Une figure discrète mais essentielle du rock britannique célèbre aujourd’hui son quarante-cinquième anniversaire. John Hassall, bassiste inamovible de The Libertines, a traversé les décennies, les scandales et les reformations avec une flegme tout britannique. Souvent éclipsé par le duo médiatique et tumultueux formé par Pete Doherty et Carl Barât, Hassall n'en demeure pas moins la colonne vertébrale mélodique d'un groupe qui a défini le son du garage rock anglais du début des années 2000. Aujourd'hui, GraveBasse rend hommage à ce musicien qui a su prouver que la basse n'est pas seulement un instrument de soutien, mais le ciment nécessaire à la survie d'un groupe au bord du précipice.
L'Ancre du Navire Albion
L'histoire de John Hassall est celle d'un musicien de formation classique tombé amoureux de l'énergie brute du rock 'n' roll. Né à Londres en 1981, il rejoint The Libertines à une époque où le groupe n'était encore qu'un concept flou naviguant entre poésie romantique et crasse londonienne. Si les premières incarnations du groupe ont vu Hassall partir brièvement, jugé alors trop "propre" pour le son garage que recherchaient Doherty et Barât, son retour a marqué le véritable début de l'ascension du groupe. Il a apporté ce qui manquait cruellement au duo de frontmen : une stabilité musicale et une précision rythmique.
Là où les guitares de Pete et Carl s'entremêlent souvent dans une cacophonie joyeuse et approximative, la basse de John Hassall reste imperturbable. Il est le gardien du tempo, travaillant en symbiose parfaite avec le batteur Gary Powell. Cette section rythmique, souvent sous-estimée, est pourtant le secret de la "magie" Libertines. Sans cette fondation solide, les hymnes comme Can't Stand Me Now ou Time for Heroes se seraient effondrés sous leur propre poids. Hassall a compris très tôt que son rôle n'était pas de surenchérir dans le chaos, mais de le canaliser pour le rendre audible et dansant.
Une Approche Mélodique et Vintage
Pour les lecteurs de GraveBasse, le style de John Hassall mérite une analyse technique. Loin des démonstrations de virtuosité ou du slap percussif, Hassall privilégie une approche résolument mélodique, héritée directement de Paul McCartney. Il joue presque exclusivement au médiator, ce qui lui confère une attaque franche et définie, essentielle pour percer à travers le mur de guitares saturées du groupe. Ses lignes de basse ne se contentent pas de suivre la fondamentale de l'accord ; elles naviguent, proposant des contre-chants subtils qui enrichissent l'harmonie des morceaux.
Côté matériel, John Hassall est un puriste. Son image est indissociable de la Fender Precision Bass, souvent en finition Sunburst avec une plaque tortoise, qu'il porte assez haut, à la manière des bassistes des années 60. Ce choix n'est pas anodin : la Precision Bass, avec son micro splitté unique, offre ce son rond, chaud et percutant qui est la marque de fabrique du rock anglais. Pour l'amplification, il reste fidèle aux classiques, utilisant généralement des têtes Ampeg SVT couplées à des baffles 8x10. Cette configuration lui permet d'obtenir un grain "tubey" et organique, capable de grogner lorsqu'il attaque les cordes plus fort, tout en restant clair dans les passages plus doux. On l'a également vu expérimenter avec des basses semi-acoustiques type Epiphone Rivoli sur certains titres, cherchant à capturer cette sonorité "boisée" typique de la British Invasion.
L'Exil Danois et la Renaissance Artistique
La carrière de Hassall ne se limite pas à son rôle de "sideman" de luxe. Lorsque The Libertines implosent au milieu des années 2000, il ne pose pas son instrument. Il fonde Yeti, puis plus tard The April Rainers, projets dans lesquels il délaisse parfois la basse pour la guitare et le chant. Ces aventures musicales révèlent un compositeur sensible, influencé par le folk psychédélique et la pop baroque. Son installation au Danemark, à Aarhus, a également joué un rôle crucial dans son évolution. Loin de la frénésie des tabloïds londoniens, il a trouvé un équilibre personnel qui lui a permis de revenir au sein des Libertines avec une énergie renouvelée lors de leur reformation.
Les albums récents du groupe, notamment All Quiet on the Eastern Esplanade sorti en 2024, témoignent de cette maturité. La basse de Hassall y est plus présente et assurée que jamais. Il n'est plus seulement le "troisième homme" silencieux, mais un membre à part entière dont l'avis musical pèse dans la direction artistique du groupe. Sa capacité à unifier les idées disparates de ses camarades fait de lui le diplomate sonore du quatuor.
On salue donc John Hassall, non seulement pour sa fidélité à la basse, mais pour sa capacité à rester digne et pertinent dans l'un des groupes les plus volatils de l'histoire du rock.
Joyeux anniversaire, John !
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