Contraint par une nouvelle opération à cœur ouvert, le bassiste-chanteur de 75 ans met un terme à cinq décennies de scène. Retour sur l'homme qui a soudé le funk à la basse rock.
Il aura fallu un cœur fatigué pour faire taire une des voix les plus habitées du rock. Début août 2026, Glenn Hughes — bassiste et chanteur emblématique de Deep Purple, intronisé au Rock and Roll Hall of Fame — a annoncé mettre fin à sa carrière scénique. Sur les conseils de son équipe médicale, l'artiste de 75 ans doit subir une nouvelle opération à cœur ouvert, après une série d'examens (IRM, scanners, échocardiographie) menés au cours de l'année écoulée.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Hughes explique n'avoir vraiment aucune option ni aucun choix, sa santé étant désormais sa priorité absolue. Il y exprime aussi sa gratitude d'avoir pu consacrer toute une existence à la musique.
« Je suis profondément reconnaissant d'avoir eu la chance de vivre une vie entièrement consacrée à la musique. »
Glenn Hughes, dans son annonce de retraite, août 2026
La nouvelle n'est pas totalement une surprise : en janvier 2026 déjà, le musicien avait dû annuler sa tournée américaine du printemps pour ce qu'il qualifiait alors de « problème de santé mineur ». Sa dernière grande prestation scénique remonte au 30 mai 2026, lors d'une réunion avec The Dead Daisies (sous le nom The Purple Daisies) à l'Arcada Theatre de St. Charles, dans l'Illinois — un concert qui avait rencontré un tel succès qu'une seconde date avait été annoncée pour le 2 octobre à Agoura Hills, en Californie. Ce show est désormais annulé. Une apparition ponctuelle avec le collectif Kings of Chaos, début août en Californie, restera sans doute sa toute dernière montée sur scène.
De Trapeze à Deep Purple : la basse qui chante
Né à Cannock, en Angleterre, Glenn Hughes se fait d'abord remarquer au sein de Trapeze, groupe où se mêlent déjà hard rock britannique et groove funk-soul hérité de la Motown et du Stax. C'est cette hybridation, rare pour un bassiste de hard rock au tournant des années 1970, qui attire l'attention de Deep Purple : en 1973, Hughes rejoint le groupe aux côtés de David Coverdale, dans une des recompositions de line-up les plus commentées de l'histoire du rock — le fameux « Mark III ».
Sur des albums comme Burn ou Stormbringer, Hughes impose une approche de la basse rare pour l'époque : un jeu fluide, chargé de syncopes funk, qui ne se contente pas d'accompagner mais dialogue avec la voix — la sienne, qu'il assure en parallèle en tant que co-chanteur du groupe. Cette double casquette chanteur-bassiste, où la ligne de basse épouse littéralement la mélodie vocale, est devenue une référence pour des générations de bassistes-chanteurs, bien au-delà du seul hard rock.
Une empreinte funk dans le rock
Ce qui distingue Hughes de la plupart de ses contemporains, c'est sa capacité à faire cohabiter la puissance du hard rock avec la souplesse rythmique du funk et de la soul — un pont stylistique qu'on retrouvera plus tard chez des bassistes aussi divers que les héritiers du groove FM ou les figures du rock progressif orienté groove. Son jeu privilégie le mouvement mélodique plutôt que la simple tenue rythmique, avec une main droite capable de passer du médiator au doigté pour varier l'attaque et la couleur sonore selon les morceaux.
Après son départ de Deep Purple en 1976, Hughes poursuit une carrière solo marquée par de nombreuses collaborations : avec Pat Thrall (Hughes/Thrall), avec Tony Iommi de Black Sabbath (Iommi/Hughes, puis Black Sabbath lui-même pour l'album Seventh Star), avec Jason Bonham et Andrew Watt au sein de California Breed, puis surtout au sein de Black Country Communion, formé avec Joe Bonamassa et Jason Bonham — un projet qui renouera pleinement avec l'esprit hard rock/soul de ses débuts. Plus récemment, il rejoint également The Dead Daisies pour plusieurs tournées.
Un dernier album, une dernière révérence
Son dernier album solo, Chosen, sorti le 5 septembre 2025 chez Frontiers Music, avait été suivi d'une tournée européenne et sud-américaine baptisée « The Chosen Years », conçue comme une rétrospective de cinq décennies de carrière — puisant dans le répertoire de Trapeze, Deep Purple, Hughes/Thrall, Iommi/Hughes et Black Country Communion. Le spectacle, pensé comme un hommage à lui-même, prend aujourd'hui une résonance particulière : c'est bien la dernière tournée que Glenn Hughes aura menée sur scène.
Pour la communauté des bassistes, la retraite de Glenn Hughes marque la fin d'une trajectoire singulière : celle d'un musicien qui a prouvé, avant beaucoup d'autres, qu'une basse rock pouvait grooveter comme une basse funk sans jamais perdre en puissance — et qu'un bassiste pouvait porter une mélodie vocale au même titre qu'un chanteur de plein exercice.
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