Aujourd'hui, 20 février 2026, l'équipe de Gravebasse.com souhaite un excellent soixante-et-onzième anniversaire à un musicien dont la solidité rythmique a marqué l'une des périodes les plus fascinantes du rock américain : Jon Brant. Connu principalement pour avoir tenu les fondations graves du légendaire groupe de power pop Cheap Trick au cœur des années quatre-vingt, ce bassiste originaire de Chicago mérite que l'on s'attarde longuement sur son parcours. Loin d'être un simple remplaçant de luxe, Jon Brant a su imposer sa propre patte, son groove indéfectible et son impressionnant arsenal de basses dans une machinerie rock déjà très bien huilée. Il a brillamment prouvé que l'efficacité, la justesse de ton et l'intelligence de jeu sont les véritables atouts d'un bassiste d'exception.
Né le 20 février 1955 à Chicago, Jonathan Edward Brant a baigné très tôt dans l'effervescence musicale électrique du Midwest. Avant de connaître la gloire sur les scènes internationales, il aiguise son sens du rythme au sein de diverses formations locales, cofondant notamment le groupe D'Thumbs aux côtés du redoutable batteur Tommy Aldridge. Cette première véritable expérience professionnelle lui forge une assise rythmique inébranlable, une caractéristique qui ne va pas tarder à attirer l'attention des pontes de l'industrie. L'histoire s'accélère au début de l'année 1982. Le groupe Cheap Trick, véritable institution du rock, traverse alors une zone de turbulences après le départ de son bassiste originel Tom Petersson, pionnier de la basse à douze cordes. À la recherche d'un nouveau socle capable d'assumer cet héritage lourd tout en insufflant une énergie neuve, le groupe jette son dévolu sur Jon Brant. Le jeune musicien déménage à Rockford, le fief du groupe, et s'intègre avec une aisance déconcertante à la dynamique de la formation.
Durant ses cinq années passées au sein du quatuor, Jon Brant participe à l'enregistrement de quatre albums studios consécutifs qui rythmeront la décennie : "One on One" en 1982, "Next Position Please" en 1983, "Standing on the Edge" en 1985, et enfin "The Doctor" en 1986. Son intégration dépasse largement le stade de la simple exécution ; il devient un véritable partenaire de création pour les autres membres. Il coécrit d'ailleurs le mémorable succès "Tonight It's You", démontrant un sens aigu de la mélodie pop accrocheuse soutenue par une ligne de basse à la fois fluide et motrice. La présence de Brant se fait également entendre sur des bandes originales emblématiques de la pop culture de l'époque, son jeu propulsant notamment le titre explosif "Mighty Wings" figurant sur la bande-son du film culte Top Gun. Sur scène comme en studio, il trouve en permanence le parfait équilibre, offrant un filet de sécurité aux excentricités guitaristiques de Rick Nielsen tout en laissant respirer la voix de Robin Zander.
Pour nous, lecteurs et passionnés de matériel de Gravebasse.com, s'intéresser à Jon Brant, c'est aussi se pencher sur un équipementier redoutable et curieux. Succéder à Tom Petersson impliquait de se frotter, au moins visuellement, au mythe de la basse à douze cordes. Jon Brant a relevé le défi avec un panache indéniable. S'il a principalement enregistré ses lignes de studio avec de solides basses à quatre cordes, affectionnant particulièrement l'assise ronde des Fender Precision, le grondement profond des Gibson Thunderbird, ou encore les modernes Spector NS-2 au son très percutant, il n'a jamais hésité à arborer de somptueuses basses à douze cordes en concert ou dans les clips vidéo. On se souvient avec émotion de sa superbe Hamer B12S rouge qui a fasciné de nombreux téléspectateurs sur la naissante chaîne MTV. Toujours à la recherche de nouvelles textures pour enrichir ses fréquences, il a même exploré l'utilisation d'une imposante basse Alembic à huit cordes sur le titre "Twisted Heart". Côté amplification, Jon construisait son célèbre mur de son en combinant des têtes Ampeg classiques avec des préamplis pointus. Il avait également pour secret de glisser une pédale Ibanez Tube Screamer dans sa chaîne d'effets afin d'obtenir ce léger grain saturé et rugissant, permettant à la basse de percer majestueusement le mix sans jamais écraser la clarté des guitares.
En 1987, Jon Brant quitte Cheap Trick en excellents termes, laissant la place au retour naturel de Tom Petersson au bercail. Loin de s'arrêter en si bon chemin, ce départ marque le commencement d'un nouveau chapitre riche en collaborations extrêmement variées. Devenu un musicien de studio et d'accompagnement hautement prisé pour sa fiabilité et sa capacité d'adaptation, son CV s'enrichit rapidement de noms impressionnants. Il pose ses lignes de basse impeccables pour le pionnier du rockabilly Robert Gordon, accompagne les fulgurances du guitariste britannique Chris Spedding, et collabore avec des légendes aux univers radicaux telles que Lou Reed, la diva Diana Ross ou encore l'icône pop Lesley Gore. Cette capacité sidérante à passer d'un rock viscéral à la soul la plus sophistiquée, tout en conservant son attaque et son identité sonore, témoigne de la profondeur inouïe de son bagage musical. Preuve de l'indéfectible amitié qui le lie à ses anciens compagnons de route de Rockford, il lui est arrivé à plusieurs reprises de remonter sur scène avec Cheap Trick, que ce soit pour célébrer des anniversaires marquants du groupe ou pour assurer des remplacements de dernière minute avec une générosité exemplaire.
Aujourd'hui, alors qu'il souffle ses soixante-et-onze bougies, Jon Brant reste une figure infiniment respectée et chérie par l'ensemble de la communauté des bassistes. Son parcours nous rappelle qu'un très grand musicien est avant tout celui qui sait se mettre au service absolu de la chanson, tout en insufflant juste ce qu'il faut de caractère et de technicité pour rendre sa présence indispensable à l'œuvre. Que l'on réécoute ses lignes de basse inventives sur l'album "Standing on the Edge" ou que l'on étudie son approche minutieuse de l'égalisation et de la distorsion subtile, il y a toujours une magnifique leçon de groove, d'adaptation et d'humilité à retenir de ce discret mais essentiel géant de Chicago. Toute la rédaction de Gravebasse.com se réjouit de pouvoir célébrer l'héritage d'un tel artisan des basses fréquences. Joyeux anniversaire, Monsieur Brant !
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