En ce 18 février, le rock californien se souvient d'une figure incontournable, souvent décrite comme le patriarche bienveillant du country-rock. Clyde "Skip" Battin, né en 1934 à Gallipolis dans l'Ohio, aurait fêté son anniversaire aujourd'hui. Pour nous, bassistes, revenir sur la carrière de Skip Battin ne consiste pas seulement à égrener une discographie impressionnante, mais à comprendre comment un musicien a su traverser les époques, du rockabilly naissant au psychédélisme, pour finalement ancrer les fondations d'un genre entier avec sa Fender Precision.
Des débuts précoces au cœur de l'industrie
Bien avant de devenir l'icône à la basse que l'on connaît, Skip Battin avait déjà vécu plusieurs vies musicales. Son parcours débute véritablement à la fin des années 1950, non pas en tant que bassiste de l'ombre, mais comme une star de la pop au sein du duo "Skip & Flip". Avec des succès comme "It Was I" et "Cherry Pie", il goûte très tôt à la célébrité nationale. Cette expérience initiale est cruciale car elle forge chez lui un sens inné de la mélodie et de la structure de la chanson, des qualités qui distingueront plus tard ses lignes de basse. Contrairement à beaucoup de ses contemporains qui apprenaient sur le tas dans les garages, Battin possédait déjà un bagage professionnel solide lorsqu'il a opéré sa transition vers la scène rock de Los Angeles dans les années 60.
L'âge d'or avec les Byrds
C'est véritablement au tournant des années 1970 que Skip Battin grave son nom dans la légende, lorsqu'il rejoint les Byrds pour remplacer John York. À ce moment-là, le groupe de Roger McGuinn est en pleine mutation, cherchant à s'éloigner du folk-rock pur pour explorer des textures plus roots et complexes. Battin, qui est alors le membre le plus âgé du groupe, apporte une stabilité et une maturité musicale indispensables.
Son arrivée marque le début de ce que beaucoup considèrent comme la dernière grande formation des Byrds, aux côtés du virtuose de la guitare Clarence White et du batteur Gene Parsons. Pour un bassiste, l'écoute de l'album Untitled (1970) est une leçon magistrale. L'alchimie entre Battin et White est palpable ; là où la guitare de White virevolte avec des syncopes bluegrass, la basse de Battin ancre le tout avec une rondeur et une précision métronomique, tout en se permettant des excursions mélodiques dans les aigus qui complètent les harmonies vocales. Cette période, qui couvre également les albums Byrdmaniax et Farther Along, révèle aussi un compositeur prolifique. En collaboration avec l'excentrique Kim Fowley, Battin signe des titres audacieux, parfois bizarres, qui apportent une touche d'humour et de cynisme au répertoire du groupe, prouvant qu'un bassiste peut être bien plus qu'un simple accompagnateur.
Le mercenaire du Country-Rock
Après la dissolution de cette mouture des Byrds, la carrière de Battin prend la forme d'une odyssée à travers les institutions les plus respectées du country-rock. Il ne reste pas inactif et rejoint rapidement les rangs des New Riders of the Purple Sage. Au sein de ce groupe, connu pour ses liens étroits avec le Grateful Dead et son approche psychédélique de la country, le jeu de Battin s'adapte parfaitement. Il apporte ce "drive" caractéristique, moins jam-band que ses prédécesseurs, mais redoutablement efficace pour faire danser les foules.
L'histoire continue ensuite avec The Flying Burrito Brothers, un autre monument du genre fondé par Gram Parsons. Le fait que Skip Battin ait joué dans les trois groupes majeurs de ce mouvement (The Byrds, New Riders, Burritos) témoigne de son statut unique. Il était devenu le bassiste de référence, celui qu'on appelait pour assurer l'authenticité du son "West Coast". Sa capacité à chanter des harmonies hautes tout en tenant des grooves solides faisait de lui un atout inestimable sur scène comme en studio.
Le style Battin : Une leçon pour les bassistes
Si l'on se penche techniquement sur son approche de l'instrument, Skip Battin n'était pas un démonstrateur technique à la manière d'un John Entwistle ou d'un Chris Squire. Son génie résidait dans le placement et la sonorité. Utilisant principalement une Fender Precision Bass, souvent jouée au médiator pour obtenir cette attaque franche et boisée nécessaire pour percer à travers les guitares acoustiques et les pedal steels, il privilégiait la note juste.
Ses lignes de basse étaient construites comme des contre-chants. Il comprenait que dans la country et le folk-rock, la fondamentale est reine, mais que la transition d'un accord à l'autre est l'endroit où le bassiste peut s'exprimer. Ses passages en "walking bass" et son utilisation judicieuse des quintes et des octaves ont défini le vocabulaire de la basse country-rock des années 70. Il savait laisser respirer la musique, une qualité souvent sous-estimée mais essentielle pour le genre.
Un héritage intemporel
Skip Battin nous a quittés le 6 juillet 2003, laissant derrière lui une discographie qui ressemble à une encyclopédie du rock américain. Aujourd'hui, alors que nous célébrons ce qui aurait été son anniversaire, il est important pour la communauté de Gravebasse.com de redécouvrir ses enregistrements. Que ce soit sur les versions live étirées de "Eight Miles High" avec les Byrds ou sur les morceaux plus terre-à-terre des Flying Burrito Brothers, Skip Battin reste un modèle de constance, de musicalité et de professionnalisme.
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