Eric Wilson, l'ovni, le bon et le punk (1970-)

Publié le 21 février 2026 à 05:45

En ce 21 février, la planète basse ne célèbre pas uniquement les légendes du post-punk britannique. De l'autre côté de l'Atlantique, sous le soleil écrasant de la Californie, un autre maître des quatre cordes souffle ses bougies : Eric Wilson. Connu mondialement comme le membre fondateur et l'inaltérable force rythmique de Sublime, Wilson est l'architecte discret d'un son qui a défini toute une époque. À la croisée des chemins entre le punk rock effréné, le ska bondissant et les profondeurs abyssales du dub jamaïcain, son jeu de basse a influencé des millions de musiciens. Pour Gravebasse, il était inconcevable de ne pas rendre un hommage appuyé à ce bassiste dont le groove flegmatique cache une maîtrise redoutable.

Né le 21 février 1970 à Long Beach, en Californie, Eric John Wilson a grandi dans un environnement où la musique était omniprésente. Son père, Billy Wilson, était un batteur de jazz accompli ayant notamment joué dans des big bands. Cette fondation rythmique familiale a profondément infusé l'ADN musical du jeune Eric. C'est sur les bancs de l'école qu'il rencontre Bud Gaugh, avec qui il commence à forger une section rythmique fusionnelle dans divers groupes de garage locaux. Cependant, c'est sa rencontre avec le charismatique guitariste et chanteur Bradley Nowell à la fin des années quatre-vingt qui va provoquer un véritable séisme musical. Ensemble, ils fondent Sublime, un trio qui va se moquer éperdument des frontières entre les genres musicaux, mélangeant avec une aisance déconcertante l'urgence de la culture skate-punk avec la spiritualité enfumée du roots reggae.

Le style de jeu d'Eric Wilson est une véritable anomalie fascinante dans le paysage du rock alternatif des années quatre-vingt-dix. Là où la majorité de ses contemporains de la scène punk californienne privilégient une attaque agressive au médiator pour trancher dans le mix, Wilson fait le choix presque exclusif du jeu aux doigts. Cette approche lui permet d'obtenir une rondeur et une chaleur sonore fondamentales pour asseoir les rythmiques reggae de Sublime. Son placement rythmique est un modèle du genre : il joue au fond du temps, imposant un balancement lourd et hypnotique, tout en restant capable d'accélérer brusquement pour soutenir les explosions punk hardcore du groupe. Des morceaux emblématiques comme "Pawn Shop" ou "Badfish" sont des cours magistraux de construction de lignes de basse, où Wilson tisse des mélodies sinueuses et rebondissantes qui portent littéralement la chanson, prouvant que la basse peut être l'élément central d'un tube planétaire sans jamais sombrer dans la démonstration technique stérile.

Évidemment, le son d'Eric Wilson repose également sur des choix de matériel très spécifiques qui raviront les passionnés de l'équipement. Historiquement, Wilson est un inconditionnel de la lutherie classique américaine, avec une affection toute particulière pour la Fender Precision Bass, l'instrument roi pour percer un mix tout en gardant une assise charnue. Toutefois, son instrument le plus iconique reste sans doute sa basse Celinder fabriquée sur mesure au Danemark. Cette copie luxueuse de Precision Bass se distingue par sa tête inversée, donnant l'illusion frappante que Wilson joue sur un instrument de gaucher retourné. Au fil des années, on l'a également aperçu maltraitant des MusicMan Sabre ou des basses Dingwall à diapason multiple pour aller chercher des graves encore plus profonds. Côté amplification, après avoir longtemps fait trembler les scènes avec les classiques et massifs murs Ampeg SVT, il est devenu un fier ambassadeur de la marque britannique Ashdown Engineering, s'appuyant sur la puissance colossale des têtes ABM 1200 EVO IV couplées à des enceintes huit fois dix pouces pour déplacer des volumes d'air impressionnants lors de ses concerts.

L'histoire d'Eric Wilson est aussi celle d'une incroyable résilience. Après la disparition tragique de Bradley Nowell en 1996, à l'aube du succès planétaire de leur album éponyme, Wilson n'a jamais posé son instrument. Il a continué à propager cet héritage singulier avec le Long Beach Dub Allstars, puis au sein de Sublime with Rome pendant de nombreuses années. Aujourd'hui, l'histoire prend une tournure d'autant plus émouvante qu'Eric Wilson remonte sur scène sous le nom de Sublime aux côtés de Bud Gaugh et de Jakob Nowell, le propre fils de Bradley, reprenant le flambeau avec une authenticité troublante. À travers les décennies, les tragédies et les changements de formation, Eric Wilson est resté ce roc inébranlable, casquette vissée sur la tête et lunettes sombres sur le nez, continuant d'enseigner au monde entier ce que le mot "groove" signifie véritablement.

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