Né le 24 mars 1917 dans la commune alors rurale d'Uster, dans le canton de Zurich, et décédé le 11 juillet 2014 à l'âge canonique de 97 ans, Erwin Ernst Kunz représente le modèle du musicien d'orchestre dont l'étendue des compétences transcende la simple exécution instrumentale. Issu d'un milieu familial très modeste, ses perspectives d'éducation musicale étaient initialement limitées. Il a débuté son apprentissage de manière autodidacte sur un accordéon défectueux offert par sa mère, avant d'être repéré par un professeur de musique local qui lui a prodigué ses premières leçons formelles. Doté d'un don physiologique rare—l'oreille absolue—et soutenu par un tuteur bienveillant, Kunz parvient à se présenter et à réussir l'examen d'admission au Conservatoire de Zurich à seulement dix-sept ans.
Sa progression au sein de l'institution fut d'une fulgurance exceptionnelle. En un temps record, il acquiert la maîtrise technique requise pour intégrer les rangs professionnels. À vingt ans, en 1937, il est titularisé au sein de l'Orchestre de la Tonhalle de Zurich, l'une des phalanges symphoniques les plus prestigieuses de Suisse. Fait rarissime et témoignant d'une plasticité biomécanique hors du commun, Kunz y a mené une carrière d'une longévité spectaculaire (jusqu'à sa retraite en 1982) en occupant alternativement les pupitres de contrebasse et de tuba. Bien que ces deux instruments partagent la même fonction d'assise harmonique et de registre grave, ils requièrent des compétences physiologiques radicalement opposées : la contrebasse exige une callosité digitale et une force de traction du bras droit pour l'archet, tandis que le tuba repose exclusivement sur la gestion de la colonne d'air, l'embouchure et la musculature labiale.
Cependant, l'impact d'Erwin Ernst Kunz s'étend bien au-delà de son pupitre d'orchestre. Poussé par une curiosité intellectuelle insatiable, il a étudié de manière obsessionnelle les partitions de Richard Wagner, Johannes Brahms et Anton Bruckner pour en disséquer les techniques d'orchestration, de contrepoint et de développement motivique. Cette érudition théorique l'a conduit à devenir un arrangeur et un compositeur extrêmement prolifique. Son ouverture d'esprit lui a permis de franchir les barrières souvent hermétiques entre la musique savante et la musique populaire. En effet, Kunz s'est intensément investi dans la musique de variété suisse et le rock naissant. L'exemple le plus éclatant de ce syncrétisme musical est sa collaboration à la fin des années 1980 avec le groupe de rock suisse romand Les Sauterelles, pour lequel il a écrit l'intégralité des arrangements orchestraux et dirigé les séances d'enregistrement en 1988. Théoricien, chef d'orchestre, membre historique de la SUISA (Société suisse pour les droits des auteurs d'œuvres musicales), Kunz incarnait l'artisanat musical total, prouvant que la rigueur analytique issue de l'apprentissage de la contrebasse classique pouvait irriguer tous les strates de la création sonore.
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