l'orchestre.

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Adi Oasis — Silver Lining (Remixes)

Adi Oasis (Adeline Michèle Pétricien de son vrai nom), chanteuse et bassiste française d'origine caribéenne installée à New York depuis ses vingt ans, publiait en décembre 2025 Silver Lining, premier fruit de sa collaboration avec le producteur Carrtoons (Mac Ayres, Reuben James, Samara Joy, Masego), sur le label Unity Records. Six titres de soul-funk lumineuse portés, comme toujours chez elle, par une ligne de basse omniprésente — l'instrument qu'elle a adopté presque par accident, un bassiste manquant à l'appel avant un concert, pour ne plus jamais le lâcher.

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GOZ – Bone Medo (Zona Watusa, 2026)

GOZ est l'alter ego noise et drone du contrebassiste et compositeur portugais Gonçalo Almeida, installé à Rotterdam et connu pour ses collaborations tous azimuts (Albatre, The Selva, Spinifex, HyPoMaNiaC, Rapid Zen, States of Restraint, entre autres), à cheval entre free jazz, improvisation libre et musique expérimentale. Bone Medo est sa deuxième sortie sur le label Zona Watusa, après la cassette Domus. Deux titres, BONE et MEDO, pour un disque bâti autour de la contrebasse amplifiée, de platines et d'électronique. Almeida y explore un versant plus sombre de son travail : structures qui se déploient lentement, fréquences graves et résonantes, contrebasse copieusement distordue. Des boucles de vinyle manipulées aux platines viennent s'enrouler autour de l'instrument acoustique, jusqu'à créer une matière dense et hypnotique où la résonance physique du bois et des cordes semble se dissoudre dans une mémoire qui se décompose. Pas de ruptures ni d'effets de manche ici : Bone Medo avance par mutations graduelles, un disque qui préfère l'érosion patiente à la démonstration.

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The Selva — Mistérios Negros

The Selva, c'est le trio portugais de Ricardo Jacinto (violoncelle, électronique), Gonçalo Almeida (contrebasse, électronique) et Pedro Oliveira (percussions, électronique), qui a rejoint la formation début 2025 en remplacement de Nuno Morão. Depuis 2016, le groupe creuse un sillon à la croisée de l'improvisation, de l'électroacoustique et du minimalisme, quatre albums plus tôt (The Selva, 2017 ; Canícula Rosa, 2019 ; Barbatrama avec Machinefabriek, 2021 ; Camarão-Girafa, 2023). Mistérios Negros, enregistré aux studios OSSO en février 2025, prend pour point de départ un fait géologique bien réel : la Furna do Enxofre, caldeira active au centre de l'île Terceira (Açores), qui cessa de fumer vers 1760 avant que la terre ne se mette à trembler. Le disque, huit pistes (MISTÉRIO, OBSIDIANA, CENTRO, EXPLOSÃO, BOCA, FOGO, SUSSURRO, PROCISSÃO), épouse cette dramaturgie souterraine : ça couve, ça siffle, ça gronde, jusqu'à la procession finale. Avec l'arrivée d'Oliveira, la matière de chambre des débuts s'électrise davantage — cordes graves et percussions traitées, textures qui s'effritent et se recomposent, hypnose plus que démonstration. Mixé par Jacinto et Almeida, masterisé par Manuel Pinheiro, avec un artwork de Travassos qui prolonge bien l'imagerie tellurique du disque. Une cinquième sortie qui confirme The Selva comme l'un des ensembles les plus singuliers de la scène improvisée portugaise — toujours entre matière acoustique et transformation électronique.

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Norside — Coal & Soul

Pas de bassiste chez Norside, et c'est bien tout l'intérêt du trio pour un lecteur de Grave Basse : à Pittsburgh, c'est l'organiste Skip Sanders qui tient la basse au pied et à la main gauche de son Hammond, épaulé par Glenn Strother à la guitare et Steve Ippolito à la batterie. Format organ trio dans la plus pure tradition soul-jazz, donc, mais recentré sur le groove contemporain et l'improvisation plutôt que sur le pur revival. Signé chez Color Red — le label du guitariste des New Mastersounds Eddie Roberts, groupe que Norside a justement accompagné sur leur dernière tournée américaine — Coal & Soul assume ses racines de la Rust Belt : énergie ouvrière, groove trapu, ambiance de bar de quartier. Les huit titres, en grande partie rodés sur scène, gagnent en spontanéité ce qu'ils perdent en polish. Le morceau-titre, teinté d'afrobeat et enrichi de cuivres (Steeltown Horns), est le sommet de l'album et montre que la walking bass à l'orgue peut groover aussi fort qu'une basse électrique bien sentie. Un deuxième album qui confirme Norside comme l'une des formations instrumentales funk/soul-jazz les plus solides du moment — à cocher pour les amateurs de basslines qui ne sortent pas d'une basse.

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Sound The Alarm — Save me last

Trois ans après la formation de son ensemble Sound the Alarm et son premier album éponyme paru chez Relative Pitch Records, le contrebassiste australien Clayton Thomas revient avec "Save Me Last", un disque court et dense de trois titres — Waves, Alma, from under the rubble et Names (an incomplete list) — sorti le 3 juillet 2026, jour choisi pour marquer le millième jour du génocide en cours à Gaza. Conçu comme une "méditation sur la résilience face à une violence existentielle, aléatoire et toute-puissante", le disque prolonge la démarche engagée de Sound the Alarm : une musique improvisée pensée comme réponse directe et frontale à l'horreur, plutôt que comme simple commentaire. Le titre "Names (an incomplete list)" en dit à lui seul l'intention — donner corps, par la musique, à ce que les chiffres ne disent pas. Fidèle à l'éthique du projet, l'intégralité des recettes de vente sera reversée à des organisations actives sur le terrain auprès des enfants de Gaza, Clayton Thomas et son équipe s'engageant à réorienter les fonds vers celles qui sont, à chaque instant, en capacité réelle d'agir. Un disque qui ne cherche pas à consoler : il tient la note grave, celle qu'on n'a pas le droit de couper la première.

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Voyage 35 — Even Less

Voyage 35, c'est le projet mené par Colin Edwin (basse) et John Wesley (guitare et chant), deux anciens hommes de l'ombre — ou presque — de Porcupine Tree : Edwin en fut le bassiste jusqu'en 2012, Wesley le guitariste de scène de longue date. Rejoints par Lorenzo Esposito Fornasari, alias « Lef » (chant, claviers), et Alessandro Vagnoni (batterie), tous deux compagnons d'Edwin au sein d'O.R.k., le groupe s'est donné pour mission de redonner vie sur scène à des morceaux de Porcupine Tree que le groupe original ne joue plus, voire n'a jamais joués en tournée. « Even Less » en est le deuxième témoignage après « The Nostalgia Factory », et pas des moindres : le titre ouvre Stupid Dream (1999), l'album qui a marqué le tournant pop-mélancolique du groupe de Steven Wilson après ses années plus expérimentales. Sur l'original, on retenait surtout cette tension entre légèreté mélodique et texte glaçant — un corps échoué sur une plage du Norfolk, un enfant de chœur enterré sur la lande, l'indifférence sociale déguisée en fatalisme (« you're a martyr for even less »). La version de Voyage 35, tournée en session de répétition et publiée en clip, ne cherche pas à copier l'original note pour note. Edwin le dit lui-même : l'exercice consiste à « respecter la source tout en l'emmenant ailleurs » — et la ligne de basse fretless, sa marque de fabrique, est justement ce qui déplace le centre de gravité du morceau, plus organique et moins vernie que la production Wilson de l'époque. Wesley reprend le chant avec une voix plus rugueuse, Lef épaissit les claviers sans les surcharger, et Vagnoni tient une frappe sèche qui donne au titre un abattage presque live-club, loin du feutré studio de Stupid Dream. Ce n'est ni une resucée nostalgique ni une réinvention radicale : c'est une relecture assumée par des musiciens qui connaissent le matériau de l'intérieur et qui s'autorisent à le muscler pour la scène. En soi, le morceau vaut surtout comme carte de visite avant la tournée européenne de septembre 2026 (Italie, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni) — un signal envoyé aux fans de la période Stupid Dream/Lightbulb Sun qu'ils vont enfin réentendre ces titres jouués avec sérieux, et pas juste évoqués en hommage poli.

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Jack Irons & Remco Hendriks – Iridescence

Il y a des rencontres qui ne devraient, sur le papier, jamais donner un disque entier. D'un côté, Jack Irons, batteur fondateur des Red Hot Chili Peppers, membre historique des débuts de Pearl Jam, homme de l'ombre qui n'a jamais eu besoin d'en faire trop pour marquer une chanson. De l'autre, Remco Hendriks, bassiste néerlandais connu de toute une communauté de bassistes pour sa chaîne Remco's Groove Lab, où il enchaîne depuis des années des sessions groove en une prise, basse fretless en tête, harmoniques et double-stops à l'appui. Deux univers, deux générations de réseaux (le rock FM des nineties d'un côté, YouTube et Instagram de l'autre) qui se retrouvent sur Iridescence, dix titres enregistrés entièrement en temps réel, sans MIDI ni retouche numérique. C'est justement cette contrainte qui donne au disque sa couleur. Batterie, basses, synthés, pédales, percussions : tout a été capté dans le feu de l'instant, à l'ancienne, façon prise de son analogique. Le résultat n'a rien d'un exercice de studio léché — on entend le grain, les respirations, les décisions prises à la volée. Et c'est bien la basse de Hendriks qui porte l'essentiel du poids harmonique de l'ensemble : sur un disque sans guitare ni clavier mélodique fixe, c'est elle qui trace les lignes, pose les couleurs, remplit l'espace que la batterie d'Irons — toujours retenue, toujours au service du morceau — laisse volontairement vacant. Hendriks joue ici essentiellement en fretless, avec cette manière très reconnaissable de faire chanter la corde plutôt que de la marteler : glissés, harmoniques, doubles cordes, un vibrato large qui rappelle par moments Pino Palladino période solo, par d'autres le geste plus rustique et vocal d'un Jaco période Weather Report. Sur des morceaux comme Creatures of the Deep ou Floating in Space, la basse n'accompagne pas, elle raconte : c'est elle qui installe le climat, avant que la batterie ne vienne, patiente, structurer le récit. Ailleurs — The Dog Dance, Something Must Work — le duo resserre le jeu et bascule vers un groove plus funk-rock, plus frontal, où l'on retrouve le sens du riff et du silence qui a toujours caractérisé le jeu d'Irons chez RHCP. L'ensemble se construit comme un voyage : le titre d'ouverture, Under Alien Water, plonge d'emblée dans une matière flottante, presque suspendue, avant que l'album ne circule entre plages aériennes et séquences plus tendues, pour se refermer sur Gravity, où Alain Johannes est venu prêter main forte au mixage batterie et synthés — un clin d'œil à la longue histoire commune des deux musiciens dans l'orbite Chili Peppers / Eleven. Le mixage général, réparti entre Jack Irons, son fils Zach Irons et Remco Hendriks selon les morceaux, garde partout cette cohérence de disque pensé comme un tout plutôt que comme une collection de titres. La peinture à l'huile de Joop Smits qui orne la pochette résume assez bien l'intention : quelque chose d'organique, de mouvant, qui change de couleur selon l'angle sous lequel on le regarde — l'iridescence, donc. Le disque fonctionne de la même façon : pas de tube évident, pas de moment calibré pour une playlist, mais une matière qui se révèle par couches successives à l'écoute, et qui demande un peu de patience pour livrer tout son groove.

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Weedian, The Best Releases of June 2026

Le stoner et le doom, c'est d'abord une histoire de basse : accordages descendus, fuzz saturé jusqu'à la distorsion, groove qui porte tout le poids du riff pendant que la guitare joue à faire pareil. C'est ce terrain-là que défriche WEEDIAN depuis des années, un label-collectif né d'une passion pour la scène underground et devenu une véritable institution du genre — plusieurs dizaines de compilations à prix libre, une réputation de dénicheur de groupes qui dépasse largement le cercle des initiés, et un système bien rodé : chaque mois, une sélection resserrée de ce qui bouge sous le radar. The Best Releases of June 2026 est le sixième chapitre de cette nouvelle série mensuelle. Vingt-six groupes, vingt-six titres, aucune thématique imposée sinon la qualité — stoner, doom, sludge, psych lourd, avec toutes les nuances de boue sonore que ça implique. La sélection du mois : Loathing Hollow – Bog Water BLACK GLOW – W. M. M. W. Gout – poppers BONG WIZARD – Transylvanian Munchies Mollusk – Azathoth Black Tusk – Crushed by the Weight — les vétérans sludge de Savannah, toujours fidèles à leur violence organique Plaindrifter – In Anima The Heavy Eyes – Concrete Halloween Soft Curse – In the Night Grivo – Sunset Receipt Redwood – Future Shipyard – Dry Dock Ambarvalium – Centerfold Smoke Witch – My Acid Queen Goat Farm – Stolen Land Druidess – The Hermit Of Druid's Temple Asatta – Oxygen Destroyer Natskygge – Dry Light Gutward – What's with the Rush Mandy Manala – Something Wicked Witchspire – Hick Next Door Moth Doughter – Plainswalker Hydracat – Space Jesus Quinn's Lizard – The Mountain of a Thousand Battles Geohominid – Chupacabra Peregrin – Arestes

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Sam Anning - Earthen

Troisième album en leader pour le contrebassiste et compositeur melbournien Sam Anning, Earthen n'est pas un disque comme les autres : c'est un hommage. Pendant les trois dernières années de sa vie, Anning a été le bassiste d'Archie Roach, figure tutélaire de la musique aborigène australienne, chanteur-compositeur dont l'œuvre a porté la mémoire des Stolen Generations. Roach s'est éteint en 2022, et c'est de cette proximité, de cette dette artistique et humaine, qu'est né ce septet. L'anecdote qui donne son titre au disque en dit long sur la place de la basse dans ce projet. Au chevet de Roach à l'hôpital, alors qu'Anning et le guitariste Stephen Magnusson jouaient doucement pour lui, le chanteur aurait désigné leurs instruments en disant : « ceci est de la poterie, cela vient de la terre, la musique vient de la terre, et ces instruments la portent, avant qu'elle n'y retourne. » Une contrebasse comme argile façonnée, comme vase qui contient et transmet : difficile de trouver plus belle définition du rôle de l'instrument dans un ensemble. Neuf titres, une tonalité élégiaque assumée du premier au dernier morceau, et une basse qui, sans jamais chercher la lumière, se fait la mémoire du disque : c'est peut-être la plus juste façon de rendre hommage à un compagnon de route.

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Galliano — Acid Jazz Revenge

Trois ans après leur retour, les pionniers de l'acid jazz britannique n'ont visiblement rien perdu de leur foi dans la groove. Acid Jazz Revenge, pressé en exclusivité pour le marché japonais via P-Vine, prolonge le disque Unreliable Memories Of Contested Conversations (WoozyWu, janvier 2026) en lui adjoignant quatre inédits. Une manière de rappeler que, chez Galliano, le disque n'a jamais été qu'une étape entre deux scènes. Enregistré aux Boogie Back Studios du nord de Londres, l'album tisse la même étoffe que le précédent : récits de la culture londonienne de la fin des années 80 dont le groupe est issu, mis en regard de l'époque numérique où l'on se débat aujourd'hui. Le titre Boogie For Brains résume l'esprit du disque — un funk crasseux à la James Brown, cuivres et flûte signés Finn Peters, sur fond d'interrogation grinçante : l'expérience numérique était-elle vraiment le futur qu'on nous avait promis ? Ailleurs, Children Of The Sun emprunte à Roy Ayers son soleil et à Gil Scott-Heron une première ligne empruntée à Winter in America. Difficile de parler de Galliano sans revenir au socle rythmique. Depuis les origines, la basse est tenue par Ernie McKone — « The Great Ernesto » — pilier de la scène rare groove britannique, patron du label Boogie Back et complice de longue date du batteur Crispin Taylor. C'est cette paire basse-batterie, rodée depuis la fin des années 80 (et parallèlement au sein de Push), qui donne au disque son assise élastique et dansante. Le studio même, Boogie Back, porte la marque du bassiste. Sur Acid Jazz Revenge, McKone assure basse et guitare : un ancrage jazz-funk que les habitués de son travail avec Incognito, Sister Sledge ou Seal reconnaîtront au premier walking.

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Juin 2026

Peter Gabriel - I Belong to the Sky (Bright-Side Mix)

Fidèle à la mécanique inaugurée avec i/o en 2023 — et dont le nouvel album o\i renverse jusqu'au titre —, Peter Gabriel égrène ses chansons au rythme des pleines lunes. « I Belong to the Sky » est la septième pièce de ce puzzle de 2026, après « Been Undone », « Put the Bucket Down », « Till Your Mind Is Shining », « Won't Stand Down » et « A Hard Lesson ». Comme les autres, elle existe en deux visages, Dark-Side et Bright-Side ; c'est la version solaire qui ouvre le bal.

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Peter Gabriel - A Hard Lesson (Dark-Side Mix)

Fidèle à son calendrier lunaire, Peter Gabriel a fait paraître le 15 juin, au gré de la nouvelle lune, la Dark-Side Mix d'A Hard Lesson, signée Tchad Blake — pendant nocturne de la Bright-Side Mix de Mark « Spike » Stent dévoilée deux semaines plus tôt à la lune bleue.

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Empirical — Like Lambs: To The Slaughter

Huitième album du collectif britannique Empirical, Like Lambs: To The Slaughter arrive avec une équipe redessinée. Le départ aux États-Unis du vibraphoniste Lewis Wright, membre de longue date, a laissé un vide que le groupe n'a pas cherché à combler à l'identique : autour du trio resserré Nathaniel Facey (saxophone alto), Tom Farmer (contrebasse) et Shaney Forbes (batterie), le pianiste Ivo Neame et le guitariste David Preston viennent élargir la palette en invités. C'est là que l'écoute « basse » devient intéressante. Privée de l'épine vibraphonique qui structurait jadis ses harmonies, la musique reporte une partie de cette charge sur la contrebasse. Tom Farmer, cofondateur et pivot rythmique du groupe, se retrouve à arbitrer en permanence entre fonction d'ancrage et liberté mélodique — d'autant que le piano de Neame dialogue avec lui sur le terrain harmonique plutôt que de l'y remplacer. L'archet et le pizzicato se partagent l'ouvrage selon les mouvements, la contrebasse passant tour à tour du socle au contre-chant. Conçu à l'origine par le batteur Shaney Forbes comme une suite au long cours, d'abord parue en EP, le disque se déploie ici en un récit continu de 51 minutes, sans rupture. Il traverse une terre mouvante entre musique contemporaine, paysages sonores, post-bop et free, fidèle à la filiation revendiquée du jazz des années 1960. Le propos — pensée indépendante contre comportement de troupeau, frontière entre innocence et ignorance — colle au titre, et la forme même de l'œuvre, un arc ininterrompu, en devient le manifeste : une invitation à résister à l'attention fragmentée. Dans le grave, l'album vaut surtout comme leçon de fonction : comment une contrebasse soutient un édifice collectif quand on lui retire l'un de ses piliers. Exigeant, parfois âpre, mais payant pour qui accepte de s'immerger d'un seul tenant.

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Little North — Crossing Currents

Sixième album en six ans pour le trio danois Little North, et l'un des plus ambitieux. Enregistré à New York dès novembre 2023, Crossing Currents sort le décor habituel du piano-trio nordique pour aller dialoguer avec deux voix marquantes de la scène américaine : le vibraphoniste Joel Ross et le saxophoniste Hannes Bennich. Le titre dit tout : il s'agit de courants qui se croisent, ceux de Copenhague, Malmö et Manhattan, fondus dans une même langue. Pour qui écoute par le bas du spectre, l'intérêt se loge dans le jeu de Martin Brunbjerg Rasmussen. Sa contrebasse reste fidèle à ce qui fait la signature du groupe : une assise jamais ostentatoire, mobile, à l'écoute, qui laisse respirer le piano de Benjamin Nørholm Jacobsen et les nappes de Lasse Jacobsen à la batterie. C'est l'école du contrebassiste-architecte plutôt que du soliste démonstratif — héritage assumé de la lignée Niels-Henning Ørsted Pedersen, mais ramené à une retenue toute scandinave. L'ajout du vibraphone change pourtant l'équation : la basse doit désormais tenir le grave face à un instrument harmonique concurrent, et c'est là que l'écoute collective du trio paie. Le résultat est un disque de transition au beau sens du terme : cinématique et minimaliste comme à l'accoutumée, mais traversé d'une énergie et d'une conversation transatlantique qui élargissent franchement le territoire. Les amateurs de Wide Open ou While You Wait ne seront pas dépaysés ; les autres y trouveront une bonne porte d'entrée vers ce « Nordic cool » dont Little North est devenu, presque sans bruit, l'un des meilleurs représentants.

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Tony Levin - Bringing It Down to the Bass

e 6 juin 2026, Tony Levin a soufflé ses quatre-vingts bougies. Difficile d'imaginer meilleur cadeau d'anniversaire à se faire — et à nous faire — que ce Bringing It Down to the Bass, septième album solo de l'homme à la Chapman Stick et aux NS Design, et surtout le premier depuis 2007. Près de vingt ans de silence discographique en solitaire, pour un musicien qui n'a pourtant jamais quitté la scène ni le studio : plus de cinq cents albums au compteur, quinze avec Peter Gabriel, dix-huit dans l'orbite de King Crimson, sans parler de Stick Men ou de la tournée BEAT. Comme son titre l'annonce sans détour, le disque ramène tout à la basse — instrument, vocation, fil rouge d'une vie. Levin l'a conçu comme une autobiographie musicale, et le casting tient autant du carnet d'adresses que de la fête de famille : Robert Fripp, Steve Gadd, Vinnie Colaiuta, Mike Portnoy, Jerry Marotta, L. Shankar, David Torn, Pat Mastelotto, Earl Slick, Manu Katché, son frère Pete Levin aux claviers… Chacun débarque pour un titre, et l'on devine derrière chaque morceau un chapitre, une anecdote de route ou de session. Musicalement, c'est moins une réinvention qu'un panorama affectueux : groove caverneux et funk déluré (« Uncle Funkster », « Bungie Bass »), clins d'œil progressifs (« Beyond the Bass Clef » avec Shankar et Gary Husband), incursion atmosphérique signée Fripp sur « Floating in Dark Waters », et ce running gag assumé des titres qui célèbrent l'outil lui-même — « Me and My Axe », « Give the Cello Some ». On y entend un musicien détendu, joueur, sans rien à prouver, qui privilégie le plaisir et la complicité à la démonstration. Bringing It Down to the Bass n'a pas la prétention de bousculer la carrière de Levin — il la résume avec chaleur. Un disque généreux, parfois inégal dans son foisonnement de guests, mais traversé par une évidence : à 80 ans, l'un des bassistes les plus enregistrés de l'histoire prend encore un plaisir contagieux à descendre vers les fréquences graves. On y va.

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Fernando Molinari - Numen

Originaire du Brésil, Fernando Molinari s'est imposé comme l'une des figures majeures de la basse moderne à l'échelle internationale. Son parcours est celui d'un musicien acharné, puisant ses influences dans le jazz-fusion, le rock progressif, le métal, mais également dans les rythmiques complexes et syncopées de sa culture natale. Il ne se contente pas d'être un technicien hors pair ; il utilise des techniques avancées comme le slap percussif, le tapping à deux mains ou un jeu aux doigts d'une vélocité stupéfiante pour servir un propos musical toujours profondément mélodique. Contrairement à certains virtuoses qui tombent dans la démonstration stérile, Molinari garde constamment à l'esprit que la basse, même lorsqu'elle s'arroge le rôle de soliste, doit conserver son assise rythmique et son groove fondamental. Son approche de la lutherie et de l'amplification reflète cette exigence de tous les instants, recherchant inlassablement ce grain à la fois précis, chaleureux et redoutablement tranchant pour percer des mixages denses, une quête sonore que tout bassiste à la recherche du son parfait comprendra intimement. L'album Numen représente la quintessence de cette philosophie musicale. Dès les premières mesures, l'auditeur est transporté dans un paysage sonore où la basse est reine, naviguant au cœur de compositions instrumentales d'une richesse foisonnante. L'album se distingue par une écriture extrêmement ciselée, où les signatures rythmiques asymétriques côtoient des harmonies sophistiquées, sans jamais perdre l'énergie brute et électrique qui caractérise le jeu de Molinari. Chaque piste est une exploration minutieuse de textures et de dynamiques. Les thèmes mélodiques, souvent exposés à la basse dans les registres aigus avec une clarté cristalline, s'entremêlent avec des unissons fulgurants et des riffs d'une lourdeur implacable, créant un contraste saisissant. Le travail sur le son au sein de Numen est un véritable régal pour les tympans et pour les amateurs de beau matériel. On y décèle une production méticuleuse qui met en valeur les moindres nuances de l'attaque et du toucher de Fernando. Le bas du spectre est abyssal mais parfaitement tenu, évitant tout effet de boue sonore, tandis que les médiums grondent avec cette agressivité musicale si recherchée pour le jeu en slap ou pour faire chanter les harmoniques. Les aigus, quant à eux, s'expriment sans jamais devenir criards, offrant une définition parfaite pour les passages en tapping et le jeu en accords. C'est un disque qui met en lumière l'importance cruciale d'une chaîne du son irréprochable, de la lutherie de l'instrument jusqu'aux étages de préamplification, de compression et d'égalisation. Il prouve de manière éclatante qu'une technique exceptionnelle a besoin d'un écrin sonore sculpté sur mesure pour s'exprimer pleinement. En définitive, Numen dépasse le simple cadre de l'album pour bassistes ; c'est une œuvre d'art fusionnelle qui transcende l'instrument. Fernando Molinari y démontre avec brio que la guitare basse possède une voix soliste puissante, capable de porter des émotions complexes et d'ériger des architectures musicales grandioses. C'est une source d'inspiration inépuisable qui pousse inévitablement à retourner travailler son instrument, à peaufiner son attaque, à explorer de nouvelles pédales d'effets et à repenser son propre son. Une écoute indispensable pour continuer à nourrir notre passion de la basse et de ses infinies possibilités harmoniques.

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Leoni Jane Kennedy x Redtenbacher's Funkestra - Jesse (Masterlink Sessions)

Sortie ce 19 juin 2026 sur RSB Records, cette relecture de « Jesse » s'inscrit dans la désormais riche série des Masterlink Sessions, ce projet 100 % live-in-the-studio porté par le bassiste et producteur autrichien Stefan Redtenbacher, l'ingénieur du son James Welch (Masterlink Productions, Surrey) et le vidéaste Leo Mansell. Le principe : inviter des artistes à enregistrer en prise unique, sans filet, avec pour colonne vertébrale le collectif Redtenbacher's Funkestra en guise de house band — dans l'esprit des Daptones ou des Funk Brothers. À l'origine, « Jesse » n'est pas la ballade éponyme de Carly Simon (1980) mais une composition originale de Leoni Jane Kennedy, parue en mai 2025 et produite par Eliot Kennedy. Un titre profondément personnel, écrit pour Jesse Hoff (Lazy J Amplification), ami de la chanteuse. Repérée par PROG Magazine (4ᵉ de sa catégorie « Best New Artist ») et artiste officielle PRS Guitars, la Londonienne y déploie une voix à la fois fragile et puissante, que le New York Times a saluée comme un « portail vers quelque chose de passionné et de puissant ». Dans cette version Masterlink, la chanson troque son habillage studio pour le groove organique du Funkestra : section rythmique vivante, dialogue instrumental tenu d'une main sûre par la basse de Redtenbacher, et cette chaleur si particulière des captations en une seule pièce, tous musiciens réunis. Le résultat ne dénature rien de l'émotion d'origine — il l'ancre simplement dans une matière soul-funk plus charnue, où l'on entend respirer chaque instrument. Une réussite de plus pour un format qui a déjà accueilli, au fil des sessions, aussi bien des lauréats Grammy que de jeunes talents prometteurs.

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JEROBOAM, Jéroboam

LE FUNK PARISIEN PASSE À L'ALBUM Il y a des groupes qui naissent vinyles sous le bras. Jéroboam est de ceux-là. En seulement trois ans d'existence, le collectif parisien a enchaîné une série de maxis devenus très recherchés, bâtissant patiemment une réputation de diggers avant de franchir l'étape que tous leurs fans attendaient : le premier album que voilà enfin. Du groove à grande formation Onze musiciens. C'est le nombre que Jéroboam déploie sur scène — et en studio — pour faire tourner sa machine à groove. Basse (Carel Cléril), batterie (Jeeb's Paliès), deux guitares (Kevin le Bellec, Emilien Gillan), claviers (Eli Frot), saxophone, trompette (Roman Didier), percussions (Sebastien Betancur) et trois voix (Indy Eka, Agyei Osei, Wolfgang Valbrun) : une formation qui rappelle les grandes orchestrations funk des seventies, avec une écriture clairement ancrée dans le présent. Le groupe délivre un disco-funk contemporain et un rare groove d'une redoutable efficacité, profondément ancré dans l'héritage des grands groupes des années 70 et 80, tout en affichant une identité résolument moderne. Sous un autre nom, une longue gestation Avant de s'appeler Jéroboam, le collectif a roulé sa bosse sous le nom Echoes Of. Une résidence Funk & The City au New Morning et des soirées South London Soul Train Party au Bussey Building ont forgé leur sens du dancefloor. Le groupe s'est aussi illustré par un spectacle en hommage à Prince (depuis 2019) et de nombreuses collaborations de haut niveau, dont un compagnonnage durable avec Howard Johnson et Junior Giscombe. Mais c'est leur association avec Kyoto Jazz Massive — avec qui ils tournent et enregistrent sous le nom d'Echoes Of A New Dawn Orchestra depuis 2022 — qui leur a ouvert les portes des scènes européennes les plus exigeantes. Leurs chansons, purs hymnes boogie-funk, font danser des salles entières — du Jazz Café au Ronnie Scott's, du New Morning au Cully Jazz Festival et l'Amsterdam Dance Event — et sont jouées en club par une communauté de connaisseurs à travers le monde : Gilles Peterson, Kenny Dope, Natasha Diggs, Dave Lee, Red Greg, DJ Spinna. La basse de Carel Cléril est le fil conducteur de tout ça — un groove ancré, rond, fondamentalement dansant, dans la tradition des grandes lignes funk qui ne demandent qu'à résonner fort dans un club. À surveiller de très près.

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DENNER – E Gloar Ar Baradoz (Meidosem Records, 2026)

Il y a dans le titre de ce cinquième album une citation du Kantik Ar Baradoz, cantique breton du paradis : « berr gavan an amzer, hag ar poanioù dister / o soñjal deiz ha noz, e gloar ar baradoz » — le temps paraît court et les peines légères quand on pense jour et nuit à la gloire du paradis. On ne pouvait trouver épigraphe plus juste pour un disque qui, malgré ses couleurs sombres et ses racines dans la coldwave la plus austère, traverse par moments quelque chose qui ressemble à de la lumière. Une renaissance, pas une compilation Gilles Le Guen, le chanteur et âme de DENNER, l'annonce sans ambiguïté dans la présentation du disque : E Gloar Ar Baradoz n'est ni un best-of ni une rétrospective. C'est la refondation d'un groupe. Formé à New York en 2010 et depuis ancré à Rennes, DENNER sort ici son cinquième album dans une configuration inédite, avec deux musiciens qui apportent un poids de légende : Pierre Corneau à la basse (Marc Seberg, KaS Product Reload) et Tons aux synthétiseurs et aux arrangements (St. Lô). Le projet réunit donc sous une même bannière des trajectoires essentielles de la new wave et de la coldwave françaises. L'album traverse les deux premiers chapitres de la discographie de DENNER — les couleurs shoegaze-wave de Nouvelle Bretagne et le romantisme européen de Drifting Canticles — pour en tirer quelque chose de nouveau : une énergie, une légèreté amère, une joie crépusculaire. La formule semble paradoxale. Elle fonctionne. Pierre Corneau : une basse qui a de la mémoire Pour les lecteurs de GraveBasse, le nom de Pierre Corneau n'est pas inconnu — nous lui avions consacré une interview à l'occasion de son travail avec KaS Product Reload. Sa basse est une signature : jeu au médiator, attaque franche, lignes qui soutiennent sans envahir. Dans l'univers de Marc Seberg, elle avait contribué à forger ce son que les amateurs britanniques avaient qualifié de « French Joy Division ». Ici, il retrouve ce rôle d'architecte discret du bas du spectre, laissant au chant et aux synthés tout l'espace dramatique nécessaire. Le tracklisting L'album se déploie sur 12 titres en version CD (10 sur vinyl, avec Refuelled et 1982 en bonus) : Drifting Canticles She Radiates Darkness Ultima Thulé Inner Voices (feat. Philippe Pascal) Speak Low Refuelled (bonus CD) 1982 (bonus CD) I Will Remain in the Light Shades & Parasols Turbulence Heart and Soul In Limbo Le disque s'ouvre sur une tension lente et s'achève dans un suspens qui ne se résout pas vraiment — et c'est voulu. Entre les deux, Inner Voices constitue le moment le plus bouleversant : enregistrée avec Philippe Pascal (Marquis de Sade, Marc Seberg), disparu en septembre 2019, la pièce prend une dimension testamentaire que le groupe assume pleinement, hommage à une voix qui appartient au panthéon de la chanson sombre française. Le contraste avec l'élan de I Will Remain in the Light est saisissant — deux façons d'envisager la perte, l'une dans la douleur retenue, l'autre dans une résolution presque lumineuse. La reprise de Heart and Soul de Joy Division est l'autre point fort du disque : le groupe ne cherche pas à rivaliser avec l'original mais à l'habiter autrement, avec la distance et l'affect propres à DENNER. E Gloar Ar Baradoz est un disque qui prend son temps et le vôtre. Il ne séduit pas à la première écoute par des accroches immédiates mais par une atmosphère qui s'installe, des basses qui résonnent après que la musique s'est tue, et cette conviction sincère que la cold wave n'a pas encore dit son dernier mot. Avec Pierre Corneau comme complice de scène et d'enregistrement, DENNER offre au genre une production soignée et une profondeur de champ qu'on lui accorde rarement. À écouter si vous aimez : Marquis de Sade, Marc Seberg, The Chameleons, Echo & the Bunnymen, Joy Division. 📀 E Gloar Ar Baradoz — Meidosem Records (réf. SEA028LP / CD) — sorti le 29 mai 2026 🔗 denner.bandcamp.com

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Mai 2026

Ben Vanderwal – Lugano (feat. Harry Mitchell, Karl Florison & Ben Vanderwal) — Biophilia Records, 2026

Sorti aujourd'hui sur le label australien Biophilia Records, Lugano est une œuvre d'une cohérence rare, portée par un trio piano-basse-batterie au diapason parfait. Ben Vanderwal (batterie), Harry Mitchell (piano) et Karl Florison (contrebasse) — habitués à se retrouver sur scène et en studio — y ajoutent les textures ambiantes à la guitare de Theo Carbo pour enrichir l'espace sonore sans jamais l'encombrer. Le disque s'articule en douze pièces numérotées en chiffres romains, mais l'intention est claire dès la note de présentation : il s'agit d'une forme étendue unique, conçue pour être vécue d'une traite. Les morceaux s'enchaînent et se fondent les uns dans les autres, dessinant une architecture fluide qui tient davantage du poème symphonique que du simple recueil de compositions. Capté en direct dans un auditorium classique, sans chicanes ni casques, la prise de son laisse l'acoustique de la salle s'exprimer pleinement. L'ambiance du lieu ne sert pas de décor — elle devient un instrument à part entière. "Simple songs for a complicated world" : la formule résume bien l'esprit de l'album. Une sobriété apparente qui dissimule une profondeur musicale réelle, où la contrebasse de Florison assure un ancrage chaleureux, jamais démonstratif, au service d'une musique qui respire et prend son temps. Un beau disque de jazz de chambre, à écouter au casque, lumières tamisées.

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Primus - A Handful of Nuggs

Dix ans après The Desaturating Seven, on commençait à se demander si Primus referait un jour parler de lui en studio. C'est désormais chose faite : le trio californien vient de lâcher sans prévenir un EP quatre titres baptisé "A Handful of Nuggs", disponible en streaming depuis le 14 mai et annoncé en vinyle 12" pour le 22 juillet via ATO Records. Au centre de l'opération, un inédit qui fait déjà jaser : "The Ol' Grizz". "The Ol' Grizz" n'est pas qu'un single de transition : c'est aussi le premier vrai enregistrement studio à officialiser l'arrivée de John Hoffman derrière les fûts, le batteur de Shreveport sorti vainqueur en 2025 du désormais célèbre Interstellar Drum Derby (plus de 6 100 candidats départagés après le départ-choc de Tim Alexander en 2024). Et le résultat sonne comme un manifeste : ligne de basse roulante et tordue façon Sailing the Seas of Cheese, esthétique mutant country-funk-metal, breaks atmosphériques en milieu de morceau pour rappeler la maturité plus prog des dernières livraisons. Le morceau raconte les déboires d'un chercheur d'or face à un grizzly — clin d'œil direct à la nouvelle marotte de Les Claypool, qui révélait récemment dans Bass Magazine avoir acheté une vieille mine hydraulique dans les montagnes pour y prospecter avec son fils et ses amis. D'où le titre de l'EP. Et au cas où le doute subsistait, un showcase de basse en milieu de morceau vient rappeler que Claypool, à 62 ans, n'a strictement rien perdu de sa main droite : slap ravageur, harmoniques tordues, glissés impossibles. Du Primus pur jus, sans nostalgie de façade. Et après ? Cet EP est présenté par le groupe comme un avant-goût du dixième album studio, attendu pour 2027. En attendant, Claypool entame une saison chargée : la tournée nord-américaine Claypool Gold, qui réunit ses trois projets (Primus, The Claypool Lennon Delirium et les Fearless Flying Frog Brigade) a démarré le 20 mai à Reno. Une tournée européenne suivra cet été, avec un coup d'envoi à Milan le 31 juillet et plusieurs dates au Royaume-Uni en août. À surveiller de très près pour les fans de quatre cordes — et pour tous ceux qui pensaient que le slap excentrique avait fait son temps.

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MonoNeon, George Clinton & Grandma Liz - Tha Dumb Stuff

MonoNeon convoque George Clinton (et Grandma Liz) sur « Tha Dumb Stuff » L'inclassable MonoNeon continue d'écrire son propre chapitre dans la grande histoire du funk mutant. Le bassiste de Memphis vient de dévoiler « Tha Dumb Stuff », un nouveau morceau où il s'entoure de deux invités pour le moins contrastés : la légende George Clinton, parrain absolu de la galaxie P-Funk, et sa propre grand-mère, Grandma Liz, fidèle complice vocale de plusieurs de ses projets récents. Le titre n'est pas tout à fait neuf : les prises originales remontent à 2022, captées dans le studio de George Clinton à Tallahassee, en Floride. MonoNeon est ensuite revenu sur ces bandes pour les reconstruire dans un tout autre espace sonore, transformant un jam d'atelier en pièce produite, sculptée et étrangement domestique. Le résultat sonne à la fois fait-maison et cosmique, fidèle à cette esthétique du bricolage funk poussé jusqu'à l'absurde que MonoNeon défend album après album. L'intégralité de la production est signée Dywane Thomas Jr. lui-même : chant, basse — toujours sa basse pitchée, déformée, en lévitation hors des conventions —, claviers et synthés bancals qui donnent au morceau sa personnalité magnétique et bizarre. À la batterie, TaRon Lockett apporte un groove lourd et pourtant fuyant, tandis que Trey Lewd vient élargir l'atmosphère hypnotique aux chœurs. Avec « Tha Dumb Stuff », MonoNeon prolonge sa connexion profonde avec l'univers P-Funk, sans jamais se laisser enfermer dans la révérence. La présence de George Clinton agit ici comme une caution spirituelle plus que comme un featuring marketing : sa voix s'intègre à la mécanique tordue du morceau, entre soul du Sud, minimalisme expérimental et humour décalé. Le couplet de Grandma Liz, lui, ramène l'ensemble vers une chaleur très domestique — comme une réunion de famille filtrée à travers un synthétiseur cassé. C'est exactement là que MonoNeon est imbattable : dans cette zone où le funk redevient une affaire de quartier, de cuisine et d'église baptiste, sans jamais cesser de regarder vers l'espace. À écouter sans modération — et de préférence fort.

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Goose – Electric Brixton, London, UK

Trois jours seulement après le concert, Goose dépose sur sa page Bandcamp l'enregistrement soundboard de la première de ses deux soirées londoniennes à l'Electric Brixton — coup d'envoi d'une tournée européenne en neuf dates, seconde incursion outre-Atlantique du quatuor du Connecticut depuis 2023. Pour les amateurs de jam contemporaine et, surtout, pour ceux qui guettent Trevor Weekz, c'est une captation de premier ordre. Dès Animal, le bassiste pose ce qui fait sa signature : un placement souple, légèrement en arrière du temps, et une rondeur de son qui laisse respirer le double front guitare-claviers de Rick Mitarotonda et Peter Anspach. The Whales étire la trame, Your Direction tend la corde, et la reprise de Mas Que Nada (Sergio Mendes) bascule la fin de premier set dans une bossa élargie où Weekz module entre walking discret et appuis funk — ce mélange « boogie tranquille » que Bass Magazine lui prête à raison. Dustin Hoffman et Turned Clouds referment la première partie en mode pocket profond. Le deuxième set est la pièce maîtresse du disque. So Ready relance la machine, puis Big Modern! — semée de teases de Duel of the Fates (le thème de John Williams) glissés par Anspach et Mitarotonda — enchaîne en segue sur un Creatures > How It Ends > Turn On Your Love Light (Bobby « Blue » Bland, popularisé chez les jambands par le Grateful Dead). Sur cette dernière, inachevée, Peter Anspach lâche un tease de Rhapsody In Blue qui en dit long sur l'humeur du moment. Weekz y tient le gouvernail avec cette autorité tranquille qui caractérise son rôle dans le groupe : peu de notes superflues, beaucoup de groove utile.

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Malcolm Strachan – Look On The Bright Side (Haggis Records, 2026)

Troisième album solo du trompettiste écossais Malcolm Strachan, Look On The Bright Side sort le 22 mai 2026 sur Haggis Records et confirme la trajectoire d'un musicien décidément à l'aise dans les eaux chaudes du soul-jazz. Après About Time (2020), hommage à l'esprit Blue Note, et Point Of No Return (2023), tourné vers l'ère CTI, ce nouvel opus s'ouvre davantage : grooves latins, touches d'Afrobeat et cordes cinématiques cohabitent sans jamais perdre le fil d'une positivité revendiquée. Sept titres construits autour du feeling plus que de la structure, avec quelques sommets évidents : Quest For Love et sa couleur dancefloor assumée, portée par la voix de Tanja Daese (Lucinda Slim) ; The Eclipse, incursion plus aventureuse mêlant Afrobeat et soul des seventies ; ou encore Leave It All Behind, lumineux et libérateur. Du côté de la rythmique, c'est Sam Quintana à la contrebasse qui retient l'attention. Nouvelle recrue dans l'entourage de Strachan, il apporte une assise acoustique précieuse à l'ensemble, ancrant les arrangements dans un ancrage organique que l'album revendique pleinement. Sa contrebasse dialogue naturellement avec la section rythmique et donne aux tempos latins comme aux ballades un supplément de chaleur et de profondeur. Aux côtés du percussionniste de session Steve Forman — vétéran des studios de Lee Ritenour, Al Jarreau et George Duke — Quintana contribue à faire de cette rythmique l'un des atouts discrets mais essentiels du disque. Un album solaire, bien taillé, qui ravira les amateurs de Freddie Hubbard, Donald Byrd ou du Cannonball Adderley Quintet.

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David J, Tracks From the Attic Revisited

Co-fondateur de Bauhaus et Love and Rockets, David J avait surpris en 2024 avec Tracks From the Attic, un triple album de démos exhumées sur quatre décennies. Ce Revisited, sorti ce 22 mai 2026, en constitue la suite naturelle et la métamorphose : dix titres retravaillés en studio, avec ensemble, après que certaines de ces maquettes eurent insisté pour être réentendues. La démarche est celle d'un artiste qui s'observe à distance — abordant son propre matériau « comme s'il produisait un autre artiste ». Les arrangements ont parfois radicalement transformé les originaux ; les paroles ont été retouchées là où elles pouvaient résonner dans les années 2020. Le résultat oscille entre post-punk crépusculaire hérité de la new wave, country classique feutré et romantisme à la Nick Drake — un spectre stylistique qui a toujours caractérisé David J en solo, loin de l'ombre de Bauhaus. Là où le premier volume invitait à observer un jeune songwriter en construction, ce Revisited met en scène l'artiste accompli, maître de l'épure. Comme il le dit lui-même : les démos étaient des graines laissées en jachère. Elles ont finalement fleuri.

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Colin Edwin & Robert Jürjendal – The Weight of a Shadow (2023 – enfin disponible sur Bandcamp)

Ex-Bassiste de Porcupine Tree et explorateur sonore infatigable, Colin Edwin n'a jamais cantonné sa basse à un rôle d'accompagnement. The Weight of a Shadow, second volet de sa collaboration avec le guitariste estonien Robert Jürjendal, confirme cette posture : c'est lui qui ouvre le bal sur « Barely Visible », basse fretless en avant, harmoniques suspendues, quelque part entre Jaco Pastorius et la mélancolie nordique des productions ECM. L'album déploie en douze titres une matière instrumentale qui oscille entre ambient minimaliste, post-rock atmosphérique et expérimentation progressive. Edwin y manie tour à tour basse frettée, fretless, contrebasse, E-bow et programmations ; Jürjendal répond à la guitare électrique, à la 12 cordes et à l'U8 Touch Guitar — une panoplie qui dit bien l'ambition de la chose. L'enregistrement capte une acoustique rare : les reverbs naturelles du studio d'Aaviku Farmstead, au cœur de la campagne estonienne, donnent au disque une respiration que les salles insonorisées n'auraient pas autorisée. On retient « Soul Blizzard » et ses mélodies proches de l'univers de Porcupine Tree, le blues glitché de « Shadow Ritual », ou encore l'épure hypnotique de « The Grid ». Un album qui se mérite à l'écoute répétée et qui révèle, au fil des passes, une cohérence et une profondeur que la première écoute tend à masquer. À écouter et à acquérir sur Bandcamp : colinedwin.bandcamp.com

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Bakithi Kumalo — What You Hear Is What You See (Ropeadope, 2021)

Il y a des noms qui méritent d'être rappelés régulièrement. Bakithi Kumalo en fait partie. Né à Soweto, ce bassiste sud-africain a posé sa ligne de basse au cœur de l'un des albums les plus marquants de la pop mondiale — Graceland de Paul Simon (1985) — avant de s'installer à New York et de devenir l'une des signatures les plus recherchées de la scène internationale. Cinq Grammy, un classement parmi les 50 meilleurs bassistes du monde par Bass Player Magazine, des collaborations avec Herbie Hancock, Hugh Masekela, Joan Baez ou encore la Tedeschi Trucks Band : le CV parle de lui-même. What You Hear Is What You See, sorti en octobre 2021 sur le label Ropeadope et co-produit avec Maxfeld Gast, est un album solo qui s'offre comme une déclaration d'identité. En dix titres, Kumalo tisse sa cosmologie musicale propre : les rythmes zoulou et la chaleur de l'Afrique du Sud rencontrent le groove funky new-yorkais, la soul et des touches de jazz contemporain. Des morceaux comme Zululand Nation ou Nomvula portent une fierté culturelle affirmée, tandis que Desert Walk ou Peaceful Water laissent la basse chanter avec une sobriété désarmante. Ce qui frappe chez Kumalo, c'est la même chose qui a séduit Paul Simon quarante ans plus tôt : un sens mélodique hors-norme, une pulsation organique qui ne cherche jamais à en imposer. La basse n'accompagne pas — elle raconte. Un disque à (re)découvrir, et un bassiste à ne plus jamais oublier.

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Les Claypool, The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy

Trois ans après avoir refermé la parenthèse de la Fearless Flying Frog Brigade, Les Claypool et Sean Ono Lennon reviennent en Delirium mode avec leur troisième album — et de loin le plus ambitieux. Quatorze titres, un concept-album à part entière fondé sur la « théorie du trombone », ce célèbre postulat de la philosophie de l'IA qui imagine une machine chargée de produire des trombones au maximum de son efficacité... jusqu'à convertir en métal toute matière vivante. Bienvenue à Cliptopia. Claypool et Lennon ont joué quasiment chaque note eux-mêmes, se partageant la batterie au fil des titres — ce qui donne à l'ensemble une cohérence sonique rare pour un double album aussi fouillé. La tension entre les lignes de basse musculaires et massives de Claypool et les arrangements mélodiques soignés de Lennon constitue le véritable moteur du disque, oscillant entre prog psychédélique, rock opéra absurde et quelques instants de grâce pop inattendue — notamment sur The Golden Egg of Empathy, en compagnie de WILLOW. Des titres comme WAP (What a Predicament), The Golden Egg of Empathy et Melody of Entropy s'imposent comme de véritables gemmes prog-pop capables de voler de leurs propres ailes, indépendamment du récit. Enregistré au Rancho Relaxo de Claypool en Sonoma County et au studio The Farm de Lennon dans l'État de New York, l'album bénéficie d'une production charnue, organique, fidèle à l'esthétique de la maison. L'édition physique — double vinyle en gatefold avec une bande dessinée de 24 pages illustrée par Rich Ragsdale — pousse encore plus loin la logique d'œuvre totale. Pour les amateurs de Primus, d'Oysterhead ou de prog mutant en général : l'un des disques les plus fous et les plus cohérents de l'année.

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The Masterlink Sessions Collective & friends – The Masterlink Instrumental Sessions | Volume Two

Trois titres, trois instantanés de musique vivante : c'est la promesse tenue par ce second volume instrumental de la plateforme britannique Masterlink Sessions, fondée par le bassiste et producteur Stefan Redtenbacher, James Welch (ingénieur son) et le vidéaste Leo Mansell, au cœur des studios Masterlink dans le Surrey. Le principe est immuable : des musiciens dans la même pièce, les caméras qui tournent, et la musique qui commande. Le collectif — dont le groupe-maison est Redtenbacher's Funkestra — réunit ici trois formations distinctes autour d'un Hammond qui règne en maître absolu sur l'EP. No Future Blues ouvre le bal avec Chris Booth et la Funkestra dans un blues à l'ancienne, charnu et direct. Nurgles, composition originale de Liam Dunachie (claviers régulier de la maison), installe un boogaloo insistant et hypnotique, le Hammond dessinant à la fois la ligne harmonique et l'arc dynamique du morceau, tandis que la section rythmique de Luke Harris (batterie) et Karl Vanden Bossche (percussions) verrouille le tout avec une précision organique. Enfin, Hard Times — arrangement d'un thème de Joni Mitchell signé Dave Limina et Ross Stanley — offre la configuration rarissime de deux Hammond en simultané : un médium swing gospel-soul où les deux organistes, fidèles aux techniques de basse main gauche et de pédales, se répondent avec une complicité évidente. Court mais dense, ce Volume Two est un condensé de jazz-funk et de soul instrumentale enregistré live, sans filet, et ça s'entend à chaque mesure.

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Goose, Torero

Le quatuor du Connecticut n'a pas traîné. Après les sorties enchaînées d'Everything Must Go et Chain Yer Dragon en 2025, Goose revient avec un son indie rock élargi aux synthés néon d'inspiration eighties, rythmiques en béton armé et refrains qui cherchent les étoiles. Torero en est l'un des avant-postes les plus taillés. Dévoilée en live première mondiale lors du festival Viva El Gonzo à San José del Cabo en mai 2025, la chanson avait alors conclu le premier set dans une montée de tension digne d'une corrida. Aujourd'hui sortie en single officiel, elle confirme ce que les fans pressentaient depuis les gradins : Goose sait construire un morceau autant qu'il sait l'embraser sur scène. Rick Mitarotonda résume l'esprit du projet : « faire le electric slide dans l'allée du supermarché entre les Pop-Tarts et les Frosted Flakes — hyper-connecté, perdu dans la sauce digitale et plutôt bien dans ses baskets. » Torero porte cette énergie paradoxale : une forme pop irréprochable qui laisse toujours une porte entrebâillée vers l'impro, vers l'accident heureux. Le morceau figure sur BIG MODERN!, attendu le 12 juin 2026 via No Coincidence Records. L'album s'annonce comme le chapitre le plus ambitieux du groupe — et Torero, avec sa charge électrique contenue, en est peut-être la pièce maîtresse.

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Colin Bass – Dream #1

Figure tutélaire du rock progressif britannique, Colin Bass est bassiste et chanteur de Camel depuis 1979. Avec ce single tiré de son journal de rêves — c'est exactement ainsi qu'il le présente, "Notes from the dream journal" —, il livre une pièce intimiste et planante, enregistrée entre son studio gallois (Wild End Studio) et Berlin (Kartini Studio).

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Avril 2026

Aja Monet – Elsewhere (feat. Meshell Ndegeocello & Georgia Anne Muldrow)

Le 25 mars 2026, la poète afro-surréaliste Aja Monet dévoilait Elsewhere, premier single extrait de son second album The Color of Rain, attendu pour le 22 mai. Une naissance aussi soudaine qu'essentielle : le morceau a été composé et enregistré en studio trois jours seulement après la disparition de Sly Stone, en guise d'hommage au géant de la funk.

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Mars 2026

Funky Times, Smashed Funktato

L'effervescence de la scène funk moderne ne semble pas vouloir retomber, et Funky Times se place une nouvelle fois au centre de cette dynamique avec leur dernier single, "Smashed Funktato". Fidèle à sa réputation de "machine à groove" ultra-vitaminée, le collectif revient avec une proposition qui ne se contente pas de faire taper du pied, mais qui s'impose comme une véritable étude de cas pour tout bassiste en quête de précision chirurgicale. Ce morceau, enrichi par la présence du guitariste Nicklas Myhre, marque une étape supplémentaire dans l’évolution sonore du groupe, alliant l'humour caractéristique de leur identité visuelle à une rigueur technique qui frise l'insolence.

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Bjorn Meyer, Convergence

Neuf ans après le séminal Provenance, le bassiste suédois Bjorn Meyer revient chez ECM avec Convergence, une œuvre qui confirme son statut d'architecte du silence et de la résonance. Pour les habitués de Gravebasse, Meyer est cet instrumentiste hors norme qui a su marier l'exigence du jazz contemporain aux textures envoûtantes de la musique orientale aux côtés d'Anouar Brahem, ou au minimalisme organique du groupe Ronin de Nik Bärtsch. Avec ce second opus en solo, il délaisse toute velléité de démonstration technique pour se concentrer sur l'essence même de son instrument : la vibration d'une corde dans un espace donné.

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Funky Times, Appreciation Song

Le groupe de funk allemand le plus énergique du moment est de retour. Avec "Appreciation Song", Funky Times nous offre un titre "feel-good" ; ils nous livrent une belle vue de mise en place rythmique où la basse, une fois de plus, occupe le trône.

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Lars Danielsson, Liberetto V : Échomyr

Le célèbre bassiste et compositeur suédois Lars Danielsson revient avec un nouvel opus de sa série Liberetto, un projet initié en 2012 qui a conquis le public par son mélange unique de jazz, de musique classique et de folk.Composé en collaboration avec ses fidèles partenaires, cet album est le fruit d'une confiance et d'une amitié solides, ainsi que d'un dialogue musical constant au sein de Liberetto. Des moments solos intimistes aux enregistrements spontanés en prise directe, en passant par des compositions d'ensemble lyriques, la musique oscille entre réflexion, joie, spiritualité et espoir discret – des histoires profondément personnelles mises en musique, en rythme et en communion.

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Redtenbacher’s Funkestra, Truffle Shuffle (Masterlink Sessions)

Ce morceau original de jazz-funk fusion à la guitare figurera sur l'album collaboratif « The Exchange » de Carter Arrington et Funkestra.Cet album instrumental, véritable feu d'artifice de virtuosité à la guitare, célèbre les collaborations musicales enrichissantes que le guitariste américain Carter Arrington a tissées durant son séjour au Royaume-Uni. De retour à Austin, au Texas, il a invité ses amis guitaristes britanniques préférés à participer à cet opus. « Truffle Shuffle », avec la participation du guitariste d'Incognito, Charlie Allen, est tout simplement captivant !

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