Hilliard Greene, l'avant-garde new-yorkaise (1958-)

Publié le 26 février 2026 à 04:57

Aujourd'hui, la rédaction de GraveBasse a l'immense honneur de célébrer le soixante-huitième anniversaire d'un musicien dont la profondeur artistique n'a d'égal que la résonance de son instrument : le magistral Hilliard Greene. Bassiste et contrebassiste de génie, il navigue depuis plus de quatre décennies dans les eaux tumultueuses de la musique créative moderne, du jazz vocal le plus poignant jusqu'à l'avant-garde la plus débridée. Moins médiatisé que certains de ses contemporains, Hilliard Greene est pourtant une figure tutélaire de la scène new-yorkaise, un musicien dont la solidité rythmique et l'audace harmonique forcent l'admiration de tous ceux qui croisent sa route ou posent une oreille sur ses enregistrements.

Né le 26 février 1958 à Logansport, dans l'Indiana, Hilliard Greene s'est très tôt passionné pour les fréquences graves. Son parcours académique témoigne d'une volonté farouche de maîtriser son art dans ses moindres recoins. Il a perfectionné sa technique et son approche théorique à la prestigieuse University of Northern Iowa ainsi qu'au mythique Berklee College of Music de Boston. Ces fondations académiques classiques et jazzistiques lui ont forgé une technique irréprochable, lui permettant de développer une polyvalence rare. Qu'il empoigne la basse électrique ou qu'il enlace sa contrebasse, Greene possède cette capacité fascinante à habiter l'espace sonore sans jamais l'étouffer, une qualité qui allait rapidement faire de lui l'un des accompagnateurs les plus prisés de la côte Est.

C'est d'abord dans l'ombre majestueuse du légendaire chanteur Jimmy Scott que Hilliard Greene s'est fait un nom auprès du grand public averti. Pendant vingt longues années, il a endossé le rôle crucial de directeur musical pour ce vocaliste à la voix androgyne et bouleversante. Soutenir Jimmy Scott requérait une sensibilité hors du commun, une maîtrise absolue du tempo lent, du silence et de la respiration musicale. Greene a excellé dans cet exercice d'équilibriste, ancrant les ballades poignantes du chanteur avec des lignes de basse d'une pureté et d'une chaleur incomparables. De cette longue collaboration est d'ailleurs née sa propre formation, The Jazz Expressions, qui accompagnait initialement Scott avant de prendre son indépendance avec la bénédiction du maître, enregistrant par la suite plusieurs albums remarqués où Greene a pu démontrer ses immenses talents de leader et de compositeur.

Mais l'autre facette de Hilliard Greene, celle qui fascine particulièrement notre communauté chez GraveBasse, c'est son implication vitale dans la musique improvisée et le free jazz. Loin du confort des grilles d'accords traditionnelles, il a mis son instrument au service des esprits les plus libres et les plus incandescents de la fin du vingtième siècle. Il a notamment été le premier violon, ou plutôt la "première contrebasse", de l'ensemble Phtongos du génial et redoutable pianiste Cecil Taylor. Jouer avec Cecil Taylor ou Don Pullen exige une endurance physique, une réactivité télépathique et une imagination de tous les instants. Dans ces contextes de liberté absolue, le jeu à l'archet (arco) de Greene prend toute sa dimension. Il est capable de tirer de sa contrebasse des bourdons telluriques, des dissonances déchirantes ou des mélodies lyriques impromptues, rappelant que l'instrument n'est pas qu'une simple machine à tempo, mais bien une voix soliste à part entière. Ses collaborations avec le saxophoniste Charles Gayle, le violoniste Billy Bang, ou encore au sein du quartet de Gebhard Ullmann et Steve Swell, sont autant de témoignages de sa force d'improvisation.

Pour les passionnés de l'instrument, le son de Hilliard Greene est une leçon de matérialité. Sur sa contrebasse, il cultive un son organique, boisé, avec une attaque franche qui perce naturellement les mixages les plus denses sans avoir recours à une amplification excessive. Il possède ce "gros son" new-yorkais, hérité de la grande tradition, qu'il malaxe pour le tordre vers la modernité. Son album solo, paru en 2003 et sobrement intitulé "Alone", est un manifeste de cette maîtrise intime de l'instrument. Seul face à lui-même, il y explore les textures, les harmoniques et les résonances profondes du bois et des cordes, offrant un voyage introspectif indispensable à tout amoureux de la contrebasse.

Enfin, il est impossible d'évoquer Hilliard Greene sans saluer son dévouement inébranlable à la transmission. Professeur réputé, il enseigne depuis plus de vingt-cinq ans, transmettant son savoir au sein de la célèbre institution new-yorkaise The Bass Collective. Il y forme la nouvelle génération, non seulement à la virtuosité technique, mais surtout à l'importance de l'écoute, du placement et de la philosophie de l'accompagnement et de l'improvisation. C'est cette générosité, couplée à une discographie vertigineuse et exigeante, qui fait de lui un véritable héros de la basse. En ce jour de fête, la rédaction de GraveBasse et l'ensemble de ses lecteurs souhaitent un magnifique anniversaire à Monsieur Hilliard Greene.

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