Née sous le nom de Miriam Sullivan le 25 mars 1972 à New York, et ayant grandi dans l'arrondissement bouillonnant du Bronx, Mimi Jones est une figure incontournable du jazz moderne. Actuellement en pleine effervescence créative, cette artiste américaine multidisciplinaire cumule les casquettes de contrebassiste de haut vol, bassiste électrique, vocaliste à la voix suave, compositrice visionnaire, éducatrice dévouée, cinéaste documentaire et fondatrice de maison de disques. Elle incarne une approche profondément humaniste et moderne de l'art, où la virtuosité instrumentale pure s'entremêle de manière indissociable avec l'activisme social, la sensibilisation environnementale et la diplomatie culturelle.
La rencontre de Jones avec l'instrument à quatre cordes graves est le fruit d'une anecdote révélatrice, mêlant hasard et nécessité logistique. Initialement, la jeune Miriam Sullivan étudiait avec assiduité le violoncelle classique à la célèbre école secondaire des arts Fiorello H. LaGuardia de New York. Un jour, durant une période de répétition où elle aurait dû réviser ses études classiques, le directeur de l'orchestre de jazz de l'établissement l'a surprise en train de s'amuser devant un miroir avec une énorme contrebasse, essayant maladroitement de reproduire à l'oreille des lignes de basse de génériques télévisés populaires (comme celui de la série Barney Miller). Manquant cruellement d'un bassiste pour le second orchestre de jazz de l'école, le directeur a immédiatement saisi l'opportunité. Il a modifié l'emploi du temps de la jeune fille sur-le-champ, la forçant à abandonner les archets classiques pour apprendre l'art de concevoir des lignes de walking bass jazz. Comme elle le décrit elle-même avec amusement : « Je ressens vraiment que c'est la basse qui m'a choisie... Désolée, Monsieur Violoncelle! ».
Cet événement fortuit a définitivement tracé le cours de sa vie professionnelle. Désormais engagée dans cette voie, elle a reçu une formation d'élite, passant par The Harlem School of the Arts avant d'obtenir une bourse complète pour étudier au très sélectif conservatoire de la Manhattan School of Music, d'où elle est sortie diplômée avec un Bachelor en interprétation musicale. Sur le plan de la contrebasse jazz, elle a bénéficié de l'enseignement de géants. Le bassiste Lisle Atkinson est devenu son premier véritable mentor, allant jusqu'à lui fournir son premier instrument professionnel de qualité (une contrebasse de luthier Juzak). Elle a par la suite perfectionné son art en participant à des ateliers de maître (masterclasses) dispensés par des légendes absolues de l'histoire du jazz : Ron Carter, Milt Hinton, le pianiste Barry Harris, le saxophoniste Yusef Lateef, le batteur Max Roach, et a même étudié les techniques spécifiques de la basse latine avec Guillermo Edgehill.
Pendant de nombreuses années, sous son nom de naissance Miriam Sullivan, elle s'est bâti une réputation en or massif en tant que side woman (musicienne d'accompagnement) extrêmement fiable et créative. Son impressionnant carnet de commandes l'a amenée à partager les scènes prestigieuses du monde entier avec un véritable panthéon de musiciens de multiples générations. Elle a tenu le tempo pour le légendaire vibraphoniste Lionel Hampton, le trompettiste virtuose Roy Hargrove, le saxophoniste Joshua Redman, les pianistes Kenny Barron et Rachel Z, les chanteuses Dianne Reeves et Dee Dee Bridgewater, ou encore la star du R&B Frank Ocean. Elle a notamment joué un rôle harmonique clé au sein du Mosaic Project, l'initiative entièrement féminine couronnée d'un Grammy Award et dirigée par la batteuse et compositrice Terri Lyne Carrington. De par la polyvalence de ses compétences, elle a même été conviée à se produire lors de la fête d'anniversaire privée organisée par Beyoncé pour le quarantième anniversaire du rappeur Jay-Z.
L'année 2009 marque une rupture conceptuelle et une métamorphose dans sa carrière. Lassée de rester dans l'ombre en tant que simple accompagnatrice, Miriam Sullivan a adopté le nom de scène de Mimi Jones à l'occasion de la sortie de son tout premier album en tant que leader, significativement intitulé A New Day. Ce changement de patronyme (qu'elle décrit comme l'émergence d'un alter ego) marquait sa volonté assumée d'utiliser sa musique pour exprimer ouvertement ses propres messages de changement positif, de courage face aux mutations du monde et de progression sociétale. Son style musical a ainsi éclos, décrit par les critiques comme une approche élégante et idiosyncrasique : une base profondément ancrée dans la tradition jazz, mais qui s'ouvre généreusement aux grooves de la basse funk, aux complexités polyrythmiques des musiques du monde (world beat), le tout caressé par la chaleur de ses propres textures vocales.
La dimension la plus remarquable et novatrice de la carrière de Mimi Jones réside dans son militantisme institutionnel et son engagement sociétal. Refusant la dépendance envers l'industrie musicale traditionnelle, elle a fondé son propre label discographique, Hot Tone Music, véritable plateforme indépendante sur laquelle elle a sorti ses trois albums en tant que leader (A New Day, et plus tard des projets solos et collaboratifs sous le nom de FalconGumba Records, comme le duo de cordes Peach and Tomato ou le trio jazz/avant-rock CHAMA) et où elle produit le travail d'autres artistes partageant sa vision.
Au-delà de l'industrie du disque, Jones a compris la puissance de l'art comme vecteur d'éveil des consciences. Elle co-dirige, avec l'artiste ArcoIris Sandoval, un ambitieux projet multimédia baptisé The D.O.M.E. Experience. Ce collectif utilise la synergie entre la composition musicale d'avant-garde, la chorégraphie de danse et la cinématographie documentaire pour forcer le public à s'interroger sur des questions environnementales pressantes et des urgences sociales, tant à l'échelle des communautés locales qu'au niveau global. Son engagement s'étend également au domaine diplomatique et éducatif. En tant qu'ambassadrice du jazz (U.S. Jazz Ambassador) mandatée par le Département d'État américain et le programme "Rhythm Roads" du Lincoln Center, elle a mené d'innombrables tournées d'échange culturel à travers l'Afrique (Congo, Mali, Mauritanie, Maroc, Algérie), l'Amérique du Sud (Brésil, Uruguay, Équateur) et les Caraïbes (Jamaïque, République Dominicaine, Barbade). Transmettant son savoir aux nouvelles générations, elle occupe également le poste de professeure associée au prestigieux Berklee College of Music à Boston, tout en voyant son travail salué dans des expositions majeures comme New Standards, curatée par Terri Lyne Carrington. Mimi Jones incarne la basse non plus seulement comme instrument, mais comme véhicule d'empowerment.
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