John Wetton - King Crimson, Asia, U.K., Roxy Music (1949 - 2017)
John Kenneth Wetton est une figure incontournable de la basse rock et du rock progressif. Originaire du Derbyshire en Angleterre, il a imposé un son de basse monumental, souvent distordu et joué au médiator, qui est devenu sa signature sonore. Son approche de l'instrument a pris toute son ampleur lorsqu'il a rejoint King Crimson en 1972. Au sein de ce groupe, sa section rythmique avec le batteur Bill Bruford a redéfini les standards du genre, notamment sur les albums phares comme Larks' Tongues in Aspic et Red. Wetton ne se contentait pas d'accompagner ; il construisait des lignes de basse agressives, percussives et profondément mélodiques qui prenaient l'avant-plan, utilisant souvent une Fender Precision Bass poussée dans des amplificateurs à lampes pour obtenir ce grain si particulier et rugissant.
Après la séparation de King Crimson, son parcours l'a mené à prêter ses graves à Roxy Music et Uriah Heep avant de co-fonder le supergroupe U.K. avec Eddie Jobson et Allan Holdsworth. C'est dans ce projet qu'il a continué d'explorer des métriques complexes tout en affinant son chant baryton. Le grand tournant commercial de sa carrière intervient au début des années 1980 avec la formation d'Asia. Aux côtés de Steve Howe, Carl Palmer et Geoff Downes, Wetton s'est tourné vers un rock plus formaté pour les stades, où sa basse, bien que moins expérimentale, soutenait des mélodies accrocheuses qui ont propulsé le premier album du groupe au sommet des ventes mondiales. En tant que bassiste et chanteur principal, il a su allier l'exigence technique du rock progressif à une efficacité redoutable dans la composition de tubes planétaires.
Pete Farndon - The Pretenders (1952 - 1983)
Peter Granville Farndon a marqué l'histoire du rock en tant que membre fondateur et bassiste original des Pretenders. Originaire de Hereford, en Angleterre, il a d'abord forgé son expérience musicale au sein de groupes folk-rock en Australie avant de retourner au Royaume-Uni où il a été recruté par Chrissie Hynde en 1978. Son style de jeu, profondément influencé par des musiciens comme Stanley Clarke, apportait une énergie viscérale et un groove irrésistible au son hybride post-punk et new wave du groupe. Sur les deux premiers albums des Pretenders, les lignes de basse de Farndon sont absolument essentielles à la dynamique des morceaux. Il savait se montrer percutant et mélodique, soutenant parfaitement les riffs incisifs du guitariste James Honeyman-Scott et la voix caractéristique de Hynde.
Bien que sa technique n'ait pas été la plus académique du circuit, Pete Farndon compensait largement par une intuition musicale fulgurante et un charisme indéniable sur scène. Il jouait avec ses tripes, apportant une dimension brute et organique qui équilibrait la sophistication croissante des compositions du groupe. Il a également contribué à l'écriture de certains titres phares et assuré les chœurs, consolidant ainsi la cohésion sonore de la formation originelle. Malheureusement, ses problèmes de toxicomanie ont fini par créer des tensions insurmontables au sein de la formation, conduisant à son renvoi en 1982. Sa disparition prématurée l'année suivante a mis fin à la trajectoire d'un musicien instinctif qui avait su imposer une signature rythmique indélébile dans le paysage du rock du début des années 1980.
Kira Roessler - Black Flag, Dos (1961 - )
Kira Roessler occupe une place singulière et hautement respectée dans l'univers du punk hardcore et de la basse alternative. Ayant commencé la basse à l'âge de quatorze ans, elle s'est rapidement imposée sur la foisonnante scène de Los Angeles grâce à un jeu à la fois sophistiqué, rapide et d'une grande précision. Sa notoriété a explosé en 1983 lorsqu'elle a rejoint Black Flag, le groupe emblématique mené par le guitariste Greg Ginn. Ce dernier cherchait une musicienne capable de suivre l'évolution de ses compositions vers des structures beaucoup plus complexes et lourdes, s'éloignant des racines purement punk de leurs débuts. Roessler, qui menait alors de front ses études d'ingénierie à l'UCLA et les tournées intensives, a apporté une technicité redoutable à la section rythmique. Ses lignes de basse torturées et syncopées, souvent mixées très en avant, ont grandement contribué à définir le son de la période médiane du groupe, offrant un contrepoint massif et maîtrisé aux dissonances de la guitare.
Après son départ de Black Flag à la fin de l'année 1985, son approche de l'instrument s'est encore épanouie lorsqu'elle a formé le duo Dos avec le bassiste Mike Watt. Ce projet avant-gardiste, composé uniquement de deux basses croisant leurs lignes, a permis à Roessler d'explorer toute l'amplitude harmonique et contrapuntique de son instrument sans les contraintes d'une instrumentation rock classique. Loin de se cantonner à la musique, elle a par la suite mené une brillante carrière en tant que monteuse de dialogues pour le cinéma hollywoodien, un travail de l'ombre récompensé par plusieurs prix prestigieux dont un Emmy et un Oscar. Néanmoins, son influence en tant que bassiste reste majeure pour toute une génération de musiciens, ayant prouvé de manière éclatante que l'on pouvait allier la fureur brute du mouvement punk à une maîtrise technique absolue de la basse.
Yasuo Arakawa - Four Units, Takeshi Inomata & Sound Limited (1939 - )
Yasuo Arakawa est un contrebassiste et bassiste électrique japonais dont le travail minutieux a été crucial dans le développement du jazz et de la musique de fusion au Japon. Il a navigué avec une aisance remarquable entre les scènes du jazz d'avant-garde, du hard bop et des musiques orchestrales. À la fin des années 1960, il s'est illustré au sein du supergroupe de jazz japonais Four Units, aux côtés du pianiste Masahiko Satoh, du saxophoniste Akira Miyazawa et du batteur Masahiko Togashi. Au sein de cette formation exigeante, la contrebasse d'Arakawa se caractérisait par une assise rythmique inébranlable et une grande liberté d'improvisation, permettant au groupe de flirter avec le free jazz tout en conservant un groove profondément ancré. Son habileté à tenir la trame harmonique dans des contextes musicaux très ouverts a fait de lui l'un des accompagnateurs les plus recherchés de sa génération.
Au-delà de ses projets strictement acoustiques, Yasuo Arakawa s'est distingué par sa grande polyvalence, passant maître dans l'art de la basse électrique lors de l'essor de la fusion jazz-rock dans les années 1970. En 1972, il sort l'album solo Bass Method, une œuvre fascinante où il démontre toute l'étendue de sa technique et de ses talents d'arrangeur, mêlant des reprises instrumentales audacieuses à des approches résolument funk et rock. Il est également devenu un musicien de studio extrêmement prolifique, posant ses lignes de basse sur d'innombrables bandes originales d'animes, de films et d'albums de variété japonaise de premier plan. Que ce soit avec un archet majestueux sur une contrebasse ou avec un groove implacable sur une basse électrique, Arakawa a su imposer une signature sonore rigoureuse et créative qui a discrètement mais sûrement charpenté le paysage musical japonais pendant plusieurs décennies.
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