Oliver Riedel (1971-) : le grave de Rammstein

Publié le 11 avril 2026 à 09:06

Né le 11 avril 1971 à Schwerin, en République Démocratique Allemande (RDA) , Oliver "Ollie" Riedel incarne la physicalité brutale, la discipline martiale et l'ingénierie sub-sonique requises pour la basse dans le contexte de la musique metal industrielle. En tant que membre fondateur et bassiste de la formation mondialement célèbre Rammstein, principal ambassadeur du courant Neue Deutsche Härte (Nouvelle Dureté Allemande), Riedel a reconfiguré le spectre sonore de la musique lourde.

L'Héritage Est-Allemand et la Formation Musicale Tardive

La genèse musicale d'Oliver Riedel est indissociable du contexte sociopolitique de l'Allemagne de l'Est. Enfant unique, il grandit en entretenant d'excellentes relations avec ses parents, bénéficiant du faible écart d'âge qui les séparait. Il se décrit lui-même comme un adolescent extrêmement timide ; à une époque où ses camarades fréquentaient les discothèques, il préférait rester en retrait, se contentant de "traîner" seul. Élève moyen, il a pu compter sur le soutien indéfectible de sa mère pour terminer sa scolarité, après quoi il a suivi une formation professionnelle de plâtrier.

Contrairement à de nombreux musiciens professionnels qui commencent leur apprentissage dans l'enfance, Riedel a découvert la pratique instrumentale de manière très tardive. Ce n'est qu'à l'âge de 19 ans, dans le sillage immédiat de la chute du mur de Berlin (1989), qu'il commence à jouer de la guitare classique. Il a mentionné un sentiment de solitude au début de son parcours, dû à la relative rareté des musiciens de rock dans son entourage est-allemand.

Sa première incursion professionnelle significative se produit en 1992, lorsqu'il rejoint The Inchtabokatables, un groupe de folk-punk berlinois en pleine effervescence. Cette expérience de l'énergie brute et des rythmiques syncopées pave la voie à une rencontre décisive. Cette même année, il entreprend un voyage dans le sud-ouest des États-Unis en compagnie du guitariste Richard Z. Kruspe et du chanteur Till Lindemann. De retour en Allemagne, convaincus de la nécessité de créer une musique nouvelle, dure et électronique, ils fondent en 1993 un projet nommé Tempelprayers, épaulés par le batteur Christoph Schneider. L'accélérateur de carrière se produit en 1994, lorsque ce noyau de quatre musiciens remporte le concours Metrobeat organisé par le Sénat de Berlin. Le prix, une session d'enregistrement professionnel en studio, attire le guitariste Paul Landers et le claviériste Christian "Flake" Lorenz. Le groupe change de nom pour devenir Rammstein, et Riedel s'établit définitivement comme leur bassiste exclusif.

La Psychoacoustique de la "Neue Deutsche Härte"

Dans la hiérarchie acoustique d'un groupe comme Rammstein, l'intégration de la basse pose un défi d'ingénierie majeur. Le spectre sonore est saturé par deux guitares électriques jouant des riffs monolithiques avec une distorsion extrême et des accordages fortement abaissés (tels que le Drop D ou le Drop C), surmontés de boucles de synthétiseurs industriels. Si le bassiste tente de jouer avec un son traditionnel, ses fréquences seront "masquées" par les guitares.

La solution apportée par Oliver Riedel relève de la sculpture acoustique. Plutôt que de concurrencer les guitares dans les médiums, il fusionne la basse avec la grosse caisse de la batterie. Il génère une onde de choc percussive (le "transient" d'attaque) combinée à un vrombissement sub-sonique constant, créant un mur sonore qui frappe physiquement l'auditeur au niveau du sternum lors des concerts.

Sur le plan de l'exécution, Riedel est principalement un joueur fingerstyle (jouant aux doigts), ce qui confère à ses notes une assise plus ronde et charnue. Toutefois, pour répondre aux impératifs d'agressivité des concerts de Rammstein, il utilise un médiator sur une grande partie du répertoire live. Son jeu recèle des nuances techniques surprenantes : sur des morceaux calmes et arpégés comme Seemann, il emploie une technique de pincement asymétrique évoquant le jeu du banjo. Il démontre également sa polyvalence en délaissant la basse pour la guitare acoustique lors des introductions jouées en direct de titres comme Tier et Frühling in Paris.

Équipement, Personnalité et Impact Discographique

Pour générer cette pression acoustique, la signature sonore de Riedel s'appuie sur une chaîne d'amplification hautement optimisée. Il joue principalement sur un modèle signature fabriqué par la firme allemande Sandberg, justement nommé la Terrabass, caractérisée par une lutherie massive et une électronique active. Il a également utilisé au fil des ans des modèles Sandberg California PM, Plasmabass, MusicMan Stingray, et ESP Eclipse. Le signal est acheminé via un préamplificateur Tech 21 SansAmp Bass Driver DI, couplé à des têtes d'amplification colossales Glockenklang Heart-Rock et Ampeg SVT-II, reliées à des enceintes Ampeg 8x10. L'ajout ciblé de pédales d'overdrive ou de fuzz sur des titres spécifiques comme Mein Teil ou Rosenrot permet à sa basse de déchirer le mixage.

Membre le plus grand de la formation (il culmine à plus de 2 mètres), Riedel cultive un contraste saisissant avec l'imagerie pyrotechnique et provocante du groupe. Il mène une vie extrêmement privée, accorde de rares interviews, et se passionne pour la photographie, le surf et le skateboard. Réputé comme le membre le plus compétent en informatique de Rammstein, il est un rouage essentiel de l'architecture numérique du groupe. Son engagement philanthropique s'est illustré en 2022 lorsqu'il a mis aux enchères deux de ses basses Sandberg signature dans le cadre du projet Gear For Hope, afin de lever des fonds pour des organisations d'aide en Ukraine. Présent sur l'intégralité de la discographie studio du groupe, du choc initial Herzeleid (1995) aux triomphes internationaux Mutter (2001), Liebe ist für alle da (2009), jusqu'à Zeit (2022), le jeu de basse de Riedel prouve qu'une discipline de fer et un son de précision industrielle constituent l'épine dorsale des musiques extrêmes modernes.

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