Greg Godovitz : L'Énergie Brute et la Résilience du Hard Rock Canadien (1951-)

Publié le 20 mars 2026 à 07:02

Né le 20 mars 1951 dans le quartier de Scarborough à Toronto, dans la province de l'Ontario au Canada, Greg Godovitz est un bassiste, chanteur leader, auteur-compositeur, producteur et auteur dont la carrière prolifique s'étend sur plus de cinq décennies. Il est une figure institutionnelle et incontournable de l'industrie musicale canadienne. Connu pour son jeu de basse lourd et agressif, son approche vocale charismatique et son franc-parler légendaire, il a été un acteur central dans l'émergence et la consolidation du rock national canadien.

Godovitz fait ses premières armes professionnelles à la fin des années 1960. Il acquiert une notoriété nationale significative en rejoignant en tant que bassiste le groupe de rock torontois Fludd, fondé par les frères Ed et Brian Pilling. Fludd était un groupe charnière dans le paysage radiophonique canadien du début des années 1970. À cette époque, l'industrie musicale canadienne subit une transformation majeure grâce à l'introduction en 1971 des réglementations CanCon (Canadian Content) par le CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes), qui obligeaient les stations de radio nationales à consacrer un pourcentage significatif de leur temps d'antenne à des artistes locaux. En tant que membre de Fludd, Godovitz a bénéficié de cette nouvelle exposition et a contribué à des succès nationaux majeurs, caractérisés par des mélodies accrocheuses et des harmonies vocales soignées, tels que "Turned 21", "Cousin Mary" et "Brother and Me".

Son passage dans Fludd lui a permis non seulement de perfectionner ses compétences techniques à la basse dans un environnement pop-rock structuré, mais aussi de comprendre les rouages complexes de l'industrie du disque (le groupe étant signé sur de grands labels comme Warner et Daffodil). Cependant, cherchant une expression musicale plus dure et plus personnelle, il quitte Fludd. Il s'associe alors brièvement au projet Sherman and Peabody, une formation éphémère mais historiquement importante, comprenant le chanteur Buzz Shearman (qui fondera plus tard le groupe de hard rock Moxy) et le batteur Gil Moore (futur co-fondateur, batteur et chanteur du légendaire trio Triumph). Bien que Sherman and Peabody n'ait jamais concrétisé son potentiel par un enregistrement studio officiel, la dynamique de ce groupe a agi comme un incubateur essentiel pour la scène hard rock explosive qui allait émerger à Toronto.

C'est en 1975 que Greg Godovitz cristallise sa vision musicale définitive en fondant le groupe qui portera son nom : le power trio Goddo. Frustré par les limitations créatives et les concessions commerciales de ses expériences précédentes, il recrute le guitariste Gino Scarpelli (anciennement de Brutus) et le batteur Marty Morin (anciennement de Truck, rapidement remplacé de manière plus permanente par Doug Inglis). Au sein de Goddo, Godovitz assume le double rôle extrêmement exigeant de bassiste principal et de chanteur leader. Sur le plan instrumental, le format du "power trio" (popularisé par Cream, The Jimi Hendrix Experience ou Rush) impose une immense responsabilité technique et harmonique au bassiste. Lors des fréquents solos de guitare de Scarpelli, Godovitz devait combler à lui seul l'espace sonore béant. Pour y parvenir, son jeu de basse dans Goddo est caractérisé par une attaque agressive au médiator, un son souvent saturé (overdrive) et une utilisation judicieuse d'accords de basse (doubles ou triples stops) et de lignes mélodiques complexes pour épaissir artificiellement le spectre audio.

Goddo sort son premier album éponyme en 1977 sur le label Polydor, imposant immédiatement une esthétique brute et sans concession. Godovitz privilégiait une approche d'enregistrement directe, avec très peu d'overdubs, visant à capturer sur bande l'énergie viscérale et sauvage de leurs performances scéniques torontoises. La discographie du groupe s'enrichit rapidement avec des albums denses comme Who Cares (1978) et An Act of Goddo (1979). L'apogée critique et commercial du groupe est atteint en 1981 avec la sortie de l'album Pretty Bad Boys sur le label Attic Records. Le single éponyme pénètre le Top 40 canadien, offrant au groupe une visibilité massive, des tournées en première partie de Uriah Heep, et aboutissant à une prestigieuse nomination pour le titre de "Meilleur groupe de l'année" aux Juno Awards (l'équivalent canadien des Grammy Awards) en 1983.

L'histoire de Goddo, comme beaucoup de groupes de hard rock de cette époque, est ponctuée de hiatus liés aux difficultés financières récurrentes des maisons de disques indépendantes et aux tensions internes. Néanmoins, la résilience de Godovitz est remarquable. Il n'a cessé de raviver la flamme de Goddo décennie après décennie, publiant des albums marquants lors de réunions, tels que 12 Gauge Goddo (1990) et l'excellent King of Broken Hearts (1992), ce dernier bénéficiant de la production haut de gamme de Terry Brown, célèbre pour son travail historique avec Rush et Max Webster. Le groupe est resté actif sur le circuit des scènes canadiennes, publiant Kings of the Stoned Age en 2004 et orchestrant une tournée d'adieu formelle de la formation classique au Phoenix Concert Theatre de Toronto en décembre 2018. Démontrant une endurance physique et musicale hors norme, Godovitz a même relancé la machine en 2025 pour mener le "GODDO 50th Anniversary Tour", une série de concerts à travers l'Ontario célébrant le demi-siècle d'existence de son institution rock.

Au-delà de son rôle de frontman de Goddo, Greg Godovitz a exploré d'autres avenues créatives. Il a publié un album solo introspectif intitulé aMuseMe en 2013, et s'est distingué dans le fauteuil de producteur de disques, encadrant notamment le premier album studio du groupe de heavy metal contemporain Kobra and the Lotus (Out of the Pit). Musicien aux multiples facettes, il a également officié en tant qu'animateur de radio, animant avec passion l'émission Rock Talk sur la station CFRB 1010 à Toronto, où sa connaissance encyclopédique de l'histoire du rock et son carnet d'adresses lui permettaient de mener des entretiens de fond. Enfin, Godovitz a transformé ses talents de conteur en succès littéraires, devenant l'auteur reconnu de deux ouvrages autobiographiques : Travels with My Amp (2000), un best-seller canadien offrant une chronique acerbe, hilarante et documentée des coulisses de l'industrie musicale des années 70 et 80, suivi de Up Close and Uncomfortable (2021). Toujours vivant, actif et provocateur, Greg Godovitz demeure une incarnation vivante et essentielle de l'évolution du rock lourd au Canada.

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