Aujourd’hui, le monde du metal extrême célèbre l'anniversaire d'une figure incontournable, un musicien dont la voix rocailleuse et les lignes de basse telluriques ont façonné l'histoire de la musique extrême. Thomas Such, universellement connu sous le pseudonyme de Tom Angelripper, souffle aujourd'hui ses bougies. En tant que membre fondateur, bassiste et chanteur du légendaire groupe allemand Sodom, il incarne à lui seul l'esprit du thrash metal teuton. Pour Gravebasse.com, il était impensable de ne pas rendre un hommage appuyé et détaillé à cet artisan des fréquences graves, dont l'approche de l'instrument a influencé des générations entières de musiciens avides de brutalité sonore et d'authenticité.
Né en 1963 à Gelsenkirchen, au cœur du bassin de la Ruhr, Thomas Such n'était pas destiné aux paillettes de l'industrie musicale, mais plutôt à l'obscurité des mines de charbon. Son passé de mineur est d'ailleurs une composante essentielle pour comprendre son identité artistique et sa façon d'aborder la guitare basse. La dureté du travail souterrain, le bruit assourdissant des machines et la solidarité de la classe ouvrière allemande ont forgé chez lui une éthique de travail inébranlable et un son brut, sans aucun compromis. C'est en cherchant une échappatoire à ce quotidien éreintant qu'il découvre la puissance salvatrice de la musique, frappé de plein fouet par la déferlante Motörhead et la noirceur naissante de Venom. Inspiré par la figure charismatique de Lemmy Kilmister, Tom décide que la basse sera son arme de prédilection, un instrument capable de rivaliser avec le vacarme des mines.
La création de Sodom au début des années quatre-vingt marque le point de départ d'une aventure sonore sans précédent. Dans la configuration exigeante du power trio, la basse d'Angelripper n'a jamais eu le luxe de se cacher en arrière-plan. Elle devait simultanément asseoir les fondations rythmiques, soutenir les tempos frénétiques imposés par la batterie et remplir l'espace béant laissé lors des soli de guitare. Sur des albums fondateurs comme "Obsessed by Cruelty" ou le chef-d'œuvre "Agent Orange", on entend distinctement cette volonté de faire de la basse un instrument de première ligne. Tom Angelripper ne se contente pas de suivre la note tonique ; il propulse véritablement la machine, instaurant un groove martial et destructeur qui est devenu la marque de fabrique du thrash européen.
Sur le plan purement technique, l'approche de Tom Angelripper est une masterclass d'endurance et d'agressivité. Jouant exclusivement au médiator, il développe très tôt une attaque de main droite redoutable, nécessaire pour suivre des tempos dépassant régulièrement les deux cents battements par minute. Sa technique de plectre lui confère ce claquant métallique si particulier, une attaque franche qui permet à ses lignes de percer même le mixage le plus boueux. Contrairement à des bassistes cherchant la virtuosité mélodique, Angelripper privilégie l'efficacité rythmique et la régularité. Son jeu en allers-retours rapides sur les cordes graves agit comme une véritable locomotive, créant un mur de son compact. Il n'hésite pas à utiliser des accords de puissance à la basse pour épaissir le son global de Sodom, une technique directement héritée de ses idoles de la New Wave of British Heavy Metal, mais poussée ici à son paroxysme de violence.
Le son distinctif de Tom Angelripper doit également beaucoup à ses choix de matériel, un sujet qui passionne tout amateur de lutherie électrique. Dans les premières années chaotiques de Sodom, on l'aperçoit souvent malmenant des basses aux formes extrêmes, parfaites pour l'imagerie agressive du groupe. Les modèles Ibanez Destroyer des années quatre-vingt ont longtemps été ses compagnons de route, offrant à la fois un équilibre surprenant et une esthétique tranchante. Par la suite, il est devenu un fervent utilisateur des instruments B.C. Rich, notamment les célèbres formes Warlock et Ironbird, dont les micros à haut niveau de sortie saturaient naturellement les préamplificateurs de l'époque. Plus récemment, sa collaboration avec des luthiers et des marques comme ESP ou Sandberg a donné naissance à des modèles signature, souvent basés sur des corps de type Explorer, équipés de micros EMG actifs pour garantir une précision chirurgicale et une réponse implacable dans les fréquences médiums et graves.
Côté amplification, le secret de son grain réside dans l'art maîtrisé de la distorsion. Pour obtenir ce grondement d'outre-tombe qui grince sous les riffs de guitare, Angelripper a longtemps fait confiance à des amplificateurs à lampes surpuissants, poussant les têtes d'amplis dans leurs derniers retranchements pour obtenir une saturation naturelle et organique. L'objectif a toujours été de garder un bas du spectre ample tout en ajoutant une couche de saleté harmonique dans les hauts-médiums pour que la définition de chaque coup de médiator reste perceptible. Aujourd'hui, bien qu'il utilise des technologies de modélisation modernes en tournée pour des questions de logistique, l'empreinte sonore reste scrupuleusement identique : un son de basse qui s'apparente au vrombissement d'un moteur diesel prêt à exploser.
En dehors du vacarme de Sodom, Thomas Such a également su montrer une facette plus légère de sa personnalité à travers son projet solo, Onkel Tom Angelripper. Armé de sa basse, il y revisite les chansons à boire traditionnelles allemandes et les hymnes de la classe ouvrière en version metal. Cette démarche, bien que surprenante au premier abord, illustre parfaitement la philosophie de l'homme : un musicien qui ne se prend jamais trop au sérieux, profondément attaché à ses racines et qui considère la musique avant tout comme un moyen de rassemblement et de célébration. Cette proximité avec son public et cette absence totale de prétention font de lui l'une des personnalités les plus respectées et les plus attachantes de la scène metal internationale.
Aujourd'hui, alors qu'il célèbre une nouvelle année d'existence, Tom Angelripper continue de parcourir les scènes du monde entier, la basse en bandoulière. Au nom de toute l'équipe de Gravebasse.com, nous lui souhaitons un excellent anniversaire, en espérant que ses amplis continueront de faire trembler les murs pendant encore de très nombreuses années.
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