Johannes Matthias Sperger, né le 23 mars 1750 à Feldsberg (une ville située en Basse-Autriche à l'époque, et qui correspond aujourd'hui à Valtice en République Tchèque), demeure l'une des figures les plus monumentales et paradigmatiques de l'histoire de la contrebasse classique. Décédé le 13 mai 1812 à Ludwigslust en Allemagne, il a traversé la période la plus foisonnante du classicisme viennois. Issu d'un milieu résolument modeste — les archives indiquent que son père exerçait la profession de « Küh-Halter », c'est-à-dire propriétaire et éleveur de vaches et de taureaux —, la trajectoire de Sperger vers les plus hautes sphères de l'aristocratie musicale européenne témoigne d'un talent hors du commun.
Il a reçu ses premières leçons de musique de la part de l'organiste local de Feldsberg, Franz Anton Becker, qui lui a inculqué les fondations de la théorie musicale et de la pratique instrumentale. Sa trajectoire a pris une dimension véritablement impériale lorsqu'il s'est installé à Vienne en 1767. La formation académique de Sperger s'est alors déroulée dans le contexte extrêmement compétitif et intellectuellement stimulant de la capitale autrichienne. Il a entrepris des études approfondies en théorie musicale, en contrepoint et en composition sous la tutelle de Johann Georg Albrechtsberger. Ce dernier, figure tutélaire de l'enseignement musical de l'époque qui deviendra plus tard le maître de Ludwig van Beethoven de 1794 à 1796, a situé Sperger dans une lignée pédagogique d'une exigence absolue.
Parallèlement à ses études de composition, pour la maîtrise instrumentale spécifique de la contrebasse, Sperger s'est tourné vers Friedrich Anton Pischelberger. Pischelberger était un virtuose d'une telle renommée dans la Vienne de la fin du dix-huitième siècle que Wolfgang Amadeus Mozart composera spécifiquement pour lui l'aria pour basse et contrebasse obligée Per questa bella mano (KV 612). Cette double filiation académique — la rigueur contrapuntique d'Albrechtsberger combinée à l'avant-garde technique de Pischelberger — a permis à Sperger de transcender très tôt les limites techniques traditionnelles de son instrument. Il aurait d'ailleurs fait ses débuts publics remarqués en tant que compositeur à Vienne dès l'âge de 18 ans, et a vu l'une de ses symphonies ainsi qu'un concerto pour contrebasse interprétés par la prestigieuse Tonkünstler-Societät en 1778, société dont il devint membre et au sein de laquelle il se produisit régulièrement en tant que soliste.
Carrière de Cour, Mécénat et Itinérance Européenne
L'analyse de la carrière professionnelle de Sperger révèle intimement les dynamiques de mécénat et de dépendance aristocratique au sein de l'Empire austro-hongrois. De 1777 à 1783, Sperger a été employé en tant que contrebassiste dans l'orchestre du Prince Primat, Archevêque et Cardinal Joseph, Comte von Batthyány, basé à Presbourg (aujourd'hui Bratislava). C'est au sein de cette Hofkapelle (chapelle de cour) particulièrement réputée qu'il a côtoyé des musiciens de premier plan, tels que le violoncelliste Franz Xaver Hammer, et qu'il a entamé une période d'intense production compositionnelle. Durant cette période faste, il a livré pas moins de dix-huit symphonies et achevé ses sept premiers concertos pour contrebasse, repoussant les attentes organologiques de l'époque.
À la dissolution de cet orchestre en 1783, Sperger est entré au service du Comte Ludwig von Erdödy à Kohfidisch (situé dans l'actuel Burgenland), une position qu'il a occupée jusqu'en 1786. À la mort de ce dernier mécène, Sperger est retourné brièvement à Vienne, se retrouvant temporairement sans emploi fixe et contraint de gagner sa vie comme copiste. Cette précarité l'a poussé à entreprendre de vastes tournées européennes en tant que soliste itinérant pour démontrer sa virtuosité et trouver une nouvelle cour d'attache. Entre décembre 1787 et juin 1788, puis de mars à juin 1789, il s'est produit à travers l'Europe, donnant des concerts à Brno, Prague, Dresde, Berlin, Parme, Trieste, Bologne, Ansbach, Passau et Ludwigslust. Durant ces voyages, il a mis en œuvre une stratégie de dédicace très ciblée, offrant ses œuvres à des figures royales puissantes, incluant le Tsar de Russie et le roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, lui-même violoncelliste et joueur de viole de gambe.
Ses efforts ont finalement porté leurs fruits en juillet 1789, lorsqu'il a obtenu le poste prestigieux de premier contrebassiste de la Hofkapelle du Grand-Duché de Mecklembourg-Schwerin à Ludwigslust, sous les auspices du Duc Friedrich Franz I. Il a conservé cette position stable et respectée jusqu'à sa mort en 1812. Le respect immense que lui portait le monde musical aristocratique a été symbolisé de manière poignante par l'interprétation du Requiem de Mozart lors d'une cérémonie commémorative organisée deux semaines après ses funérailles.
Héritage Organologique, Sauvegarde du Répertoire
L'héritage de Sperger dépasse largement le cadre de ses propres performances. Il fut un compositeur extrêmement prolifique, laissant derrière lui un catalogue monumental qui comprend au moins 44 à 45 symphonies, de nombreuses cantates, des sonates, des rondos, des danses, des œuvres chorales et un vaste répertoire de musique de chambre. Toutefois, son apport historique fondamental réside dans ses 18 concertos pour contrebasse, qui exigeaient une dextérité technique inouïe et exploitaient les spécificités de ce qui est aujourd'hui connu comme l'accord viennois (un accordage spécifique en tierces et quartes qui facilitait l'exécution d'arpèges rapides et de doubles cordes). Les symphonies de Sperger, dont les manuscrits sont conservés à Schwerin, révèlent également une habileté exceptionnelle en matière d'orchestration, utilisant abondamment des solistes obligés (obbligato) et des groupes d'instruments à vent, ce qui les apparente à la littérature de la sinfonia concertante très populaire à cette époque.
Une analyse de sa musique de chambre met en évidence sa volonté farouche d'émanciper la contrebasse du strict rôle de basso continuo. La Cassation No. 3 (également cataloguée comme Divertimento en Ré Majeur, M.C II:21) pour cor, alto et contrebasse en est un exemple frappant. Le premier mouvement (Moderato) propose des traits de doubles croches exigeants et fluides, tandis que le troisième mouvement (Menuett et Trio) accorde à la contrebasse un rôle soliste prédominant dans le second trio, soulignant sans équivoque la maîtrise virtuose du compositeur sur son propre instrument. Le mouvement final (Andante con variazioni and Allegro) voit la contrebasse s'emparer pleinement de la présentation mélodique lors de la deuxième variation.
Au-delà de ses propres compositions, les données historiques suggèrent une implication inestimable de Sperger dans la préservation de l'histoire de son instrument. Sa bibliothèque personnelle, méticuleusement préservée à Schwerin dans l'ancienne Allemagne de l'Est, contenait les uniques copies manuscrites existantes des concertos pour contrebasse de ses contemporains éminents, tels que Carl Ditters von Dittersdorf, Franz Anton Hoffmeister, Wenzel Pichl et Johann Baptist Vanhal. Sans les efforts d'archivage, de copie et de préservation de Sperger, le répertoire solistique central de la contrebasse classique aurait été irrémédiablement perdu pour les générations futures. Cela indique que les contrebassistes de l'époque opéraient au sein d'un réseau hautement insulaire de transmission manuscrite, où la survie des œuvres dépendait entièrement des praticiens eux-mêmes. Son influence technique s'est fait sentir pendant plusieurs générations après sa mort, marquant profondément des virtuoses ultérieurs comme Antonio Capuzzi et Domenico Dragonetti.
| Titre de l'Œuvre / Classification | Instrumentation Principale | Année / Période | Rôle de J. M. Sperger |
|---|---|---|---|
| Symphonie en Do mineur (No. 26) | Orchestre symphonique | 1787 | Compositeur |
| Symphonie en Sol mineur (No. 21) | Orchestre symphonique | 1786 | Compositeur |
| 18 Concertos pour Contrebasse | Contrebasse soliste et orchestre | 1777 - 1812 | Compositeur & Soliste |
| Cassation No. 3 (M.C II:21) | Cor, Alto, Contrebasse | Fin 18e siècle | Compositeur & Soliste |
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