Né à South East London le 18 avril 1943, Anthony Robert "Tony" Reeves représente la frange intellectuelle et expérimentale de la génération britannique qui a fusionné le blues, le rock et le jazz à la fin des années 1960. À cette époque, la scène londonienne bouillonne, et les musiciens cherchent à transcender les formats de chansons pop traditionnels de trois minutes. Reeves s'impose comme un contrebassiste et bassiste électrique redoutable, particulièrement célèbre pour sa contribution en tant que co-fondateur du groupe Colosseum, dans lequel il officie de 1968 à 1970.
L'approche de Reeves se distingue par une complexité architecturale dans ses lignes de basse. Dans un genre musical — le jazz-rock progressif — qui fait la part belle aux signatures rythmiques asymétriques (7/8, 5/4) et aux développements harmoniques alambiqués, Reeves construit des fondations d'une virtuosité remarquable. Plus innovant encore pour l'époque est son utilisation pionnière d'effets électroniques appliqués à la basse. Alors que l'écrasante majorité des bassistes se contentait de brancher leur instrument directement dans un amplificateur pour obtenir un son clair et percussif, Reeves n'hésite pas à traiter son signal, sculptant un son de basse "distinctif et complexe" qui participe pleinement à la texture orchestrale du groupe. Après son départ de Colosseum, Reeves poursuit son exploration des musiques hybrides en co-fondant Greenslade en 1972, groupe au sein duquel il restera un membre central jusqu'au début des années 2000. Son héritage réside dans l'émancipation de la basse de son rôle purement d'accompagnement, démontrant qu'elle pouvait adopter un statut de coloriste sonore.
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