Robert Jance Garfat, universellement connu sous le nom de scène Jance Garfat, est né en Californie le 20 mars 1944. Bien que quelques sources marginales ou généalogiques isolées mentionnent parfois la date du 3 mars, la très grande majorité des registres biographiques, des encyclopédies musicales et des bases de données discographiques convergent formellement vers la date du 20 mars. Garfat a inscrit son nom dans l'histoire de la musique populaire internationale en tant que bassiste à plein temps de la formation américaine Dr. Hook & The Medicine Show (plus tard raccourcie en Dr. Hook), un groupe qui a navigué avec une dextérité commerciale rare entre la parodie rock, l'Americana narrative, le country rock, le soft rock radiophonique et les influences disco.
L'histoire de Dr. Hook & The Medicine Show débute à la fin des années 1960, loin du glamour californien de Garfat, dans les bars rugueux de Union City, dans le New Jersey. Le groupe se forme initialement autour des figures contrastées du chanteur Dennis Locorriere et du guitariste/chanteur Ray Sawyer, ce dernier arborant un cache-œil distinctif suite à un grave accident de voiture en 1967, lui conférant une allure de pirate ou de hors-la-loi qui deviendra la marque de fabrique visuelle du groupe. Fonctionnant comme un groupe de club laborieux, leur répertoire était alors fortement teinté de musique country et de rhythm and blues, par pure nécessité d'adaptation aux goûts de leur public local.
Le destin de la formation bascule radicalement au début de l'année 1970. Leurs maquettes attirent l'attention de Ron Haffkine, un directeur musical alors en charge de la supervision de la bande originale du film de Dustin Hoffman Who Is Harry Kellerman and Why Is He Saying Those Terrible Things About Me?. Haffkine cherchait un groupe capable d'interpréter avec authenticité et humour les compositions de Shel Silverstein. Silverstein, un ancien musicien folk, auteur de livres pour enfants à succès et dessinateur pour le magazine Playboy, possédait un style d'écriture unique : des chansons souvent satiriques, narratives, peuplées de personnages marginaux, qui exigeaient des interprètes capables de théâtraliser la musique. Le mariage entre les chansons de Silverstein et l'interprétation vocale de Locorriere et Sawyer s'avère parfait. Haffkine devient le producteur et le manager visionnaire du groupe, leur décrochant un contrat avec CBS Records.
Après le succès inattendu et massif de leur premier album éponyme en 1971, propulsé par le single dramatique et sarcastique "Sylvia's Mother" (qui devient un tube international à l'été 1972 après des débuts laborieux), le groupe est propulsé dans une autre dimension. Les impératifs de la célébrité imposent des tournées mondiales intensives et des sessions d'enregistrement plus rigoureuses. La section rythmique originelle, qui comprenait le batteur John "Jay" David, nécessite une consolidation professionnelle. C'est dans ce contexte crucial d'expansion, au cours de l'année 1972, que Jance Garfat est recruté pour intégrer la formation en tant que bassiste à plein temps, accompagné simultanément par l'arrivée du guitariste Rik Elswit.
L'intégration de Garfat coïncide avec l'âge d'or créatif et la phase la plus subversive du groupe. Il participe activement à l'enregistrement du deuxième album, Sloppy Seconds (1972), un disque entièrement écrit par Silverstein contenant du matériel volontairement plus risqué et irrévérencieux. Cet album contient l'hymne satirique immortel "The Cover of 'Rolling Stone'", une chanson qui se moque ouvertement de l'obsession de l'industrie musicale pour la célébrité médiatique, et qui a ironiquement (ou stratégiquement, grâce à l'entregent de Haffkine auprès de Jann Wenner) conduit le groupe à figurer effectivement sur la couverture du célèbre magazine en 1973.
Le rôle musical de Jance Garfat au sein de Dr. Hook durant cette première moitié des années 1970 était d'une complexité trompeuse. Les compositions de Shel Silverstein prenaient la forme de récits "talking blues" ou de ballades folk qui exigeaient une instrumentation très attentive. La basse ne devait en aucun cas écraser la narration vocale, qui était l'attrait principal de la chanson. Le jeu de basse de Garfat, profondément ancré dans la tradition de la country music de la côte Ouest et du rock des racines (roots rock), fournissait des lignes de fondation extrêmement solides. Il privilégiait le placement rythmique strict au fond du temps (le fameux jeu "in the pocket") à toute forme de virtuosité ostentatoire ou de solos inutiles. Son instrument servait de toile de fond sur laquelle les voix de Locorriere et Sawyer pouvaient tisser leurs harmonies et leurs dialogues comiques.
Cependant, à mesure que la décennie 1970 progressait vers sa seconde moitié, le paysage radiophonique mondial a profondément muté, s'éloignant du folk-rock pour embrasser des productions beaucoup plus sophistiquées. Pour survivre commercialement, Dr. Hook a opéré un pivot stylistique magistral. Raccourcissant leur nom en abandonnant "The Medicine Show" en 1975, le groupe a réorienté sa production sous la houlette de Ron Haffkine vers un son nettement plus poli, intégrant des éléments de blue-eyed soul, d'easy listening et, inévitablement, de disco. Cette réinvention débute avec une reprise du classique de Sam Cooke "Only Sixteen" en 1975, relançant leur carrière dans le Top 10 américain. Elle se confirme avec la découverte par Haffkine dans un marché aux puces de San Francisco de la chanson "A Little Bit More", qui devient un immense succès en 1976.
Cette mutation esthétique a exigé une refonte complète de l'approche instrumentale de Jance Garfat. Sur la série de succès internationaux qui a suivi, tels que "Walk Right In" (1977), "Sharing the Night Together" (1978), "When You're in Love with a Beautiful Woman" (1979), "Better Love Next Time" (1979) et le très dansant "Sexy Eyes" (1980), la guitare basse n'est plus simplement un outil de soutien harmonique en retrait. Elle devient, avec la batterie, le moteur principal et hypnotique du groove. Pour répondre aux exigences des pistes de danse et des radios FM, les lignes de basse de Garfat intègrent des syncopes prononcées, une utilisation accrue des octaves, des glissandos expressifs et, surtout, une interaction mathématique extrêmement étroite avec les motifs de grosse caisse du batteur John Wolters. Le son de basse est mixé beaucoup plus en avant, rond et percutant, caractéristique des productions soft-rock et yacht-rock de la fin de la décennie. Garfat a su opérer cette transition technique avec une grande fluidité, prouvant sa polyvalence en tant que musicien de studio et de scène.
Garfat a maintenu son poste de bassiste titulaire au sein de la formation jusqu'au déclin commercial inévitable du groupe au milieu des années 1980 (le groupe s'étant séparé une première fois vers 1985). Durant plus d'une décennie, il a participé activement aux innombrables et épuisantes tournées mondiales de Dr. Hook, qui les ont menés de l'Amérique du Nord à travers toute l'Europe, jusqu'en Afrique du Sud et en Australie, où leur popularité était immense. Sa présence scénique constante, aux côtés des claviéristes Billy Francis et Bob "Willard" Henke, ou du guitariste George Cummings, a cimenté la réputation du groupe comme une formidable machine de divertissement live.
La vie de Jance Garfat s'est tragiquement achevée le 6 novembre 2006. Il a perdu la vie dans un grave accident de moto dans la région de San Francisco, en Californie, à l'âge de 62 ans. La contribution de Jance Garfat à la musique populaire demeure celle d'un artisan fondamental, souvent dans l'ombre des figures de proue extravagantes de son groupe, mais dont la stabilité rythmique et la capacité d'adaptation ont permis à l'une des formations les plus atypiques et parodiques des années 1970 de se muer en un phénomène pop mondial durable.
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