Né le 23 mars 1949 en Allemagne et décédé le 27 décembre 2019 à l'âge de 70 ans, Michael Bundt représente la quintessence de la mutation du rôle du bassiste face à l'émergence des nouvelles technologies électroniques dans l'Europe de la seconde moitié du vingtième siècle. Le contexte sociologique de son développement musical est crucial : grandissant dans la région de Mannheim-Heidelberg, une zone fortement marquée par la présence militaire américaine consécutive à la Seconde Guerre mondiale, Bundt et ses contemporains ont été précocement exposés à la musique afro-américaine et au rock diffusés dans les clubs de GI. C'est dans ce terreau fertile, qui cherchait à s'émanciper des influences strictement anglo-saxonnes pour forger une nouvelle identité musicale ouest-allemande (le mouvement Krautrock), que Bundt a fait ses armes.
La trajectoire professionnelle de Bundt en tant que bassiste a débuté avec le quintette de Mannheim nommé Medusa. Avec cette formation, il a enregistré un single pour le label CBS en 1972, démontrant d'emblée de solides aptitudes de compositeur en signant les deux titres originaux du disque : « Get Up Man » et « Going Back ». Medusa a historiquement servi de matrice transitionnelle pour la seconde itération du groupe de krautrock expérimental Nine Days Wonder, que Bundt a rejoint après leur séparation initiale.
Au sein de Nine Days Wonder, la ligne de basse de Bundt fournissait l'ancrage rythmique et harmonique indispensable aux expérimentations progressives complexes de l'ensemble. Il a participé activement à la création de l'album We Never Lost Control, sorti sur le label Bacillus en octobre 1973. Au-delà de ses fonctions de bassiste, Bundt s'y est illustré en tant que co-compositeur du titre « Fisherman's Dream », aux côtés du chanteur Walter Seyffer et du claviériste Freddie Münster. Son implication créative a pris une ampleur encore plus significative sur l'album suivant, Only the Dancers, sorti en février 1975, où il a co-écrit avec Seyffer les pièces maîtresses clôturant chaque face du disque : « Hovercraft Queen » et l'ambitieuse suite de huit minutes intitulée « Moment ». Ces compositions mettaient en évidence une basse à la fois mélodique et structurelle, guidant les interventions d'invités prestigieux comme le saxophoniste David Jackson (de Van der Graaf Generator). Il quitte le groupe avant l'enregistrement de leur album conceptuel de 1976, Sonnet to Billy Frost, marquant la fin de sa période strictement rock. Il participera néanmoins brièvement à un groupe de pop-rock éphémère nommé Nerve, documenté par deux titres sur une compilation.
La Transition Électronique : Séquenceurs, Berlin School et Espace Sonore
L'évolution musicale de Michael Bundt dans la seconde moitié des années 1970 suggère une compréhension aiguë et prémonitoire des mutations technologiques de son époque. L'avènement des séquenceurs et des premiers synthétiseurs abordables menaçant structurellement la fonction traditionnelle du bassiste rock — la machine pouvant désormais générer des lignes de basses ostinato avec une précision inhumaine — Bundt a choisi d'anticiper cette rupture. Au lieu de subir l'obsolescence de son rôle, il est devenu lui-même un pionnier de la musique électronique, s'inscrivant dans le courant du Berlin School et du space-futurisme.
Entre 1977 et 1980, il s'est consacré à une carrière solo novatrice, explorant le vaste potentiel des synthétiseurs tout en conservant l'intuition rythmique propre à un bassiste. Son premier album solo, Just Landed Cosmic Kid, sorti en 1977 sous les labels Offers et WEA, a rapidement acquis un statut d'œuvre culte, particulièrement au Royaume-Uni. Cet album opérait une fusion audacieuse entre des textures organiques issues du rock et des paysages synthétiques d'avant-garde. L'analyse de ses œuvres électroniques ultérieures, l'album Neon (1979, label Hansa) et Electri City (1980, label Blubber Lips / réédité par Bureau B), met en évidence une intégration harmonieuse et réfléchie entre la pulsation rythmique (héritée de sa pratique de la basse) et l'architecture mathématique des séquenceurs. Son esthétique se fondait sur l'idée philosophique d'un ordre sous-jacent fluide, imaginant des états d'alignement harmonieux et une intégration complète entre les systèmes personnels organiques (l'humain, la basse jouée) et les systèmes externes technologiques (les machines).
Outre sa carrière solo sous son propre nom, Bundt a opéré sous divers pseudonymes et participé à des projets incognitos, produisant de la musique de film, du disco, et participant au projet de studio Intercity Sound Association, explorant des sonorités funk instrumentales inspirées du Sound of Philadelphia. Jusqu'à son décès le 27 décembre 2019, Bundt est resté une figure centrale de la scène musicale de Francfort, se forgeant une réputation solide en tant que promoteur, producteur et ingénieur du son, consolidant ainsi son statut d'architecte sonore dont la vision a transcendé la simple pratique de la guitare basse.
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