Tuto du jour, Palm mute : la main qui étouffe, la basse qui cogne

Publié le 30 octobre 2026 à 07:45

Une note de basse qui sonne longtemps n'est pas toujours une qualité. Sur une ligne soul ou Motown, on attend plutôt un son court, rond et gras, qui se cale sur la grosse caisse au lieu de traîner derrière elle. Dans une courte leçon vidéo pour Elixir Strings, le bassiste Vernon Prout montre comment l'obtenir avec le tranchant de la main droite, et surtout comment passer d'un son étouffé à un son ouvert dans le même morceau. Nous y ajoutons le détail du geste, quatre exercices en tablature et le Coup de pouce gravebasse.

Ce que vous allez apprendre : poser la main pour étouffer sans tuer la note, attaquer au pouce pour un son rond, ajouter l'index pour les octaves, et passer du son étouffé au son ouvert sans toucher à l'ampli.

Matériel : n'importe quelle basse, cordes à filet rond ou à filet plat, un métronome (le Rythmix de gravebasse fait très bien l'affaire).

Temps conseillé : dix minutes par jour pendant une semaine.

Quand la note doit cogner plutôt que chanter

Le sustain, c'est le temps pendant lequel une note continue de sonner après l'attaque. Sur une ballade, une ligne de fretless ou une note tenue en fin de refrain, on le recherche. Mais dans beaucoup de grooves, l'endroit où la note s'arrête compte autant que celui où elle commence. Une note courte laisse de l'air entre les temps, rend la mise en place plus lisible et donne à la ligne ce grain mat qu'on associe aux disques soul des années 60.

La leçon d'Elixir part de ce constat : un son brillant qui tient longtemps est parfois exactement ce que demande le morceau, mais certaines parties réclament des notes plus courtes, plus pleines et plus percutantes. L'exemple type cité : les lignes de style Motown, qui vivent de ce son arrondi et étouffé.

La mousse sous le capot

La première réponse à ce besoin n'avait rien à voir avec la main. Dès la toute première Precision Bass, en 1951, Fender installait un étouffoir en mousse sous le capot chromé du chevalet, le fameux « cendrier ». D'après la marque, il s'agissait de rapprocher la nouvelle basse électrique de la contrebasse dont elle se voulait l'alternative : les contrebassistes de l'époque étouffaient souvent leurs cordes de la paume, et une basse amplifiée, plus forte et plus soutenue, avait besoin d'un frein.

Fender a encore équipé d'étouffoirs deux nouveautés des années 60, la Bass VI et la Jaguar, puis a laissé tomber l'idée. La musique avait changé, le western swing cédant la place à la surf music et au rock'n'roll. La mousse, elle, se dégradait avec la chaleur, l'humidité et la transpiration, alors que le palm mute faisait le même travail en laissant choisir quelles cordes étouffer. La marque a d'ailleurs réintroduit un étouffoir intégré sur les rééditions Vintera III de la Bass VI et de la Jaguar.

La version bricolée existe toujours, et la leçon la mentionne : un morceau de mousse glissé sous les cordes contre le chevalet. Elle marche très bien, mais c'est tout ou rien, le morceau entier sonne étouffé. Le palm mute, lui, s'enclenche et se relâche d'un geste, entre un couplet et un refrain, ou même au milieu d'une mesure.

Le geste : le tranchant de la main sur les pontets

  1. Posez le tranchant de la main droite (le côté du petit doigt, la partie charnue sous l'auriculaire) en travers des quatre cordes, juste devant les pontets du chevalet. Pour les gauchers, tout s'inverse.
  2. Laissez reposer le poids de la main, sans appuyer. La paume touche les cordes, elle ne les écrase pas.
  3. Attaquez avec le pouce, vers le bas, avec la pulpe plutôt qu'avec l'ongle. Dans cette position, il tombe naturellement sur les cordes graves.
  4. Écoutez, puis ajustez : rapprochez la main des pontets si la note est trop sourde, reculez-la vers le manche si elle sonne encore trop longtemps.

La distance au chevalet est votre bouton de réglage. Collée aux pontets, la main raccourcit la note mais laisse passer l'attaque et la hauteur. Quelques centimètres plus loin vers le manche, la note devient un « tok » sourd dont on distingue mal la hauteur. Entre les deux se trouve une zone où la basse reste juste et perd son sustain : c'est celle-là qu'on cherche, et elle varie un peu d'un instrument à l'autre.

Attention à la pression. Une main qui appuie éteint complètement la note, et elle peut même la faire monter légèrement, parce qu'en poussant la corde on augmente sa tension.

Pouce ou doigts ? Les deux

La leçon ne choisit pas entre les deux : elle confie certaines parties au pouce et d'autres aux doigts. Le pouce sert à appuyer le côté gras et puissant du son, les doigts à aller chercher des octaves ou des intervalles plus larges sans que la main quitte le chevalet.

Concrètement, le pouce donne le son le plus rond : il attaque avec une surface large et souple, et la main posée l'empêche de frapper trop fort. L'index et le majeur, eux, tirent la corde vers le haut depuis la même position. Pendant que le pouce garde la fondamentale sur la corde de mi ou de la, l'index prend l'octave deux cordes vers l'aigu. Les deux notes sortent avec la même couleur étouffée, comme un seul geste.

La technique fonctionne aussi au médiator : la main reste au même endroit et le médiator remplace le pouce. Le son sera plus sec et plus attaqué, ce qui a son charme sur du rock ou de la pop.

Quatre exercices pour l'apprivoiser

Réglez le métronome sur le tempo indiqué, jouez chaque exercice en boucle pendant deux minutes, et ne montez le tempo que lorsque toutes les notes étouffées ont le même volume. Dans les tablatures, « P.M. » signale les notes étouffées, la ligne « doigt » indique P pour le pouce, i pour l'index et m pour le majeur, et les traits cuivrés montrent les notes qu'on laisse sonner.

La corde de la à vide, au pouce, en noires. Première mesure, la paume est levée et la note sonne pleinement. Deuxième mesure, la main se pose sur les pontets et la note raccourcit. Le volume doit rester le même d'une mesure à l'autre : seule la durée change.

Une grille Do, Fa, Sol, Do en noires, entièrement étouffée et jouée au pouce. La fondamentale est sur la corde de la ou de mi, la quinte sur la corde voisine, plus aiguë. La paume ne bouge pas, seul le pouce change de corde. Surveillez le Fa (corde de mi, case 1) : la main gauche peut aider à le raccourcir en relâchant sa pression juste après la note.

La puis Ré, en croches. Le pouce joue la fondamentale sur le temps, l'index l'octave sur le « et », deux cordes vers l'aigu et deux cases plus loin. C'est le geste des intervalles larges décrit dans la leçon : la paume couvre les deux cordes en même temps, et les deux notes gardent le même grain.

L'enjeu de toute la leçon : changer de son sans toucher à l'ampli. Mesures 1 et 2, sur Sol puis Do, la paume est posée et le pouce joue fondamentale, quinte, octave, quinte. Mesures 3 et 4, la main se soulève, l'index et le majeur jouent la fondamentale et la quinte de Sol, puis la fondamentale de Do, en notes longues qu'on laisse sonner. Le passage doit se faire sans trou sur le premier temps de la mesure 3.

Les pièges classiques

  • La main glisse vers le manche au fil du morceau et le son devient de plus en plus sourd. Au début, vérifiez sa position toutes les quatre mesures.
  • Trop de pression : la note disparaît ou sonne un peu trop haut.
  • Les notes étouffées sortent moins fort que les notes ouvertes. Compensez à l'attaque du pouce, pas avec le volume de l'ampli.
  • Le tempo s'emballe. Les notes courtes laissent des silences, et l'oreille a tendance à les remplir trop tôt : le métronome tranche.

Côté matériel

Pas besoin de cordes à filet plat ni d'une Precision de 1962 pour obtenir ce son. Vernon Prout joue sa leçon sur des cordes à filet rond en acier nickelé. Si vous voulez arrondir encore, roulez un peu le potentiomètre de tonalité et privilégiez le micro manche quand votre basse en a deux. Mais c'est la main qui fait l'essentiel, les réglages ne font que l'accompagner.

Le Coup de pouce gravebasse

Enregistrez l'exercice 4 avec votre téléphone posé à un mètre de l'ampli, puis réécoutez-le sans jouer. Les mesures étouffées et les mesures ouvertes doivent avoir le même volume perçu. Si les premières paraissent plus faibles, attaquez un peu plus fort avec le pouce. Si elles sonnent comme des « tok » sans hauteur, rapprochez la main des pontets. Trente secondes d'écoute vous en apprendront plus qu'une heure de jeu sans recul.

Pour retrouver la bonne position d'un jour à l'autre, repérez où tombe votre petit doigt quand le son vous plaît, et collez à cet endroit un petit morceau de ruban de masquage sur la plaque de protection. Il se retire sans laisser de trace le jour où le geste est devenu automatique.

Télécharger la fiche de ce tuto Palm mute

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