En ce 26 février, la rédaction de GraveBasse a l'immense honneur de célébrer le soixante-et-unième anniversaire d'une véritable légende vivante de la basse en France. Si son visage n'occupe pas toujours le devant de la scène sous les projecteurs aveuglants, ses lignes de basse, elles, sont gravées dans l'inconscient collectif de millions d'auditeurs. Laurent Vernerey est bien plus qu'un simple accompagnateur ; il est l'architecte discret, le fondement rythmique et harmonique sur lequel repose une part vertigineuse du patrimoine musical francophone des trente dernières années. Avec près de huit cents collaborations à son actif depuis le début des années quatre-vingt-dix, il détient le titre officieux mais incontesté de bassiste le plus sollicité de l'industrie musicale hexagonale.
Né le 26 février 1965 à Maisons-Laffitte, Laurent Vernerey a forgé son identité musicale non pas dans la démonstration technique outrancière, mais dans l'amour inconditionnel de la chanson et de la mélodie. Biberonné à la pop britannique, avec une admiration toute particulière pour les Beatles et les compositions de Cat Stevens, il a très tôt compris l'essence même du rôle du bassiste. À l'instar d'un Paul McCartney, Vernerey envisage la basse comme une voix à part entière, un instrument capable de faire chanter une ligne tout en ancrant le morceau dans un groove profond. Cette approche, résolument tournée vers le service de la chanson, allait devenir sa signature et la clé de son ascension fulgurante dans l'univers très fermé des musiciens de studio.
La carrière de Laurent Vernerey donne le vertige par sa densité et son éclectisme. Il possède cette capacité caméléonesque de s'adapter à n'importe quel univers musical tout en y apposant sa patte ronde et chaleureuse. On retrouve son toucher exceptionnel sur les albums d'icônes monumentales telles que Johnny Hallyday, avec qui il a partagé les plus grandes scènes, ou encore Claude Nougaro, pour qui il a su tisser des grooves à la fois sophistiqués et terriens. Son jeu s'est également imposé comme le moteur rythmique du rock français, soutenant avec une énergie sans faille les compositions de Jean-Louis Aubert, de Jacques Dutronc ou de Calogero. Mais là où Vernerey a peut-être le plus durablement marqué l'esthétique sonore de ces dernières décennies, c'est dans son accompagnement de la nouvelle scène française des années deux mille. Son travail sur les arrangements de Benjamin Biolay, de Keren Ann, ou encore sur l'immense succès "Quelqu'un m'a dit" de Carla Bruni, a redéfini le son de la basse dans la chanson de cette époque : un son organique, feutré, boisé, rappelant les grandes heures des studios des années soixante.
Pour les aficionados de matériel qui lisent GraveBasse, le son de Laurent Vernerey est une quête du Graal qui passe inévitablement par une maîtrise absolue de la lutherie vintage. L'homme est un cador reconnu de la Fender Precision Bass. Loin des basses actives sur-vitaminées et ultra-brillantes, il privilégie la chaleur intemporelle des instruments passifs, très souvent équipés de cordes à filets plats. Cette combinaison, alliée à une attaque maîtrisée de la main droite, qu'il joue aux doigts avec une douceur redoutable ou au médiator pour un son plus percussif à la manière d'une Carol Kaye, lui permet de créer une assise qui trouve naturellement et immédiatement sa place dans le mixage. Son secret de studio réside dans cette science de l'étouffement des cordes et de la durée des notes. Laurent Vernerey ne se contente pas de jouer les bonnes notes sur la bonne grille d'accords, il sculpte leur enveloppe de manière quasi chirurgicale, décidant avec une précision d'horloger à quel moment exact une note doit s'éteindre pour laisser respirer la voix du chanteur ou la grosse caisse de la batterie.
Au-delà de son indéniable talent de musicien, Laurent Vernerey est aujourd'hui un passeur de savoir précieux pour notre communauté. Conscient que le métier de musicien de studio obéit à des règles psychologiques, humaines et techniques très différentes de celles de la scène, il partage désormais son immense expérience à travers des masterclasses dédiées. Il y enseigne l'art de la justesse, l'importance cruciale de la relation symbiotique avec le batteur, et la nécessité de l'humilité absolue face au producteur et à la chanson. Il rappelle constamment aux jeunes générations que la plus grande qualité d'un bassiste de studio n'est pas sa vitesse d'exécution ni son attirail technique, mais sa capacité d'écoute, sa fiabilité en toutes circonstances et son sens inné du placement rythmique.
À soixante-et-un ans, Laurent Vernerey continue d'écrire au quotidien les plus belles pages de la basse en France. Que ce soit dans l'ombre capitonnée d'une cabine d'enregistrement parisienne ou sous les lumières spectaculaires des grandes tournées, il reste cet artisan perfectionniste du groove, prouvant à chaque note qu'une ligne de basse subtile, jouée avec la bonne intention et le son adéquat, vaut toutes les démonstrations de virtuosité du monde. Joyeux anniversaire à ce maître de notre instrument.
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