Tim Commerford, l'inbranlable résilient de Rage Against The Machine (1968-)

Publié le 26 février 2026 à 04:41

En ce 26 février, la rédaction de GraveBasse célèbre le cinquante-huitième anniversaire d'une véritable icône de notre instrument. Tim Commerford, l'homme aux multiples pseudonymes et aux tatouages tribaux emblématiques, est bien plus que le simple bassiste de Rage Against the Machine ou d'Audioslave. Il est l'architecte d'un son monumental, le pont tellurique entre le funk, le hip-hop et le heavy metal, et un survivant dont la force de caractère n'a d'égal que la lourdeur de son attaque rythmique.

Né à Irvine en Californie en 1968, Tim Commerford a trouvé dans la basse un refuge salutaire face à une jeunesse marquée par les épreuves familiales, notamment la perte tragique de sa mère lorsqu'il avait vingt ans. C'est à cette époque charnière, et grâce à sa rencontre avec un certain Zack de la Rocha dès l'école primaire, que l'instrument est devenu son exutoire absolu. Inspiré par des légendes allant de Geddy Lee à Jaco Pastorius, en passant par Flea et Louis Johnson, Commerford a forgé un style de jeu au doigt d'une agressivité inouïe. Contrairement à de nombreux bassistes de metal qui privilégient le médiator pour percer le mix, Timmy C a toujours fait le choix d'une attaque directe aux doigts, frappant les cordes avec une intensité percussive qui donne à ses lignes de basse ce mordant et cette assise rythmique inimitables, parfaitement verrouillés avec le jeu de batterie implacable de son éternel acolyte, Brad Wilk.

Pour les passionnés de matériel qui arpentent les pages de GraveBasse, le « son Commerford » relève du mythe et de l'obsession. Le bassiste a érigé la bi-amplification en véritable art de vivre sonore. Son secret réside dans une séparation chirurgicale des fréquences : un amplificateur dédié à un son clair, rond et ultra-profond pour garantir une fondation sismique qui fait trembler les murs, couplé à un second amplificateur poussé dans ses derniers retranchements avec une saturation féroce pour apporter le grain, le tranchant et les harmoniques nécessaires pour rivaliser avec les guitares hurlantes de Tom Morello. Historiquement associé à des Fender Jazz Bass lourdement modifiées, dont il n'hésitait pas à poncer les manches ou à bricoler l'électronique lui-même, il s'est plus récemment tourné vers Ernie Ball Music Man. Ses modèles StingRay signatures, dotés de micros surpuissants, de rampes pour reposer le pouce et d'un diapason parfois adapté, sont devenus les nouvelles armes de destruction massive de ce perfectionniste du grain. Ses pédaliers, souvent masqués ou entourés de mystère sur scène, abritent des octavers, des wah-wahs et des distorsions qu'il engage avec la précision d'un pilote de ligne pour sculpter des fréquences capables de retourner des stades entiers.

Mais l'empreinte de Tim Commerford ne se limite pas à sa maîtrise de l'égalisation et de l'overdrive. Avec Audioslave, il a su prouver au monde que son groove pouvait se faire plus mélodique, plus étiré, soutenant la voix poignante de Chris Cornell avec une sensibilité rare, tout en lâchant des riffs cataclysmiques comme l'inoubliable introduction de "Cochise". Toujours avide de nouvelles expériences musicales, il a multiplié les projets audacieux, de la fureur politique de Prophets of Rage à la frénésie punk-math-rock de Wakrat, jusqu'à son plus récent projet 7D7D. Dans chacune de ces incarnations, on retrouve cette exigence rythmique totale, cette volonté de ne jamais se reposer sur ses lauriers et de toujours pousser l'instrument vers de nouveaux territoires sonores.

Célébrer Tim Commerford aujourd'hui, c'est également saluer la résilience exceptionnelle d'un homme face à l'adversité. En 2022, à l'aube de la tournée de reformation de Rage Against the Machine, le bassiste a affronté l'épreuve la plus terrifiante de sa vie en se voyant diagnostiquer un cancer de la prostate. Luttant dans l'ombre, subissant une lourde opération chirurgicale à peine quelques semaines avant de monter sur scène, il a assuré les concerts avec une rage et une émotion indescriptibles, trouvant dans la musique la force de ne pas s'effondrer. Aujourd'hui, bien qu'il vive avec l'idée que la maladie ne disparaîtra jamais totalement, Commerford s'affiche dans une forme physique éblouissante, clamant être plus fort que jamais à cinquante-huit ans. Il utilise désormais sa notoriété pour sensibiliser les hommes à l'importance vitale du dépistage précoce, transformant sa vulnérabilité en un message de prévention puissant.

À l'heure de souffler ses cinquante-huit bougies, Tim Commerford reste une anomalie magnifique dans le paysage rock contemporain. Il est ce musicien capable de vous briser les côtes avec un riff slappé d'une lourdeur infinie, tout en affichant une philosophie de vie axée sur la gratitude, le sport et la création ininterrompue.

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