En ce 21 février, les amateurs de rock au sens large célèbrent l'anniversaire d'une figure tutélaire de notre instrument : Jean-Jacques Burnel. Pilier indéboulonnable des Stranglers, "JJ" n'est pas seulement un musicien charismatique à la longévité exceptionnelle. Il est avant tout le créateur d'un son de basse si distinctif, si agressif et si mélodique qu'il a redéfini la place de l'instrument dans le mixage moderne, influençant des générations entières de bassistes à travers le monde. Pour Gravebasse, il était indispensable de retracer le parcours de cet as des quatre cordes au profil atypique.
Né à Londres en 1952 de parents français originaires de Normandie, Jean-Jacques Burnel grandit avec une double culture qui forgera son caractère souvent décrit comme entier et sans compromis. Ses premières amours musicales ne se portent pas immédiatement vers le grondement des amplis, mais plutôt vers la guitare classique. Cette formation académique initiale est un détail crucial pour comprendre son approche future. Elle lui inculque un sens profond de la mélodie, de la composition harmonique et du contrepoint, des éléments qu'il transposera plus tard avec une énergie brute sur le manche de sa basse. La rencontre décisive a lieu au milieu des années soixante-dix lorsqu'il croise la route du guitariste Hugh Cornwell et du batteur Jet Black. Cette union donne naissance aux Stranglers, un groupe qui va très vite s'imposer comme l'une des formations les plus singulières et dangereuses de la scène britannique émergente.
Au cœur du son des Stranglers se trouve l'empreinte sonore titanesque de Burnel. À une époque où la basse est encore souvent reléguée au rôle de soutien rythmique sourd en arrière-plan, JJ décide de la propulser sur le devant de la scène. Son approche se caractérise par une attaque au médiator extrêmement franche, frappant les cordes très près du chevalet. Ce geste technique, combiné à une force de frappe peu commune, génère ce claquement métallique et ce grognement rugueux qui deviendront sa marque de fabrique. Ses lignes de basse ne se contentent pas de suivre la grosse caisse ; elles portent le riff principal, elles chantent et elles agressent avec une urgence viscérale. Le titre "Peaches" demeure l'exemple canonique de cette philosophie, où la basse dicte l'intégralité du groove et de l'attitude du morceau.
Pour obtenir ce son ravageur, le matériel joue évidemment un rôle prépondérant, un sujet qui passionne toujours les lecteurs de Gravebasse. L'arme de prédilection de Jean-Jacques Burnel durant les années fondatrices est une Fender Precision Bass. Cet instrument, de par la conception de son micro à bobinage séparé, offre un niveau de sortie naturel robuste et un grain prononcé dans les médiums. Burnel l'associe systématiquement à des cordes à filet rond Rotosound, souvent changées pour conserver une brillance maximale et un claquement optimal contre les frettes. Côté amplification, après avoir poussé des têtes d'ampli Hiwatt dans leurs derniers retranchements pour obtenir une distorsion naturelle et grondante, il s'est tourné vers des marques comme Trace Elliot dans les années quatre-vingt, avant de devenir un fidèle utilisateur des systèmes Ashdown, qui lui fournissent aujourd'hui la puissance et le mordant nécessaires pour transpercer le mur sonore des claviers et des guitares.
L'impact de ce style de jeu dépasse de très loin la simple discographie des Stranglers. L'approche agressive, mélodique et très en avant du mix de Burnel a été une révélation absolue pour toute la scène post-punk et new wave. Des bassistes de légende comme Peter Hook de Joy Division et New Order, ou encore Simon Gallup de The Cure, ont ouvertement reconnu que l'écoute des premiers albums des Stranglers avait radicalement modifié leur vision de l'instrument. Burnel leur a prouvé que la basse pouvait être l'instrument principal, celui qui accroche l'oreille de l'auditeur dès la première mesure et qui définit l'identité d'un groupe.
Derrière cette approche musicale martiale se cache également une discipline de vie tout aussi rigoureuse. Jean-Jacques Burnel est un maître reconnu en arts martiaux, possédant un septième dan en karaté Shidokan et agissant en tant que chef de branche pour cette discipline au Royaume-Uni. Cette maîtrise des arts martiaux se ressent indéniablement sur scène. Sa posture physique, jambes écartées, tenant sa basse comme une arme, dégage une aura d'intimidante assurance. Cette force tranquille et canalisée a sans doute contribué à sa longévité exceptionnelle dans une industrie réputée pour ses excès.
Aujourd'hui, Jean-Jacques Burnel demeure le dernier membre fondateur originel à tourner avec les Stranglers. Loin de se reposer sur ses lauriers, il continue de composer, de chanter et de maltraiter les cordes de sa basse avec la même conviction qu'à ses débuts. Son jeu a certes évolué, sachant se faire plus subtil et feutré sur des titres atmosphériques, mais le feu sacré de l'attaque au médiator n'est jamais bien loin. En célébrant son anniversaire, nous célébrons non seulement un musicien exceptionnel, mais aussi un pionnier qui a élargi les horizons sonores de la guitare basse pour toujours.
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