Zac Cockrell, la force tranquille d'Alabama Shakes (1988-)

Publié le 18 février 2026 à 08:01

Alors que nous célébrons cette semaine l'anniversaire de Zac Cockrell, né le 16 février 1988 à Athens en Alabama, il est temps de rendre hommage à l'un des piliers les plus solides du rock-soul moderne. Souvent caché sous sa casquette et derrière sa barbe fournie, le bassiste d'Alabama Shakes incarne une philosophie que nous chérissons ici : le service absolu de la chanson. À l'heure où son groupe opère un retour très attendu sur le devant de la scène avec une tournée mondiale en 2026 et de nouveaux titres comme "Another Life", plongeons dans le parcours, le style et le matériel de cet architecte du groove sudiste.

Des bancs du lycée aux scènes mondiales

L'histoire de Zac Cockrell est indissociable de celle de Brittany Howard. Leur rencontre ne s'est pas faite dans un club de jazz branché, mais bien plus prosaïquement dans une classe de psychologie au lycée East Limestone d'Athens. C'est là, au cœur de l'Alabama profond, que les deux adolescents se sont trouvés des atomes crochus, non pas autour de la musique country locale, mais grâce à une passion commune pour le rock expérimental, le prog-rock et des artistes comme David Bowie. Contrairement à la légende qui voudrait les cantonner à un simple "revival soul", Cockrell et Howard ont passé leurs jeunes années à explorer des territoires sonores vastes, forgeant une complicité rythmique et mélodique bien avant la naissance officielle des Shakes. Cette genèse explique la capacité de Cockrell à sortir des sentiers battus de la soul classique pour injecter des lignes plus agressives ou psychédéliques quand la composition l'exige.

La force tranquille du "Pocket"

Musicalement, Zac Cockrell est l'antithèse du bassiste démonstratif. Son jeu se définit par une économie de notes redoutable et un placement rythmique — le fameux "pocket" — d'une profondeur abyssale. Là où d'autres chercheraient à combler l'espace, Cockrell laisse respirer la musique, créant un tapis sonore épais et moelleux sur lequel la voix puissante de Brittany Howard peut s'appuyer en toute confiance. Il puise ses influences autant dans le R&B classique des années 60 que dans le rock lourd de Led Zeppelin ou AC/DC. Cette dualité se retrouve dans sa main droite : capable d'une douceur veloutée pour les ballades soul, il sait aussi attaquer les cordes avec une férocité contenue pour propulser les morceaux les plus énergiques du groupe. Son approche rappelle souvent celle de James Jamerson pour la mélodie, mais avec la lourdeur monolithique d'un bassiste de stoner rock.

Le secret du son : Boyaux et Lampes

Pour les geeks de matériel que nous sommes, le "son Cockrell" est une étude de cas fascinante dans la quête du vintage modernisé. Sa fidélité à la Fender Precision Bass est légendaire. Il privilégie des modèles anciens, appréciant leur simplicité et leur robustesse. Mais le véritable secret de sa sonorité ronde et boisée réside dans son choix de cordes : des filets plats (Flatwounds), et plus spécifiquement les mythiques La Bella 760FS "Deep Talkin' Bass". Ces cordes, couplées à une action souvent réglée assez haute, lui permettent d'obtenir ce "thump" percussif immédiat avec très peu de sustain, une caractéristique essentielle pour ne pas envahir les fréquences des guitares.

Côté amplification, Cockrell reste fidèle aux standards de l'industrie qui ont fait leurs preuves sur les plus grandes scènes du monde. On le voit invariablement accompagné de têtes d'ampli Ampeg SVT-CL Classic, branchées dans des cabinets SVT-810 ou 410HLF. Cette configuration tout lampes lui offre cette chaleur organique et cette compression naturelle qui "tord" légèrement le son lorsqu'il attaque fort. Sur scène, il n'est pas rare de voir son signal transiter par quelques pédales choisies avec soin, bien qu'il ne soit pas un adepte des pedalboards gargantuesques. Une touche d'overdrive ou de fuzz, parfois une Electro-Harmonix Big Muff pour les passages les plus tempétueux, suffit à transformer sa basse en un mur de son infranchissable.

Un retour en grâce

Après une pause qui aura duré près d'une décennie, laissant le temps à chacun d'explorer des projets personnels, le retour de Zac Cockrell au sein d'Alabama Shakes en 2025 a été accueilli avec soulagement par les fans. Le nouveau single "Another Life" nous a rassurés instantanément : la magie est intacte. On y retrouve un Cockrell plus mature, dont le jeu s'est encore épuré, servant la chanson avec cette humilité artisanale qui force le respect. Alors que le groupe entame sa tournée 2026, célébrer l'anniversaire de Zac Cockrell est aussi une manière de célébrer la persévérance et l'amitié musicale. À 38 ans, il confirme qu'il n'est pas seulement un accompagnateur, mais bien le cœur battant de l'un des groupes les plus excitants de sa génération.

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