Sam Bettley, l'inébranlable bassiste de la formation britannique Asking Alexandria, souffle aujourd'hui ses bougies. Loin de l'image du virtuose démonstratif cherchant constamment la lumière des projecteurs pour des démonstrations techniques solitaires, le natif de York incarne l'essence même de l'architecte rythmique : une présence viscérale, un son titanesque et une humilité au service exclusif du morceau. Son évolution, de jeune recrue propulsée dans l'urgence sur les scènes mondiales à vétéran respecté de l'industrie musicale, mérite une rétrospective approfondie pour comprendre comment on construit, et surtout comment on maintient, le mur de son d'un groupe aux multiples disques d'or.
L'histoire de Sam Bettley avec l'instrument à quatre cordes commence par un concours de circonstances fascinant qui résonnera sans doute avec beaucoup d'entre vous. Avant de rejoindre Asking Alexandria en 2009, il était d'abord et avant tout guitariste. Le groupe, alors en pleine ébullition créative et sur le point de sceller son destin, cherchait d'urgence un membre pour assurer les basses fréquences. Saisissant l'opportunité avec une belle audace, Bettley s'est retrouvé parachuté dans un univers de tournées frénétiques et de sessions d'enregistrement intenses pour l'album fondateur Stand Up and Scream. Comme il l'a lui-même avoué avec beaucoup de franchise dans plusieurs interviews, cette transition précipitée a d'abord nourri un certain syndrome de l'imposteur. Pourtant, cette urgence a forgé son identité redoutable. Il a dû assimiler instantanément les exigences physiques du genre, apprenant à verrouiller le moindre de ses coups de médiator en symbiose totale avec la grosse caisse du batteur James Cassells, posant ainsi les fondations des breakdowns sismiques qui allaient rendre le groupe célèbre dans le monde entier.
Au fil de la discographie d'Asking Alexandria, le jeu de Sam Bettley a subi une métamorphose remarquable, suivant de très près l'évolution stylistique et les envies de la formation. Alors que les premiers albums exigeaient un pilonnage systématique en doubles croches pour doubler les guitares sous-accordées de Ben Bruce, les œuvres plus récentes ont révélé un musicien d'une maturité exceptionnelle. Ayant compris que son passage à la basse l'avait ironiquement rendu bien meilleur musicien et guitariste, Bettley a adopté la philosophie subtile du "moins c'est plus". Il a commencé à aérer ses lignes, délaissant l'agressivité continue du metalcore pur pour laisser respirer un groove plus organique, s'assurant de trouver le point d'équilibre parfait dans la section rythmique. Ce travail minutieux sur l'espace et la dynamique a permis de donner une ampleur nouvelle et un véritable rebond aux refrains hard rock du groupe, prouvant que la puissance d'un excellent bassiste réside très souvent dans les notes qu'il choisit consciemment de ne pas jouer.
Pour les passionnés de lutherie et d'équipement qui constituent le cœur des lecteurs de nos colonnes, l'arsenal déployé par Sam Bettley au fil des années est un véritable cas d'école d'ingénierie sonore. À ses débuts tonitruants, on le voyait privilégier la rapidité des manches ultra-fins des basses Ibanez de la série Soundgear, idéales pour le tricotage physique de l'époque. Cependant, sa quête d'un son toujours plus massif, grondant et défini l'a conduit vers d'autres horizons, culminant notamment avec la création de son propre modèle signature chez Schecter : la Sam Bettley Stiletto Bass. Cet instrument redoutable combine un corps en frêne des marais, un manche traversant en érable et une touche en palissandre, le tout propulsé par un unique mais dévastateur micro Seymour Duncan MM couplé à une égalisation active à deux bandes. Ce monstre lui offrait l'attaque percussive et la clarté nécessaires pour percer les mixages les plus denses. Bien sûr, son parcours matériel est également jalonné par l'utilisation ponctuelle de la légendaire Ernie Ball Music Man StingRay, de la Fender Jazz Bass classique, et d'instruments luxueux à cinq cordes pour explorer des abysses sonores inédits sur les derniers opus.
Côté amplification et accessoires, le son de York ne s'est pas construit au hasard. Longtemps fidèle aux têtes d'ampli Peavey Tour 700 couplées à l'indispensable préampli en rack Tech 21 SansAmp RBI pour sculpter cette saturation rocailleuse si caractéristique du genre, il a su faire évoluer son système de tournée. Face aux exigences logistiques des voyages internationaux intensifs, il a fini par intégrer la fiabilité absolue et la précision des systèmes numériques Kemper, garantissant une reproduction parfaite de son grain massif soir après soir. Un détail croustillant que nos bassistes au médiator apprécieront particulièrement concerne son choix de plectres : Sam utilise des Dunlop Tortex Triangle d'un millimètre d'épaisseur. La raison est purement pragmatique et ancrée dans la réalité brute de la scène. Avec la transpiration inévitable sous les projecteurs, si le médiator vient à glisser, cette forme triangulaire lui permet de retrouver immédiatement une pointe totalement identique dans la paume de sa main, sans perdre une seule croche dans le feu de l'action.
La carrière de Sam Bettley est enfin marquée par une résilience hors du commun qui force l'admiration. En 2016, il a survécu miraculeusement à un effroyable accident de la route. Au volant d'un camion de tournée qui a terminé sa course sur le toit, il a vu l'intégralité de son matériel personnel détruit dans le crash, s'en sortant lui-même sans la moindre égratignure. Loin de le freiner, cette terrible épreuve n'a fait que renforcer sa détermination à remonter sur les planches. Aujourd'hui, du haut de ses trente-cinq ans, il continue de parcourir le globe avec une énergie intacte, affirmant sa place parmi les bassistes incontournables de la scène heavy moderne. Son parcours exemplaire, d'un guitariste remplaçant propulsé dans le grand bain à un pilier rythmique internationalement respecté, est une source d'inspiration inépuisable pour tous les musiciens. Toute l'équipe et la communauté de Gravebasse.com lui souhaitent un excellent anniversaire, dans l'espoir que ses fréquences graves continuent de faire trembler nos cages thoraciques pendant encore de très nombreuses années.
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