Akira Okazawa, né le 23 mars 1951 à Tokyo, est un bassiste japonais dont le travail titanesque en studio et sur scène a fondamentalement façonné l'esthétique du jazz fusion et de la City Pop des années 1970 à nos jours. Dans le contexte du miracle économique japonais d'après-guerre et de l'assimilation vorace des musiques afro-américaines (funk, soul, R&B, jazz), Okazawa s'est imposé par une maîtrise rythmique et une précision d'exécution redoutables.
Ses débuts professionnels furent d'une grande précocité : il a fait son apparition publique à l'âge de 17 ans, en 1968, au sein du groupe "M", affilié au mouvement des Group Sounds (une vague de groupes pop rock japonais influencés par les Beatles et la musique beat). Très vite repéré pour la solidité de son tempo, il a embrassé la carrière de musicien de studio à temps plein dès l'âge de 19 ans.
Les décennies 1970 et 1980 ont vu la création d'une industrie musicale japonaise d'une sophistication technique et commerciale extrême. Les producteurs de l'époque exigeaient des instrumentistes capables d'exécuter des arrangements d'une grande complexité, mariant des sections de cuivres incisives, des superpositions de synthétiseurs analogiques et des polyrythmies denses. Okazawa est rapidement devenu l'ancre harmonique de ce mouvement exigeant. Sur le plan organologique, Okazawa est particulièrement réputé pour son utilisation d'une basse Fender Jazz Bass du début des années 1960. Cet instrument historique est identifiable par les experts à ses clés de réglage allongées (dites long shafts), une caractéristique matérielle antérieure aux modifications structurelles apportées par Fender en 1966 (qui introduiront les mécaniques dites "lollipop" et les manches avec un filet de bordure, ou binding). Ce choix instrumental n'est pas anodin : les Jazz Bass du début des années 60 fournissent un médium riche en fréquences bas-médiums, un "grognement" caractéristique capable de percer des arrangements orchestraux denses sans brouiller les fréquences réservées à la grosse caisse.
La Définition Esthétique de la City Pop et de la Fusion
L'analyse de la discographie d'Okazawa démontre l'étendue spectaculaire de son influence sur la musique asiatique. En 1975, il a posé les fondations résolument funk de l'album magistral Funky Stuff du saxophoniste Jiro Inagaki & son groupe Soul Media. Cet album est aujourd'hui considéré comme une pierre angulaire de l'intégration du vocabulaire funk américain dans le jazz japonais.
Okazawa fut également un membre central et fondateur du groupe de fusion The Players, aux côtés du claviériste Hiromasa Suzuki et du batteur Yuhichi Togashiki. Avec cette formation, il a produit une série d'albums phares de jazz fusion qui démontraient une virtuosité débridée, tels que Galaxy (1979), Wonderful Guys (1979), Madagascar Lady (1981), Space Travel (1982), Jack-a-Dandy (1983) et Up To You (1984). Il a également fait partie de collectifs prestigieux de musiciens de studio réunis pour des projets spécifiques, comme le Electro Keyboard Orchestra, Goro Special Band, Shuko Mizuno Combo, ou encore le You & The Explosion Band, spécialisé dans les bandes originales d'anime et de films.
Les données musicologiques soulignent que la contribution d'Okazawa a été absolument déterminante pour l'émergence de la City Pop, un genre musical célébrant l'urbanisme et le mode de vie cosmopolite de Tokyo. Son jeu de basse sur le titre TOWN de la chanteuse Minako Yoshida est souvent cité par les musiciens et producteurs contemporains comme un modèle absolu du genre. Sur ce morceau, Okazawa combine un jeu en slap incisif avec un placement rythmique (le fameux pocket) d'une précision chirurgicale, créant un groove hypnotique qui soutient toute l'architecture de la chanson.
Au fil de sa carrière s'étalant sur plus de cinq décennies, Okazawa, qui est toujours vivant et actif musicalement, a accompagné les plus grands géants de la musique japonaise. Il a collaboré étroitement avec des figures emblématiques telles que le guitariste Masayoshi Takanaka (notamment lors de concerts récents au Billboard Live), Tatsuro Yamashita, Sadao Watanabe, Naoya Matsuoka, Masashi Sada, Tsuyoshi Nagabuchi, et Takuro Yoshida. Il s'est affirmé non seulement comme un technicien d'exception capable de lire à vue les partitions les plus complexes, mais également comme un créateur de textures sonores dont la signature rythmique est immédiatement identifiable. Récemment encore, il se produisait avec le groupe Akira Okazawa Band, dédié à la réinterprétation des répertoires jazz, soul et fusion avec autorité et profondeur.
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