Peu de musiciens peuvent se targuer d'avoir fait vibrer autant de membranes de haut-parleurs que les membres du groupe Gold. Il est temps de rendre hommage à Alain Llorca. Né le 7 mars 1968 à Cannes, ce bassiste-chanteur incarne à lui seul une époque où la basse était le moteur mélodique de tubes qui traversent les décennies. À l'approche de ses cinquante-huit ans, revenons sur le parcours de celui qui a prouvé que l'on pouvait tenir le groove tout en assurant des harmonies vocales d'une complexité redoutable.
De la Côte d'Azur aux Sommets du Top 50
L'histoire d'Alain Llorca est indissociable de cette fièvre musicale qui s'empare du sud de la France au début des années 80. Bien avant les disques de platine, le jeune Alain fait ses armes dans l'univers exigeant des orchestres de bal. C'est une école rude mais formatrice pour tout bassiste, imposant une polyvalence absolue et une endurance à toute épreuve. Intégrant la formation Goldfingers qui deviendra par la suite simplement Gold, il apporte une jeunesse et une fougue qui contrastent avec le sérieux des productions de l'époque.
Lorsque le groupe explose médiatiquement en 1985 avec "Plus près des étoiles", le grand public découvre un son nouveau, mélangeant synthétiseurs atmosphériques et une section rythmique rock solide. Au cœur de ce dispositif, la basse d'Alain Llorca joue un rôle de pivot. Contrairement à beaucoup de productions de l'époque qui commençaient à privilégier les basses synthétiques séquencées, Gold a su conserver une âme organique grâce au jeu de Llorca. Son approche de l'instrument est typique de la "pop intelligente" : des lignes efficaces, souvent jouées au médiator pour plus d'attaque et de définition, capables de percer à travers des mixages chargés en réverbération et en nappes de claviers.
Le Défi du "Chanteur-Bassiste"
Pour nous, bassistes, Alain Llorca force le respect sur un point technique bien précis : l'indépendance. Il fait partie de ce club très fermé des bassistes capables d'assurer des parties vocales lead ou des chœurs haut perchés tout en maintenant des lignes de basse rythmiquement contraires. Dans des titres comme "Capitaine Abandonné" ou "Ville de Lumière", la basse ne se contente pas de suivre la grosse caisse. Elle pulse, elle vit, elle propose des contre-chants, le tout pendant que Llorca assure des harmonies vocales dans des tessitures cossues.
Gérer la tension physique du chant tout en gardant la décontraction nécessaire pour faire groover une basse est un exercice d'équilibriste. Alain Llorca a maîtrisé cet art avec une aisance déconcertante, souvent armé des basses emblématiques de cette décennie. On se souvient notamment de son utilisation des basses sans tête (headless), très en vogue à l'époque pour leur légèreté et leur look futuriste, qui lui permettaient une grande liberté de mouvement sur scène. Ce choix matériel n'était pas qu'esthétique, il servait une performance scénique dynamique où le bassiste n'était pas statique mais un véritable frontman au même titre que le chanteur principal.
L'Après-Gold et la Fidélité au Groove
La séparation de la formation historique de Gold dans les années 90 n'a pas marqué la fin de la carrière musicale d'Alain, bien au contraire. Il a su rebondir en explorant d'autres horizons musicaux, prouvant que sa palette de jeu s'étendait bien au-delà de la pop des années 80. Ses projets solo et ses diverses collaborations ont révélé un musicien plus mature, capable d'aller chercher des sonorités plus roots, parfois teintées de blues ou de rock plus brut.
Il a également continué à faire vivre l'héritage de ses premiers succès sur scène. Ce qui frappe lorsqu'on le voit jouer aujourd'hui, c'est la conservation intacte de son "toucher". Le son s'est peut-être modernisé, avec des préamplis plus actuels et des basses à la lutherie plus traditionnelle, mais l'intention reste la même : servir la chanson. Il a su éviter le piège de la nostalgie pure pour proposer des réinterprétations vivantes, où la basse reprend ses droits et s'autorise parfois des libertés que le format radio de l'époque interdisait.
Un Héritage pour les Bassistes
Alors que nous célébrons son anniversaire en ce mois de février, il est important de souligner l'influence, souvent sous-estimée, qu'Alain Llorca a eue sur une génération de musiciens français. Il a montré que la basse pouvait être populaire, mélodique et centrale dans la composition d'un tube. Il a démocratisé l'image du bassiste qui ne reste pas dans l'ombre du batteur mais qui prend la lumière, micro devant.
En 2026, Alain Llorca continue de tourner, portant avec lui cette exigence de la note juste et du placement rythmique parfait. Il reste un exemple de longévité et de passion. Son parcours nous rappelle que le matériel et la technique ne sont que des outils au service de l'émotion et du public. Nous souhaitons un excellent anniversaire à ce pilier de la musique française qui, année après année, continue de garder le tempo avec la même énergie qu'à ses vingt ans. Bon anniversaire, l'artiste !
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