Né le 11 avril 1985 à Chicago, dans l'Illinois , Ron DeChant représente le paradigme du musicien de rock du XXIe siècle. Sa carrière illustre parfaitement la transformation du rôle traditionnel de bassiste vers une position hybride de multi-instrumentiste, navigant à la frontière entre la performance acoustique, le déclenchement de séquences électroniques et l'intégration transmédia.
De Downplay à la Conceptualisation de Starset
La trajectoire professionnelle de DeChant est indissociablement liée à celle du chanteur, compositeur et ingénieur Dustin Bates. Initialement, DeChant officiait à la basse et aux claviers au sein de Downplay, un groupe de rock de l'Ohio qui a débuté en 2005 en tant que formation de reprises avant d'évoluer vers un répertoire original. Cependant, c'est en 2013 que leur collaboration prend une dimension d'envergure internationale avec la mise en hiatus de Downplay pour fonder Starset à Columbus, Ohio.
Starset n'a pas été conçu comme un groupe de rock alternatif traditionnel, mais comme un concept audiovisuel immersif. Dustin Bates, titulaire d'un master en ingénierie électrique, passionné d'astronomie, ayant enseigné à l'International Space University et mené des recherches pour l'US Air Force , a bâti Starset autour d'une mythologie de science-fiction dystopique et spatiale. Cette trame narrative s'est étendue bien au-delà de la musique, intégrant des romans graphiques originaux publiés en collaboration avec le géant Marvel Comics (comme The Prox Transmissions).
Le Rôle Hybride : Basse, Claviers et Rock Électronique
Dans ce contexte esthétique qualifié de rock cinématique, hard rock, rock électronique ou metal alternatif , les exigences posées à la section rythmique diffèrent radicalement de celles d'un groupe de rock classique. Ron DeChant y occupe une fonction multiple : il est officiellement le bassiste, mais également claviériste et responsable des chœurs (backing vocals). Les arrangements de Starset, tels qu'entendus sur leurs albums Transmissions (2014), Vessels (2017), Divisions (2019), Horizons (2021) et Silos (2025) , sont extrêmement denses. Ils superposent des riffs de guitare baryton joués par Brock Richards, des percussions acoustiques jouées par Adam Gilbert, un pupitre de cordes classiques en tournée (violoncelles et violons) , et un mur omniprésent de séquences de synthétiseurs analogiques et numériques pilotées par Bates et DeChant.
Le jeu de basse de DeChant doit agir comme le mortier de cette architecture sonore colossale. Il assure la liaison organique entre les percussions humaines et les arpèges électroniques. Ses lignes de basse se doivent d'être tranchantes et précises, souvent exécutées avec une attaque saturée pour ne pas entrer en conflit de phase avec les fréquences sub-graves générées par les synthétiseurs.
L'Économie du Streaming et les Performances Augmentées
La carrière de DeChant avec Starset illustre également le modèle économique et promotionnel de la musique contemporaine. Contrairement aux groupes des décennies précédentes dépendants des ventes physiques et de la rotation radiophonique, Starset a bâti son succès massif grâce à l'économie de l'attention algorithmique et à YouTube. Dès 2016, les flux de revenus du groupe provenant uniquement de YouTube dépassaient le quart de million de dollars. Le single emblématique du groupe, My Demons, a accumulé des centaines de millions de vues sur la plateforme, tandis que le titre Monster s'est hissé à la deuxième place du classement US Billboard Mainstream Rock en mai 2017.
L'expérience de concert, qualifiée de "démonstrations" par le groupe, requiert une logistique et une exécution théâtrale de haut vol. DeChant et ses musiciens se produisent fréquemment en costumes spatiaux (pressure-suited), intégrant des applications de réalité augmentée pour le public via smartphone, et réalisant des performances dans des environnements visuellement immersifs tels que le Fiske Planetarium du Colorado ou le Vanderbilt Museum Planetarium de New York. Pour le bassiste, cela implique de jouer d'un instrument lourd, de chanter et de manipuler des claviers tout en portant un équipement contraignant et en respectant la synchronisation rigoureuse imposée par le click-track (métronome) et les pistes vidéos préprogrammées. L'approche de Ron DeChant synthétise l'évolution de la basse : un instrument analogique dompté pour survivre et prospérer dans un environnement numérique total.
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