Tuto du jour, L’attaque aux doigts : deux doigts, un pouce et beaucoup de silence

Publié le 2 novembre 2026 à 09:12

Avant la première walking bass, avant le premier slap, il y a un geste que vous répéterez des millions de fois : pincer une corde. Andrew Pouska, l’auteur de StudyBass, lui consacre l’une des toutes premières leçons de son parcours Fundamentals One. Le tuto du jour en reprend le fond et l’enrichit de cinq exercices maison : quels doigts utiliser, où poser le pouce, à quelle force attaquer, et comment faire taire les trois cordes que vous ne jouez pas.

Une méthode, pas un dogme

Pouska le dit d’emblée : il n’existe pas une seule bonne façon de pincer une corde de basse, mais il y en a de meilleures que d’autres. Sa méthode mêle ce qu’il a appris auprès d’autres bassistes et ce qu’il a trouvé seul, et chaque conseil a sa raison d’être : soit ça sonne mieux, soit ça coûte moins d’effort sur la durée. À vous de juger à l’oreille. Ce qui suit vaut pour un droitier : la main qui attaque est la main droite, celle qui frette est la gauche. Gauchers, inversez tout.

Les doigts ont un numéro

À la basse, on ne compte pas comme au piano, où le pouce porte le numéro 1. Ici, le pouce se note P, puis viennent l’index (1), le majeur (2), l’annulaire (3) et l’auriculaire (4). Dans nos tablatures, la ligne de chiffres dorés sous la portée indique les doigts de la main droite.

Avant la première note

Coupez vos ongles court : un ongle trop long accroche la corde et ajoute un petit claquement, à moins que ce soit justement le son que vous cherchez. Ensuite, laissez pendre votre main droite le long du corps, sans rien faire. Cette forme arrondie et détendue, c’est celle que vous devez garder en jouant. La tension ne sert à rien, sinon à vous fatiguer.

La règle d’or : deux doigts qui alternent

Pour gagner en vitesse et en endurance, il faut attaquer avec au moins deux doigts, presque toujours l’index et le majeur, en alternance stricte : 1-2-1-2, ou 2-1-2-1. Chaque doigt ne fait plus que la moitié du travail. Peu importe le doigt de départ, et l’idéal est de savoir partir des deux. Ce qu’il faut éviter : jouer un moment avec l’un, un moment avec l’autre, ou tout faire avec un seul.

Le piège est connu. Les premiers morceaux sont lents, on s’en sort très bien avec un seul doigt, puis les tempos montent et l’habitude est déjà installée. Pour Pouska, c’est la toute première habitude à prendre. Il fait remarquer qu’on peut toujours revenir au jeu à un doigt plus tard, sans difficulté, alors que le chemin inverse devient plus dur à chaque mois où l’on repousse le travail.

Où attaquer la corde

Le timbre change selon l’endroit où le doigt rencontre la corde. Près du manche, le son est plus gros et plus chaud ; près du chevalet, il devient plus brillant et plus percussif. Avec le temps, vous apprendrez à déplacer la main pour aller chercher ces couleurs. Au début, choisissez une zone et n’en bougez plus : vous avez d’autres habitudes, plus importantes, à installer.

Le pouce se pose sur le flanc du micro

Posez le pouce contre le flanc du micro le plus proche du manche, pas sur le dessus, juste au-dessus de la corde de Mi. Sur la plupart des basses, cette position place vos doigts à mi-chemin entre le manche et le chevalet, là où le son est le plus polyvalent. Sur une Precision, c’est l’unique micro ; sur une Jazz Bass, celui du côté du manche. La raison de ce placement apparaîtra un peu plus bas, avec l’étouffement.

Le geste : rouler par-dessus la corde

Beaucoup de débutants, et presque tous les guitaristes qui passent à la basse, tirent la corde vers l’extérieur, en l’éloignant de l’instrument. Le son devient maigre et griffé. Pouska conseille l’inverse : le bout du doigt roule par-dessus la corde, comme un coup de pinceau, et termine sa course vers la paume ou en appui sur la corde voisine, plus grave. Les guitaristes classiques ont un nom pour ce geste : le jeu en butée, ou apoyando. Le son y gagne du corps et de la rondeur.

Doser la force : laissez travailler l’ampli

En concert, ou en écoutant du métal, on imagine volontiers des bassistes qui frappent comme des sourds. Ce n’est pas le cas, et attaquer trop fort a des effets bien connus :

  • la note sort un peu trop haute, parce qu’une attaque violente augmente la tension de la corde le temps qu’elle se stabilise ;
  • les cordes frisent contre les frettes ;
  • vous ralentissez, et vous vous fatiguez vite ;
  • à force de répétition, le poignet et les tendons trinquent.

La solution tient en un mot : l’ampli. Votre doigt donne l’impulsion, l’ampli fournit le volume. Pouska insiste : sans ampli, on force pour s’entendre, et l’habitude s’installe très vite. Si vous n’en avez pas, c’est le prochain achat à faire.

Visez une attaque moyenne. Elle vous laisse de la marge vers le haut pour les accents, et vers le bas pour les passages doux. C’est ce qu’on appelle les nuances, et elles se travaillent comme le reste. Pour entendre ce que des nuances bien tenues apportent à un morceau, Pouska recommande « 21st Century Schizoid Man » de King Crimson (1969), avec Greg Lake à la basse. Et pour vérifier votre justesse, jouez une note très fort devant un accordeur : vous verrez la note partir trop haut avant de revenir en place.

Étouffer : la moitié du travail

Sur une basse, faire taire les cordes demande presque autant de travail que de les faire sonner. La plupart du temps, une seule corde doit vibrer à la fois : sur une quatre-cordes, il en reste donc trois à neutraliser. Une corde à vide qui résonne en arrière-plan brouille le son et ajoute des dissonances dont vous vous passeriez. L’objectif est de contrôler chaque son qui sort de l’instrument.

Les deux mains se partagent la tâche. La main droite étouffe les cordes plus graves que celle que vous jouez ; la main gauche s’occupe des cordes plus aiguës. Ce second volet fait l’objet de la leçon suivante de StudyBass, consacrée à la main gauche. Ici, on règle le côté droit.

Le pouce garde le Mi

Dès que vous ne jouez pas la corde de Mi, le pouce vient s’y poser. Un simple contact suffit, inutile d’appuyer. Voilà pourquoi il vit sur le flanc du micro : de là, il glisse sur la corde en un mouvement, alors que posé sur le dessus, il devrait sauter.

La butée fait taire la voisine

Après l’attaque, le doigt finit sa course sur la corde voisine plus grave et l’étouffe au passage. En alternant, un doigt joue pendant que l’autre étouffe. Le geste est le même sur chaque corde.

Le cas de la corde de Sol

Quand vous montez vers les aigus ou sautez une corde, ces deux réflexes ne suffisent plus. Sur la corde de Sol, le pouce tient le Mi, la butée tient le Ré, mais le La reste libre. Pouska décrit trois solutions.

  • L’annulaire sur le La. Sa préférence sur quatre cordes : chaque fois que vous jouez le Sol, l’annulaire de la main droite effleure le La. C’est le seul moment où il sert. Le geste paraît bizarre au début, puis devient automatique.
  • Le pouce baladeur. Le pouce ne reste pas sur le Mi : il remonte de corde en corde et couvre le Mi et le La quand vous jouez le Sol. Une technique à développer si vous jouez, ou comptez jouer, une cinq ou une six-cordes.
  • Le pouce flottant. Variante du précédent : le flanc du pouce glisse sur le dessus des cordes, et non entre elles, et en étouffe plusieurs d’un coup. Sur les basses à cinq cordes et plus, il évite à la main d’aller chercher trop loin les cordes aiguës.

Les trois méthodes fonctionnent. Choisissez-en une et tenez-vous-y. Quelle qu’elle soit, ce sera déroutant au début : travaillez lentement et proprement, ça finit par venir.

Qui fait taire quoi, avec la méthode du pouce sur le Mi et de l’annulaire sur le La.

Le râteau, l’exception qui divise

Quand vous descendez plusieurs cordes à la suite, Sol, Ré, La puis Mi, le doigt qui vient de jouer est déjà posé sur la corde suivante. Faut-il quand même alterner ? Certains répondent oui, sans discussion. Pouska, lui, assume : on peut laisser le même doigt glisser de corde en corde, c’est ce qu’on appelle le ratissage, ou raking. Alterner marche aussi. Et quand vous hésitez, alternez : c’est une habitude qui ne vous trahira presque jamais.

« Mes deux doigts ne sonnent pas pareil »

C’est la question qui revient le plus souvent, et la réponse commence par : pas de panique. Selon Pouska, le déséquilibre se résorbe en quelques mois de pratique régulière. S’il est vraiment marqué, regardez d’abord la force : c’est la vitesse d’attaque qui pèse le plus sur le timbre, et l’un de vos doigts frappe sans doute plus fort que l’autre. Ralentissez, calez-vous sur le métronome, vérifiez que chaque doigt attaque sous le même angle et avec la même zone de la pulpe. La corne peut aussi être inégale au début ; elle s’équilibre avec le temps.

Relativisez aussi. Seul dans votre chambre, vous entendez tout ; au milieu d’un groupe, ces écarts disparaissent presque. Enregistrez-vous, la différence est souvent plus petite que vous ne le pensez. Deux doigts de longueurs différentes, qui attaquent à deux endroits légèrement différents, ne sonneront jamais à l’identique, et c’est très bien ainsi. Pouska relève d’ailleurs que les banques de sons de basse échantillonnent chaque doigt séparément et les font alterner, justement pour sonner humain.

Et Jamerson, alors ?

L’objection arrive toujours. James Jamerson, le bassiste des grands tubes de Motown, que Pouska tient pour le bassiste électrique le plus influent de tous les temps, jouait avec un seul doigt, l’index, surnommé « the Hook ». Dans le documentaire Standing in the Shadows of Motown (2002), son fils James Jamerson Jr. raconte que tous ces tubes ont été joués avec ce seul doigt, et qu’il a lui-même du mal à rejouer à deux doigts les lignes de son père.

La réponse de Pouska tient en une idée : ce n’est pas le doigt unique qui a fait Jamerson, c’est sa musicalité, son sens de la mélodie, de l’harmonie et du rythme. Copier sa technique en espérant obtenir son jeu reviendrait, selon lui, à taper à deux doigts pour écrire comme Tolkien. Il note d’ailleurs que Jamerson Jr., qui avait tout appris de son père, a choisi les deux doigts. Et pour un Jamerson, on trouve bien plus de bassistes à deux doigts, Jaco Pastorius en tête, et d’autres qui les font tous travailler, comme John Entwistle.

Les exercices

Réglez le métronome à 60 BPM et jouez des croches, soit deux notes par clic. Quand un exercice passe proprement trois fois de suite, gagnez 5 BPM. Lent et précis vaut mieux que rapide et approximatif : ce geste, vous le mettrez dans tous les morceaux que vous jouerez. Sous chaque tablature, les chiffres dorés indiquent les doigts de la main droite (1 pour l’index, 2 pour le majeur).

Exercice 1 : le balancier

Huit croches par corde à vide, du Mi au Sol, en alternance stricte. Jouez-le une fois en partant de l’index, une fois en partant du majeur. Visez un volume parfaitement égal d’une note à l’autre. Sur le La, le Ré et le Sol, le pouce reste posé sur le Mi.

Exercice 2 : l’escalier

Deux notes par corde, en montant puis en descendant, sans jamais casser l’alternance au changement de corde. À l’arrivée sur le Sol, l’annulaire vient se poser sur le La. Écoutez la fin de chaque note : aucune corde ne doit continuer à sonner derrière vous.

Exercice 3 : les octaves

Le motif roi du disco, et un vrai test d’étouffement. Main gauche : l’index à la case 5, l’annulaire ou l’auriculaire à la case 7 ; pour couper une note, relâchez la pression sans quitter la corde. Dans la première mesure, le pouce revient sur le Mi chaque fois que vous jouez le Ré. Dans la seconde, l’annulaire de la main droite fait taire le La chaque fois que vous attaquez le Sol.

Exercice 4 : le râteau

Première mesure : on descend les quatre cordes avec un seul doigt qui glisse de l’une à l’autre, l’index pour la première descente, le majeur pour la seconde. Deuxième mesure : on remonte en alternant. Passer d’un geste à l’autre vous aidera à sentir quand le ratissage simplifie la vie.

Exercice 5 : les nuances

Quatre mesures sur la corde de La à vide : doux (p), moyen (mf), fort (f), puis retour au moyen avec un accent sur chaque temps. À l’intérieur d’une mesure, toutes les notes doivent avoir le même volume ; d’une mesure à l’autre, la différence doit s’entendre nettement. Sur la mesure forte, gardez un œil sur l’accordeur.

LE COUP DE POUCE GRAVEBASSE

Le test du téléphone. Posez votre téléphone près de l’ampli, enregistrez trente secondes de l’exercice 1 et réécoutez au casque, les yeux fermés. Vous entendrez ce que vous ne remarquez pas en jouant : le doigt qui frappe plus fort que l’autre, la corde à vide qui traîne derrière la note, le moment où vous accélérez sans le vouloir. Refaites le test une fois par semaine et gardez les fichiers : dans un mois, la comparaison vaudra tous les encouragements.

Pour aller plus loin

  • La leçon source sur StudyBass : « Plucking », d’Andrew Pouska, avec ses exercices interactifs (en anglais).
  • La leçon précédente, « Holding the Bass », sur la tenue de l’instrument, et la suivante, « Fretting », consacrée à la main gauche et à l’autre moitié de l’étouffement.
  • Dans nos ressources : le métronome Rythmix et l’accordeur chromatique de gravebasse, pour régler le tempo et surveiller la justesse.
  • La fiche PDF de ce tuto, à imprimer et à poser sur le pupitre.

Fiche Tuto Basse Attaque Aux Doigts Gravebasse Pdf

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.