Jamaaladeen Tacuma - Ornette Coleman's Prime Time, Free Form Funky Frēqs (1956)
L'un des pionniers incontestés de la basse harmolodique et de l'avant-garde jazz.
Né Rudy McDaniel à Hempstead (New York) et élevé à Philadelphie, Jamaaladeen Tacuma s'est imposé comme l'un des piliers du funk libre et du jazz expérimental. Dès ses 19 ans, son immense talent naturel est repéré par le producteur Reggie Lucas, qui s'empresse de le présenter au légendaire saxophoniste Ornette Coleman. Cette rencontre marque un tournant : Tacuma devient le bassiste électrique de Prime Time, le groupe phare de Coleman, où il participe activement à l'élaboration de la théorie "harmolodique". Son jeu, d'abord exécuté aux doigts de manière traditionnelle, évolue rapidement vers une technique redoutable de slap et de pop percussif, fusionnant l'énergie brute du funk avec les harmonies complexes et imprévisibles du free jazz.
Sur le plan du matériel, Tacuma a toujours cherché à repousser les conventions. Sur les premiers enregistrements fondateurs avec Prime Time à la fin des années 70, il utilise une basse Rickenbacker, un choix matériel particulièrement atypique dans le monde du jazz, où cet instrument est d'ordinaire associé au rock progressif. Au début des années 80, il adopte les basses Steinberger sans tête (headless), dont la conception novatrice en graphite lui offre ce son tranchant, précis et immédiatement identifiable. Cette signature sonore marquera profondément ses albums solo chez Gramavision, notamment le très remarqué Show Stopper. Son sens du groove implacable, allié à une esthétique visuelle et musicale très pointue, en font l'un des bassistes les plus singuliers de l'ère post-Jaco Pastorius, l'amenant à collaborer avec des artistes allant de Jeff Beck à James Blood Ulmer.
Barry Adamson - Magazine, Nick Cave and the Bad Seeds, Visage (1958)
Une figure architecturale dont le son a défini l'esthétique de la basse post-punk.
Originaire de Moss Side à Manchester, Barry Adamson est une figure incontournable du mouvement post-punk et de la scène alternative britannique. Son parcours professionnel débute de manière fracassante à la fin des années 70 avec Magazine, le groupe novateur fondé par Howard Devoto après son départ des Buzzcocks. Dès les premières notes, Adamson impose un style de basse qui redéfinit le genre : des lignes à la fois hautement mélodiques, clairsemées, et profondément ancrées dans un groove sombre et percutant. Contrairement aux approches démonstratives, son jeu sert avant tout l'atmosphère globale, se faufilant avec intelligence entre les guitares anguleuses et les nappes de claviers si caractéristiques de cette époque charnière.
Côté équipement, le son distinctif de Barry Adamson durant cette période repose largement sur son utilisation d'une basse Ovation Magnum 1. Cet instrument au design massif et singulier, doté de micros surpuissants, lui fournit une attaque lourde qu'il couple souvent à la chaleur de têtes d'amplification Ampeg SVT ou Orange AD200. Il n'hésite pas à agrémenter ses fréquences graves de pédales d'effets, utilisant notamment le célèbre Boss CE-1 Chorus Ensemble pour donner à ses notes une texture liquide, presque mécanique et résolument envoûtante. Fort de cette identité forte, il mettra par la suite son talent au service du projet synth-pop Visage, puis deviendra un membre fondateur et essentiel des Bad Seeds de Nick Cave, avant de se lancer dans une fascinante carrière d'artiste solo et de compositeur, fortement influencée par le jazz, le cinéma et les ambiances de films noirs.
Dan Lavery - Tonic, The Fray (1969)
Un maître de la fondation rock, alliant solidité rythmique et sens de la chanson.
Originaire du New Jersey et ingénieur de formation, Dan Lavery a su s'imposer dans le paysage du rock alternatif américain des années 90 grâce à un jeu de basse d'une redoutable efficacité. Son aventure majeure commence en 1996 lorsqu'il est appelé à rejoindre le groupe Tonic, juste après l'enregistrement de leur premier album certifié platine, Lemon Parade. Son intégration permet au groupe de consolider instantanément sa section rythmique pour affronter les immenses tournées internationales qui s'ensuivent. Lavery s'intègre si bien qu'il devient très rapidement un membre incontournable de la formation, s'impliquant dans la composition et jouant sur les albums suivants, notamment Sugar et Head On Straight. Ce travail exigeant vaudra d'ailleurs au groupe deux prestigieuses nominations aux Grammy Awards.
En tant que bassiste, Dan Lavery privilégie une approche extrêmement solide, toujours pensée au service exclusif de la chanson. Loin des envolées techniques ou des solos complexes, il s'attache à construire une fondation inébranlable qui permet aux murs de guitares rock et aux mélodies vocales de s'épanouir pleinement. Pour obtenir cette assise, il affectionne particulièrement les basses classiques de type Fender, qui lui offrent la polyvalence et la rondeur nécessaires pour naviguer entre des ballades acoustiques intimistes et des titres post-grunge lourdement saturés. Son professionnalisme, sa fiabilité et la pureté de son groove l'ont d'ailleurs conduit, au milieu des années 2000 lors d'une pause de Tonic, à assurer la basse pour le groupe pop-rock à succès The Fray, prouvant une fois de plus sa capacité à s'adapter aux exigences du très haut niveau.
Tony Choy - Cynic, Atheist, Pestilence (1971)
Le virtuose qui a redéfini le rôle de la basse dans le metal extrême et progressif.
Né à La Havane à Cuba et ayant grandi en Floride, Tony Choy a littéralement révolutionné la façon dont la basse électrique est perçue, mixée et jouée dans les musiques extrêmes. Avant son émergence, la basse dans le death metal se contentait trop souvent de doubler les riffs de guitare, noyée dans un déluge de distorsion inaudible. Lorsqu'il intègre la scène naissante du death metal technique floridien au début des années 90, il apporte avec lui un bagage musical riche en influences jazz, funk, et latines. Son travail de session magistral sur des albums devenus cultes, tels que Unquestionable Presence d'Atheist et Testimony of the Ancients de Pestilence, ainsi que ses premières maquettes historiques avec Cynic, ont instantanément redéfini les standards de virtuosité du genre.
La très grande force de Tony Choy réside dans sa technique de main droite novatrice : il est l'un des tout premiers musiciens à oser introduire le slap and pop percussif et le tapping à deux mains dans un contexte de metal extrême, sortant enfin l'instrument de son rôle d'accompagnateur pour en faire un soliste à part entière. Refusant la course à la saturation outrancière ou l'empilement systématique de basses à cinq ou six cordes, Choy milite ardemment pour un son de basse organique, sec et percutant. Fidèle utilisateur des basses Fender Jazz Bass (notamment des modèles vintage des années 70) et Ibanez, il joue généralement avec une égalisation très neutre en façade. Pour lui, le grain, l'attaque et la dynamique doivent provenir directement de l'interaction physique entre les doigts et les cordes, affirmant que la basse demeure avant tout un instrument de percussion mélodique intimement et physiquement lié à la grosse caisse de la batterie.
Ajouter un commentaire
Commentaires