Bassistes et contrebassistes nés un 29 septembre

Publié le 29 septembre 2026 à 00:30

Fabien Sevitzky – Philadelphia Orchestra, Philadelphia Chamber String Sinfonietta, Indianapolis Symphony Orchestra (1891 – 1967)

Il est des destins de contrebassiste qui finissent sur le podium, baguette en main. Celui de Fabien Sevitzky en est l'exemple le plus romanesque. Il voit le jour le 29 septembre 1891 à Vychni Volotchek, petite ville industrielle entre Moscou et Saint-Pétersbourg, sous le nom de Fabien Koussevitzky. Le patronyme n'est pas anodin : il est le neveu de Serge Koussevitzky, virtuose de la contrebasse qui deviendra l'un des chefs d'orchestre les plus puissants du XXe siècle à la tête du Boston Symphony Orchestra. Dans cette famille, la grosse caisse de résonance à quatre cordes semble faire partie du patrimoine.

L'histoire de son entrée au conservatoire de Saint-Pétersbourg tient de la légende familiale, mais elle dit beaucoup du personnage. Faute de bourse disponible en piano ou en violon, le jeune homme se rabat sur la contrebasse, apprend l'instrument en un temps record (deux semaines, assure l'Encyclopedia of Indianapolis) et décroche la bourse. Il en sort diplômé en 1911, avec les honneurs, et avec une médaille d'or selon plusieurs notices biographiques. Suivent des années de pupitre et de récitals en soliste dans les orchestres russes, puis, dans la tourmente de l'après-révolution, un passage par la Pologne où il joue en 1922 et 1923 à l'Opéra et à l'Orchestre philharmonique de Varsovie.

En 1923, il quitte l'Europe avec son épouse Maria, fait escale au Mexique et s'installe aux États-Unis. C'est là que se joue la question du nom : à la demande de son oncle, qui ne tient pas à voir deux maestros Koussevitzky se disputer les affiches américaines, il adopte la forme abrégée « Sevitzky ». Le contrebassiste entre la même année au Philadelphia Orchestra, alors dirigé par Leopold Stokowski, et y tient sa place de 1923 à 1930. Il obtient la nationalité américaine en 1928.

Mais le pupitre ne lui suffit pas. Dès 1925, il fonde le Philadelphia Chamber String Sinfonietta, un ensemble de cordes qui se donne pour mission de défendre le répertoire américain. La maison Victor l'enregistre entre la fin des années 1920 et le début des années 1940, et les archives de la Discography of American Historical Recordings conservent une double trace de lui : celle du chef, mais aussi celle du contrebassiste soliste, accompagné au piano. Rares sont les musiciens de cette génération dont on peut entendre l'archet sur disque, et ces faces 78 tours font de lui l'un des premiers contrebassistes classiques documentés de l'ère électrique.

Les années 1930 le voient passer de l'autre côté de l'orchestre. Il prend la direction du People's Symphony Orchestra de Boston, sur les terres mêmes de son oncle, puis dirige en invité l'Indianapolis Symphony Orchestra en 1936. L'essai est concluant : il en devient directeur musical l'année suivante, à la retraite du fondateur Ferdinand Schaefer, et restera en poste jusqu'en 1955. Sous sa direction, l'orchestre de l'Indiana multiplie les concerts, enregistre pour RCA Victor puis pour Capitol, et gagne une audience nationale grâce à la radio et au disque. Sevitzky crée aussi en 1937 l'Indianapolis Symphonic Choir, qu'il dirigera pendant toute sa période indianapolitaine.

Le chef se distingue par une curiosité qui détonne dans l'Amérique ségréguée de l'époque. Il invite des solistes afro-américains, travaille avec le conservatoire de Ruth McArthur sur Indiana Avenue et devient l'un des plus fidèles défenseurs du compositeur William Grant Still, dont il commande des œuvres. Il entretient une correspondance avec le Japonais Akira Ifukube, que la guerre n'interrompt pas, et crée à Indianapolis en janvier 1955 sa Sinfonia Tapkaara lors d'un concert baptisé « A Salute to Tokyo, Japan », retransmis sur des dizaines de stations japonaises. Un jeune compositeur argentin nommé Astor Piazzolla doit aussi une part de son destin à ce réseau : un prix portant le nom de Sevitzky lui ouvre la route de Paris et de l'enseignement de Nadia Boulanger.

L'homme n'est pas pour autant un modèle de diplomatie. Ami du chef de big band Fred Waring, complice de Hoagy Carmichael, il traîne une réputation de tempérament orageux et d'interlocuteur ingérable pour les administrateurs de l'orchestre. Les disputes finissent par avoir raison de son mandat : l'Indianapolis Symphony Orchestra se sépare de lui en 1955.

Sevitzky rebondit en Floride. Il dirige le Greater Miami Philharmonic, enseigne à l'Université de Miami et prend la tête de son orchestre. En 1959, il épouse la harpiste Mary Spaulding, et l'année suivante il dirige à Miami la création de l'opéra de William Grant Still Highway 1, U.S.A., fidèle jusqu'au bout à son compositeur de prédilection. C'est en tournée, à Athènes, qu'une crise cardiaque l'emporte au début du mois de février 1967. Les sources divergent d'ailleurs sur certains détails de son état civil, certaines notices le faisant naître en 1893 ; la date de 1891 est celle retenue par la plupart des références discographiques et encyclopédiques.

De la contrebasse, Fabien Sevitzky aura gardé ce que l'instrument enseigne de mieux : le sens de l'assise, l'écoute de l'ensemble et une certaine obstination à faire entendre ce que d'autres laissent dans l'ombre, qu'il s'agisse d'un compositeur noir dans l'Amérique des années 1940 ou d'un soliste à quatre cordes sur un disque Victor.

Écouter : Fabien Sevitzky sur Spotify

Les Claypool – Primus, Sausage, Oysterhead, Colonel Les Claypool's Fearless Flying Frog Brigade, The Claypool Lennon Delirium (1963)

Leslie Edward Claypool naît le 29 septembre 1963 à Richmond, en Californie, dans une famille de mécaniciens automobiles. Il grandit à El Sobrante, dans la baie de San Francisco, et fréquente le lycée De Anza où il se lie d'amitié avec un certain Kirk Hammett, futur guitariste de Metallica. Il empoigne la basse à quatorze ans, écoute Rush et Geddy Lee, Larry Graham, Chris Squire, Tony Levin, Geezer Butler, Stanley Clarke, les Residents, et commence à bâtir dans son coin un vocabulaire qui ne ressemble à celui de personne. En attendant que la musique le nourrisse, il travaille plusieurs années comme charpentier.

Au milieu des années 1980, il fonde avec le guitariste Todd Huth un trio baptisé Primate, bientôt rebaptisé Primus pour éviter un conflit de nom. En parallèle, il tient la basse dans Blind Illusion, formation thrash de la baie avec laquelle il enregistre l'album The Sane Asylum aux côtés d'un guitariste nommé Larry LaLonde. En 1986, après la mort de Cliff Burton, Kirk Hammett le convie à auditionner pour Metallica. L'épisode est entré dans la mythologie : Claypool raconte avoir proposé de jammer sur des morceaux des Isley Brothers, et James Hetfield aurait estimé qu'il était « trop bon » et devait suivre sa propre voie. Claypool, lui, résume l'affaire plus simplement : il n'était pas le bon gars, trop bizarre pour le job.

La suite lui donne raison. Primus trouve sa formule classique avec LaLonde à la guitare et Tim « Herb » Alexander à la batterie. Le groupe publie en 1989 un premier album enregistré en public, Suck on This, sur son propre label Prawn Song, puis Frizzle Fry en 1990. La signature chez Interscope ouvre la décennie dorée : Sailing the Seas of Cheese (1991) et son « Tommy the Cat », entendu dans Les Folles Aventures de Bill et Ted, puis Pork Soda (1993), qui installe ce rock bancal, funk et absurde jusque dans les classements. Primus tient la tête d'affiche de Lollapalooza en 1993, se produit à Woodstock en 1994 (où Claypool, arrosé de boue pendant « My Name Is Mud », prie le public de la garder pour lui), enchaîne Tales from the Punchbowl (1995), Brown Album (1997) et Antipop (1999). À partir de 1997, c'est aussi Primus qui signe le générique de South Park, et « Jerry Was a Race Car Driver » accompagne toute une génération de joueurs de Tony Hawk's Pro Skater.

Le jeu de Claypool est immédiatement reconnaissable. Il mêle slap, tapping à deux mains, strumming emprunté au flamenco, accords, bends au vibrato Kahler, filtres d'enveloppe et fuzz, le tout servi avec une voix nasillarde de conteur de fête foraine. Lui préfère parler de « thumpin' and pluckin' », formule empruntée à Larry Graham. Fidèle depuis des décennies aux basses Carl Thompson, frettées ou fretless, il joue aussi la « Pachyderm » du luthier Dan Maloney, une contrebasse électrique NS Design et le whamola, instrument à une corde qu'il a popularisé au point de donner son nom aux hot-dogs de son établissement. Rolling Stone le range parmi les plus grands bassistes de tous les temps, ce qui ne l'empêche pas de continuer à se présenter comme un bricoleur un peu dérangé.

Car Claypool est un homme de projets parallèles. En 1994, il réactive le trio Sausage avec Todd Huth et Jay Lane pour l'album Riddles Are Abound Tonight. Deux ans plus tard, il publie Highball with the Devil sous le nom de Les Claypool and the Holy Mackerel, en jouant lui-même basse, batterie, guitare et chant. En 2000, il forme Oysterhead avec Trey Anastasio de Phish et Stewart Copeland de The Police, un supergroupe censé ne vivre qu'une soirée au Jazz Fest de La Nouvelle-Orléans et qui publie finalement The Grand Pecking Order en 2001. La même année naît Colonel Les Claypool's Fearless Flying Frog Brigade, sa « crise de la quarantaine » assumée, qui revisite Pink Floyd, King Crimson ou les Beatles et lui ouvre la scène jam band : Live Frogs Set 1 y remporte le prix du meilleur album live aux Jammys. Viennent ensuite Colonel Claypool's Bucket of Bernie Brains avec Buckethead, Bernie Worrell et Brain Mantia, le Fancy Band avec Skerik et Mike Dillon, puis le Duo de Twang et son album acoustique Four Foot Shack (2014). Sa complicité avec Tom Waits, entamée au début des années 1990, le place aussi sur plusieurs enregistrements du chanteur.

Primus, mis en sommeil en 2000, revient en 2003. Le groupe publie Green Naugahyde en 2011, s'offre une relecture psychédélique de la bande originale de Charlie et la Chocolaterie en 2014, puis The Desaturating Seven (2017), d'après un livre pour enfants italien, et l'EP Conspiranoid en 2022. En 2024, le projet Sessanta réunit Primus, Tool et Puscifer autour des soixante ans de Maynard James Keenan. La même année, Tim Alexander quitte le groupe. Primus lance alors un appel public pour trouver « le meilleur batteur du monde » et retient en 2025 John Hoffman, originaire de Shreveport. Le nouvel attelage se fait entendre en mai 2026 sur l'EP surprise A Handful of Nuggs et son titre « The Ol' Grizz », où Claypool attaque par un slap nerveux dans l'aigu avant de retrouver les couleurs de l'époque Pork Soda.

Depuis 2016, Claypool partage aussi un projet avec Sean Lennon, The Claypool Lennon Delirium. Après Monolith of Phobos (2016) et South of Reality (2019), le duo a publié le 1er mai 2026 chez ATO Records The Great Parrot-Ox and the Golden Egg of Empathy, album-concept sur une intelligence artificielle décidée à transformer le monde en trombones, que Claypool décrit comme l'enregistrement le plus laborieux de sa vie.

L'homme déborde largement du cadre musical. Il a écrit un roman noir, South of the Pumphouse (2006), réalisé le faux documentaire Electric Apricot: Quest for Festeroo qui se moque gentiment de la scène jam band, composé la musique du jeu Mushroom Men et joué un prêcheur dans le film Pig Hunt. Viticulteur passionné, il produit depuis la fin des années 2000 des pinots noirs de la Russian River Valley sous les étiquettes Claypool Cellars et Purple Pachyderm, et reçoit à Sebastopol, dans le comté de Sonoma, où il vit avec son épouse Chaney. Dernier avatar de cet univers : Frizzle Fry: The Phantoms of Barrington Hall, livre illustré publié avec Z2 Comics, qui prolonge la mythologie du premier album de Primus.

Site officiel : primusville.com

Brad Smith – Blind Melon, Unified Theory (1968)

Brad Smith naît le 29 septembre 1968 et grandit à West Point, dans le Mississippi, une petite ville du nord-est de l'État où l'on connaît mieux le football américain que le rock alternatif. Au lycée Oak Hill Academy, il souffle dans un baryton, joue au football, court sur la piste d'athlétisme, puis travaille sur les quais de chargement de l'usine Bryan Foods et passe par l'université Mississippi State. À dix-neuf ans, il part pour la Californie avec un copain de West Point, le guitariste Rogers Stevens.

Les débuts à Los Angeles n'ont rien de glorieux. La semaine, Smith travaille sur des chantiers ; le week-end, il joue sur la promenade de Venice Beach pour payer le stationnement et le repas. Loin du Mississippi, en proie à une déprime tenace, il écrit une chanson sur l'impossibilité de sortir du lit et les excuses qu'on se trouve pour ne pas affronter la journée. Elle s'appellera « No Rain ».

En mars 1990, Smith et Stevens croisent la route d'un chanteur venu de l'Indiana, Shannon Hoon. Le guitariste Christopher Thorn et le batteur Glen Graham, lui aussi originaire du Mississippi, complètent Blind Melon. Le groupe signe chez Capitol et publie en 1992 un premier album éponyme au son chaud, entre rock sudiste, psychédélisme et sensibilité grunge. Le décollage attend l'été 1993 : le clip de « No Rain », avec sa petite fille déguisée en abeille, devient un pilier de MTV. L'album est certifié quatre fois platine aux États-Unis, et Blind Melon se retrouve en tournée avec Guns N' Roses, Neil Young ou les Rolling Stones, sur le plateau de Saturday Night Live et sur la scène de Woodstock en 1994.

Dans ce groupe où les morceaux se construisent collectivement et se transforment souvent au passage, Smith occupe une place singulière : bassiste, mais aussi l'un des principaux compositeurs. Sa basse privilégie la ligne qui chante et le groove souple, au service de chansons qui doivent davantage à Paul Simon qu'aux démonstrations techniques. « No Rain » est d'ailleurs arrivé presque intact en répétition, et Smith a toujours reconnu que l'interprétation de Hoon l'avait fait passer de bonne chanson à grande chanson.

Le deuxième album, Soup, est enregistré à La Nouvelle-Orléans et paraît en 1995. Plus sombre et plus aventureux, il déçoit commercialement malgré le single « Galaxie ». Le 21 octobre 1995, Shannon Hoon meurt d'une overdose dans le bus de tournée, à La Nouvelle-Orléans. Les musiciens publient l'année suivante Nico, recueil de chutes et de démos baptisé du prénom de la fille du chanteur, dont une partie des recettes va à des programmes d'aide aux musiciens dépendants. Faute de trouver une nouvelle voix, Blind Melon se sépare officiellement en mars 1999.

Smith rebondit aussitôt avec Christopher Thorn au sein d'Unified Theory, formation qui réunit autour d'eux le chanteur Chris Shinn et le batteur Dave Krusen, premier batteur de Pearl Jam, et publie un album éponyme en 2000. Il se tourne ensuite vers la production pour d'autres groupes et vers des projets plus intimes, notamment Abandon Jalopy, où il explore des territoires plus sombres : la famille, la mort, le temps qui passe. Ses chansons se retrouvent dans des séries comme The Vampire Diaries, The Mentalist ou 24, et il signe des musiques de film, dont celle du court métrage western The Mediator (2015), primé au festival de Carmel, et celle du documentaire IMAX de National Geographic Extreme Weather (2016).

En 2006, Blind Melon renaît avec le chanteur Travis Warren et publie For My Friends en 2008. Après quelques turbulences de line-up, le groupe retrouve une stabilité dans la seconde moitié des années 2010 et sort en 2019 le single « Way Down and Far Below ». Brad Smith y tient toujours la basse, aux côtés de Rogers Stevens, Christopher Thorn, Glen Graham, Travis Warren et du multi-instrumentiste Nathan Townes, pour des concerts qui se sont poursuivis en 2025, dont une date à Red Rocks aux côtés d'O.A.R. Installé dans la région de Los Angeles avec sa famille, il résume volontiers ce qui l'a gardé debout dans l'industrie musicale : ses racines du Mississippi, qui l'ont aidé à garder les choses simples.

Site officiel du groupe : blindmelon.com

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