En ce 25 février, toute la communauté de GraveBasse se réunit pour célébrer les soixante-dix-neuf ans d'un bassiste qui a discrètement mais profondément marqué l'âge d'or du folk-rock américain : David Alan Stensen. Souvent éclipsé par la multitude de musiciens de session et les changements incessants de formation qui caractérisaient l'industrie musicale des années soixante, Stensen fut pourtant le tout premier bassiste officiel du phénomène pop-rock The Grass Roots. À l'occasion de son anniversaire, il est grand temps de replonger dans l'histoire d'un instrumentiste authentique, qui a su résister aux sirènes formatées de l'industrie pour tracer sa propre route musicale, de la baie de San Francisco jusqu'aux scènes blues et rock du nord-ouest pacifique.
L'histoire de David Stensen à la basse commence dans le bouillonnement culturel de la Californie du début des années soixante. Avant de connaître les sommets des classements radiophoniques, il officiait au sein des Bedouins, un jeune groupe de la région de San Francisco. À cette époque charnière, l'esthétique musicale était en pleine mutation. Stensen et ses camarades jouaient une musique d'abord fortement influencée par la culture surf, armés de chemises à carreaux et de basses Fender au claquant légendaire. Très vite, sous l'impulsion de la British Invasion et de l'émergence du folk-rock, le groupe fait évoluer son esthétique visuelle et sonore. Le jeune bassiste abandonne les sonorités brillantes de la surf music pour explorer des horizons plus denses, adoptant des instruments aux timbres plus ronds et profonds, caractéristiques des productions Gibson ou Rickenbacker qui commençaient à inonder le marché américain en 1965.
C'est précisément cette énergie brute et cette cohésion de groupe qui ont attiré l'attention des redoutables producteurs et auteurs-compositeurs P.F. Sloan et Steve Barri. Ces derniers, travaillant pour le label Dunhill Records, cherchaient désespérément un véritable groupe pour incarner "The Grass Roots", un nom de scène fictif qu'ils avaient utilisé pour sortir le titre "Where Were You When I Needed You", initialement enregistré par des musiciens de studio. Les Bedouins, incluant David Stensen à la basse, furent choisis pour devenir le premier vrai visage des Grass Roots. Du jour au lendemain, Stensen se retrouve propulsé dans la machine promotionnelle hollywoodienne, apportant son groove organique et sa solidité rythmique aux diffusions radiophoniques et aux apparitions télévisées du groupe, prouvant qu'il avait largement le niveau pour soutenir des mélodies pop sophistiquées.
Cependant, le rôle de simple exécutant pour une maison de disques ne convenait pas à la vision artistique de Stensen et de ses acolytes. Alors que Dunhill Records exigeait d'eux qu'ils s'en tiennent à un folk-pop léger et commercial, le bassiste et le reste du groupe aspiraient à jouer un matériel beaucoup plus orienté vers le blues-rock, reflétant l'effervescence musicale authentique qui secouait San Francisco. Face au refus catégorique du label de leur laisser une quelconque liberté de composition, David Stensen a fait le choix courageux de l'intégrité musicale. Refusant de se plier aux exigences d'une pop préfabriquée, il quitta la formation et retourna dans la Bay Area, abandonnant la célébrité instantanée pour retrouver la liberté de faire vibrer ses cordes selon ses propres termes.
De retour à San Francisco, Stensen n'a pas tardé à replonger dans le chaudron créatif local. En 1967, il rejoint The Serpent Power, un groupe de folk-rock psychédélique fondé par le poète David Meltzer. Cette nouvelle aventure musicale a permis à Stensen de déployer un jeu de basse radicalement différent. Loin des structures pop rigides de trois minutes, il a pu explorer des lignes de basse plus sinueuses, improvisées et modales, soutenant de longues envolées poétiques et des atmosphères hypnotiques. Ce passage dans la scène psychédélique illustre parfaitement la versatilité de son jeu, capable de fournir une assise pop redoutable tout en sachant se libérer pour épouser des expérimentations sonores complexes, marquant ainsi une étape cruciale dans son évolution en tant que musicien.
Pour les passionnés de matériel qui lisent GraveBasse, l'évolution de l'équipement de David Stensen est le reflet exact de l'histoire du rock américain. Des premières basses Fender Precision qui assuraient le grondement de ses années surf, il a su faire évoluer son matériel en fonction des décennies et des projets. Son jeu, souvent caractérisé par une attaque franche et un sens aiguisé du placement rythmique, a traversé les époques sans jamais perdre de sa superbe. Aujourd'hui, celui qui se fait affectueusement surnommer "Gunga Dave" prouve que la basse n'est pas qu'un instrument de jeunesse, mais le compagnon d'une vie entière dédiée à la musique.
Loin d'avoir raccroché son instrument, David Stensen continue de faire groover les scènes du nord-ouest des États-Unis. Preuve de son inépuisable passion, il a même profité de son soixante-quinzième anniversaire pour sortir un projet personnel intitulé "High Time", regroupant une quinzaine de titres originaux, et il continue de se produire régulièrement avec des formations locales telles que le Plan B Band. En lui souhaitant un joyeux soixante-dix-neuvième anniversaire, GraveBasse rend hommage à un musicien complet, un artisan de l'ombre de la pop américaine et un bassiste profondément dévoué à l'art du groove pur, prouvant avec panache que le rock and roll, tout comme une bonne ligne de basse, ne meurt jamais vraiment.
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