Lawrence Bernard "Larry" Gales, l'harmonique Inébranlable de Thelonious Monk (1936-1995)

Publié le 25 mars 2026 à 07:09

Lawrence Bernard Gales, universellement connu et révéré sous le nom de Larry Gales, est né le 25 mars 1936 à New York. Il est décédé des suites d'une leucémie foudroyante le 12 septembre 1995 à Sylmar, un quartier de Los Angeles en Californie, à l'âge de 59 ans. Il demeure incontestablement l'un des contrebassistes de jazz américain les plus respectés de sa génération, célèbre parmi ses pairs pour sa solidité rythmique indéfectible, la profondeur boisée de son timbre et son intonation d'une précision chirurgicale.

Contrairement à Duke Groner, l'engagement de Gales envers la contrebasse fut précoce et académique. Il a commencé son apprentissage rigoureux de l'instrument dès l'âge de 11 ans. Afin de perfectionner sa technique d'archet et sa théorie musicale, il a intégré la prestigieuse Manhattan School of Music à la fin des années 1950, s'assurant ainsi des fondations classiques robustes qui allaient servir son jeu jazz tout au long de sa vie. Son émergence sur la scène jazz new-yorkaise, alors en pleine effervescence hard bop, a été météorique. Dès le début des années 1960, il s'est imposé comme un accompagnateur (sideman) de premier choix, très prisé pour sa fiabilité. Il a enregistré abondamment avec le quintette féroce et hautement compétitif codirigé par les saxophonistes ténors Johnny Griffin et Eddie "Lockjaw" Davis. Il figure ainsi sur des albums fondateurs de cette esthétique musclée, tels que Tough Tenors (1960), Blues Up & Down (1961), Lookin' at Monk! (1961) et Glidin' Along (1961). Durant cette période fertile, il a également collaboré étroitement avec des pointures comme le batteur J.C. Heard, le flûtiste Herbie Mann, le pianiste Junior Mance et le chanteur Joe Williams.

Cependant, l'apogée artistique de la carrière de Gales, celle qui a définitivement inscrit son nom dans le panthéon du jazz, a été son mandat ininterrompu de cinq ans (1964-1969) au sein du légendaire Thelonious Monk Quartet. Jouer avec Thelonious Monk constituait le test ultime pour un contrebassiste. Le style pianistique idiosyncrasique de Monk, caractérisé par l'utilisation de clusters dissonants, de silences asymétriques prolongés, de déplacements rythmiques complexes et d'une conception de l'harmonie extrêmement peu conventionnelle, nécessitait un bassiste capable de maintenir le tempo de manière souveraine sans jamais se laisser déstabiliser par les explorations de son leader. Gales a rempli ce rôle exigeant avec une autorité absolue. Il a participé à des tournées mondiales exhaustives avec le groupe et a enregistré une série d'albums majeurs pour le label Columbia Records, qui constituent aujourd'hui des piliers de la discographie de Monk. Parmi ces œuvres figurent Monk (1964), Straight, No Chaser (1966), Underground (1968), ainsi que les célèbres enregistrements en public Live at the It Club (1964), Live at the Jazz Workshop (1964) et la parution d'archives acclamée Palo Alto (sortie en 2020).

À la suite de la dissolution de ce quartette emblématique en 1969, Gales a fait le choix de quitter l'effervescence new-yorkaise pour s'installer à Los Angeles, devenant rapidement une figure centrale et incontournable de la scène jazz florissante de la côte Ouest. Dans cet environnement plus détendu mais tout aussi exigeant, il a accompagné en studio et sur scène une myriade de légendes du genre. Sa basse a soutenu les improvisations d'Erroll Garner, Willie Bobo, Red Rodney, Sweets Edison, Benny Carter, Blue Mitchell, Clark Terry et du maître de la guitare Kenny Burrell. Avec ce dernier, il a d'ailleurs tissé une relation musicale de long terme, enregistrant des œuvres remarquables telles que Live at the Village Vanguard (1978), When Lights Are Low (1978) et In New York (1978). La liste de ses collaborations en tant que sideman est étourdissante d'ampleur, incluant des sessions avec Buddy Tate, Bennie Green, Sonny Stitt (Stitt Goes Latin), Mary Lou Williams, Jimmy Smith, Sonny Criss (Crisscraft), Charlie Rouse (Bossa Nova Bacchanal) et le hurleur de blues Big Joe Turner.

Il aura fallu attendre l'année 1990 pour que Gales se décide enfin à passer au premier plan et à enregistrer son unique album en tant que leader de session. Publié sur le label Candid Records et judicieusement intitulé A Message From Monk, l'album se veut un hommage respectueux et profond à son ancien mentor, comprenant cinq compositions classiques de Thelonious Monk réarrangées pour l'occasion, ainsi qu'une pièce originale de la plume de Gales. Cet enregistrement testamentaire résume parfaitement la philosophie musicale de Larry Gales : une profonde révérence pour la tradition couplée à une intégrité rythmique sans faille.

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