Nathan Lamar Watts est né le 25 mars 1954 à Détroit, dans l'État du Michigan, véritable matrice et berceau historique de la musique soul avec la toute-puissance du label Motown. Toujours en activité flamboyante aujourd'hui, il s'est imposé comme l'un des bassistes de session américains les plus influents, imités et respectés de l'histoire du funk, de la soul, du rhythm and blues et du rock and roll. Son nom et la signature vibratoire de son instrument sont charnellement et indissociablement liés à l'œuvre monumentale du génie de la pop, Stevie Wonder.
Le parcours d'apprentissage musical de Watts ne laissait initialement pas présager un tel accomplissement à la basse. Élevé dans le foisonnement musical de Détroit, il a débuté son éducation instrumentale en étudiant la trompette à l'école primaire, développant ainsi une compréhension aiguë du phrasé mélodique des cuivres qui influencera plus tard ses lignes de basse. Son passage à la basse électrique s'est fait tardivement et a failli tourner court. Au milieu de l'année 1974, alors qu'il évoluait sur la scène locale de Détroit et qu'il n'avait que deux années de pratique de la basse à son actif, il traversait une période de doute profond, envisageant même de réorienter radicalement sa carrière professionnelle en dehors de la musique. C'est alors que le destin a basculé : en août 1974, il a reçu l'appel inespéré de Stevie Wonder, l'invitant à auditionner. Surpassant toutes les attentes, il a été immédiatement sélectionné comme bassiste officiel de la formation. Sans transition, Watts a été propulsé sur le devant de la scène internationale, embarquant pour une tournée majeure au Japon en 1975, posant ainsi les fondations inébranlables d'une collaboration fraternelle et professionnelle qui perdure depuis près de cinq décennies.
Le génie absolu de Watts réside dans sa mécanique technique singulière, son placement rythmique implacable (le fameux "pocket") et la qualité vocale qu'il insuffle à un instrument réputé sourd. Il emploie une attaque extrêmement prononcée et percussive sur les cordes (strong attack), utilisant de manière extensive des techniques d'articulation telles que le palm mute (l'étouffement chirurgical de la résonance des cordes avec la paume de la main droite pour créer un son mat et syncopé), les hammer-ons, les trilles rapides et les slides (glissandos). Ce vocabulaire technique confère à ses lignes de basse une qualité rebondissante et d'une précision diabolique. Il a été une pièce maîtresse absolue lors de l'enregistrement de l'album conceptuel et chef-d'œuvre de Wonder, Songs in the Key of Life (1976), gravant pour l'éternité des lignes de basse devenues de véritables cas d'école pour tout étudiant de l'instrument, notamment sur des hymnes intemporels comme "I Wish" et "As". Au fil des albums suivants comme Hotter Than July, The Woman in Red et Jungle Fever, ses lignes de basse sur des morceaux tels que "I Ain't Gonna Stand for It" et "Do I Do" ont continué à redéfinir les standards du genre.
Un aspect fascinant de leur processus créatif commun, révélé par Watts lui-même, réside dans le fait qu'il enregistrait très souvent les pistes de basse électrique de référence pour les démos complexes de Stevie Wonder. Dans la phase de production finale, Wonder, pris d'une frénésie synthétique, remplaçait parfois ces pistes par sa propre basse jouée sur un synthétiseur clavier (souvent un Moog ou un TONTO), mais en s'inspirant directement, voire en copiant, le phrasé humain, les syncopes et les nuances rythmiques inventées par Watts. Cette méthode de transposition technologique a notamment été employée sur des succès planétaires comme "Knocks Me Off My Feet" et "Isn't She Lovely".
Cependant, Nathan Watts ne s'est jamais limité au rôle d'exécutant passif. Parfaitement conscient des rouages internes de la musique de son leader, il a été promu en 1994 au poste crucial et hautement exigeant de directeur musical (musical director) pour Stevie Wonder. À ce titre, il orchestre les répétitions, organise l'architecture musicale des spectacles, et dirige un groupe souvent pléthorique de musiciens de très haut vol lors des tournées internationales. Stevie Wonder lui-même, reconnaissant l'ampleur de son talent, a un jour déclaré avec admiration : « Nate Watts n'est pas seulement mon bassiste, il est le bassiste du monde ».
Outre son engagement indéfectible auprès de Wonder, Watts a bâti une carrière de musicien de session sidérante de prestige, prêtant son groove à une pléiade d'icônes de la musique pop, soul et rock. Il a notamment posé ses lignes de basse sur les albums fondateurs des Jacksons (Destiny et Triumph), et a enregistré avec des légendes telles que le batteur Harvey Mason, le maître de la bossa nova Sergio Mendes, Diana Ross, Paul McCartney, The Pointer Sisters, et Lionel Richie. En reconnaissance de l'impact colossal de son œuvre et de ses 36 années de service ininterrompu auprès de Stevie Wonder à ce moment-là, il a reçu en 2010 le prestigieux International Bassist Award lors du Winter NAMM Show, une consécration venant solidifier son statut d'icône mondiale de la basse électrique.
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