Mark Andes, le caméléon du rock (1948-)

Publié le 19 février 2026 à 07:44

Aujourd’hui, nous célébrons le 78ème anniversaire d'une véritable légende vivante de la basse rock américaine : Mark Andes. Si son nom ne résonne pas toujours avec la même immédiateté que ceux de McCartney ou Entwistle auprès du grand public, son CV est pourtant l'un des plus impressionnants de l'histoire du rock. Membre fondateur de Spirit, de Jo Jo Gunne et de Firefall, puis ancre rythmique de Heart durant leur décennie la plus fastueuse, Andes a traversé les époques en s'adaptant à chaque virage musical avec une aisance déconcertante. De la fusion psychédélique de la fin des années 60 au hard FM des années 80, il a su poser les fondations de dizaines de tubes mondiaux. Retour sur le parcours d'un bassiste tout-terrain qui a su rester indispensable pendant plus d'un demi-siècle.

L'enfant de la balle et l'esprit de la côte Ouest

Né à Philadelphie en 1948 mais élevé sous le soleil de Californie, Mark Andes a grandi dans un environnement où le spectacle était roi, son père étant l'acteur Keith Andes. C'est pourtant vers la musique que le jeune Mark se tourne, plongeant tête la première dans l'effervescence de la scène de Los Angeles du milieu des années 60. Son premier coup d'éclat majeur reste la formation de Spirit en 1967. Au sein de ce groupe visionnaire, Andes ne se contente pas de suivre ; il participe à l'élaboration d'un son hybride mêlant jazz, rock et influences psychédéliques. Son jeu sur des titres comme I Got a Line on You ou Fresh Garbage démontre déjà une maturité rythmique exceptionnelle pour son âge. Il y développe un style fluide, capable de naviguer entre des mesures complexes et des grooves directs, servant de contrepoint parfait à la guitare éthérée de Randy California et à la batterie jazz d'Ed Cassidy.

De l'énergie brute au soft rock

L'incapacité de Mark Andes à rester statique est l'une des marques de fabrique de sa carrière. Au début des années 70, s'éloignant des expérimentations de Spirit, il s'associe au chanteur Jay Ferguson pour former Jo Jo Gunne. Le virage est radical : fini le jazz-fusion, place au boogie-rock pur et dur. Avec le tube Run Run Run, Andes prouve qu'il peut aussi être un moteur de rock 'n' roll direct, propulsant le morceau avec une ligne de basse au médiator agressive et entraînante.

Mais le caméléon change encore de couleur au milieu de la décennie en co-fondant Firefall. C'est ici que sa sensibilité mélodique prend le dessus. Dans ce contexte de soft rock aux harmonies vocales soignées, proche des Eagles ou de Crosby, Stills & Nash, Andes allège son jeu. Il troque l'agressivité pour la rondeur, soutenant des ballades comme You Are the Woman ou Strange Way avec une précision et une retenue exemplaires. Cette période démontre sa compréhension profonde du rôle de bassiste : savoir s'effacer pour servir la chanson, tout en restant l'élément indispensable qui lie l'harmonie au rythme.

La renaissance avec Heart : Le sommet commercial

C'est cependant dans les années 80 que Mark Andes va connaître son exposition médiatique la plus massive. En 1982, il rejoint les sœurs Wilson au sein de Heart, alors que le groupe cherche un second souffle. Sa présence physique imposante et son jeu de basse titanesque vont devenir les fondations de la période "glam metal" du groupe. Sur des albums multi-platinés comme Heart (1985) et Bad Animals (1987), Andes adapte son style aux exigences de la production moderne de l'époque : un son plus compressé, plus percutant, taillé pour les stades et la radio FM.

Sur des hymnes comme What About Love ou These Dreams, il apporte une assise inébranlable, permettant aux guitares saturées et aux voix puissantes de s'envoler. Il restera avec le groupe pendant près d'une décennie, participant à leur plus grand succès commercial et prouvant qu'un bassiste issu du psychédélisme des années 60 pouvait parfaitement dominer l'ère MTV.

L'Arsenal du Grave : Fender, Hamer et Ampeg

Pour les passionnés de matériel que nous sommes, l'évolution de l'équipement de Mark Andes est un miroir de l'histoire de la basse rock. Durant ses années Spirit et Jo Jo Gunne, il est l'archétype du joueur de Fender Precision Bass. Il utilisait principalement des modèles vintage, dont une fameuse Precision de la fin des années 50, branchée dans des amplificateurs à lampes pour obtenir ce grain chaud et organique caractéristique de l'époque. Son utilisation du médiator lui permettait d'obtenir une attaque franche, essentielle pour percer le mix dense de ses premiers groupes.

L'arrivée dans les années 80 et l'intégration dans Heart ont marqué un changement visuel et sonore. Pour coller à l'esthétique "larger than life" de cette décennie, Andes s'est tourné vers la marque Hamer, très en vogue à l'époque. On l'a souvent vu sur scène avec des basses Hamer Blitz (forme Explorer) ou des modèles à 8 cordes, cherchant un son plus large, plus brillant et riche en harmoniques pour remplir l'espace sonore des grandes arènes. Cependant, peu importe la basse qu'il tenait entre ses mains, la constante est restée l'amplification Ampeg. Fidèle aux têtes SVT classiques et aux imposants baffles 8x10, il a toujours privilégié la puissance et le déplacement d'air, garantissant que chaque note soit ressentie physiquement par le public autant qu'entendue.

Un héritage vivant

Aujourd'hui, à 78 ans, Mark Andes ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur. Ayant retrouvé ses comparses de Firefall ces dernières années et collaboré avec l'artiste amérindien Robert Mirabal, il continue de jouer avec la passion d'un débutant. Son autobiographie et les documentaires récents sur sa carrière témoignent d'une vie dédiée à la musique, sans les excès destructeurs qui ont emporté tant de ses contemporains.

Mark Andes incarne ce que tout bassiste devrait aspirer à être : un musicien à l'écoute, capable de faire groover une jam psychédélique de 15 minutes aussi bien que de verrouiller une ballade pop de 3 minutes. En ce jour d'anniversaire, toute l'équipe de Gravebasse.com lui souhaite le meilleur. Merci pour les lignes, Mark.

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