Mike Lepond, la symphony du métal (1966-)

Publié le 17 février 2026 à 09:01

17 février 2026, les fréquences basses de la planète metal vibrent avec une intensité particulière. Mike LePond, le titan à quatre cordes qui ancre la musique complexe de Symphony X depuis plus d'un quart de siècle, célèbre aujourd'hui son soixantième anniversaire. Atteindre ce cap tout en maintenant un niveau de performance technique aussi exigeant force le respect. Loin de ralentir, le musicien originaire du New Jersey continue d'incarner l'archétype du bassiste de metal moderne : une technique irréprochable mise au service d'une puissance brute. À l'occasion de ce jubilé de diamant, GraveBasse revient sur le parcours d'un homme qui a transformé son instrument en une arme de destruction massive.

Des Rues de Newark aux Galops de la Vierge de Fer

L'histoire de Michael Anthony LePond III commence à Newark, dans le New Jersey, une région ouvrière qui a forgé son éthique de travail inébranlable. Comme beaucoup de gamins de sa génération, son premier choc musical fut visuel autant que sonore. En découvrant Gene Simmons de KISS, le jeune Mike a compris que la basse pouvait être un instrument de spectacle, une extension théâtrale de la personnalité du musicien. Cependant, c'est la découverte de Steve Harris d'Iron Maiden qui a véritablement scellé son destin musical. En écoutant le galop infernal du bassiste britannique, LePond a trouvé sa vocation : il ne serait pas simplement un accompagnateur, mais le moteur rythmique et mélodique du groupe.

Cette influence primordiale de la NWOBHM (New Wave of British Heavy Metal) ne l'a jamais quitté. Même lorsqu'il s'est aventuré vers des territoires plus progressifs en étudiant le jeu de Geddy Lee de Rush, LePond a conservé cette attaque percussive et cette approche "en avant" typique du heavy metal traditionnel. C'est cette fusion entre la complexité du prog et l'agressivité du power metal qui allait devenir sa signature sonore, une combinaison rare qui le préparait, sans qu'il le sache encore, à rejoindre l'une des formations les plus exigeantes de la scène américaine.

L'Ère Symphony X : Remplacer l'Irremplaçable

L'année 1999 marque le tournant décisif de sa carrière. Symphony X, groupe phare du metal néo-classique mené par le guitariste virtuose Michael Romeo, se retrouve sans bassiste après le départ de Thomas Miller. La tâche qui attend LePond est titanesque. Miller était connu pour son jeu fluide, très jazz-fusion, et ses lignes de basse complexes. Au lieu de simplement imiter son prédécesseur, Mike LePond a choisi d'imposer sa propre personnalité dès son premier album avec le groupe, l'opéra spatial V: The New Mythology Suite.

L'apport de LePond à Symphony X a été immédiat et transformateur. Il a apporté une assise rythmique beaucoup plus lourde et "carrée", verrouillant ses lignes avec la batterie de Jason Rullo pour créer une fondation en béton armé sur laquelle les arabesques de guitare et de clavier pouvaient s'envoler. Sur des albums devenus des classiques comme The Odyssey ou Paradise Lost, sa basse ne se contente pas de suivre la guitare ; elle la défie, doublant des riffs à des vitesses vertigineuses tout en conservant une clarté de note impressionnante. Sa capacité à exécuter des unissons parfaits avec Michael Romeo est devenue l'une des attractions principales des concerts du groupe, prouvant que la basse peut rivaliser de vélocité avec la guitare solo.

L'Assassin Silencieux sort de l'Ombre

Si Symphony X lui permet d'exprimer sa virtuosité technique, c'est avec son projet solo, Mike LePond's Silent Assassins, qu'il dévoile l'étendue de sa culture musicale. Lancé en 2014, ce projet est une lettre d'amour au heavy metal dans sa forme la plus pure et épique. Ici, LePond n'est plus seulement le bassiste ; il est le compositeur principal et joue également les guitares rythmiques, laissant libre cours à sa passion pour l'histoire et la mythologie.

À travers des albums comme Pawn and Prophecy ou Whore of Babylon, il explore des thématiques allant des légendes arthuriennes aux récits historiques sanglants, le tout enrobé d'un son qui évoque autant Manowar que Judas Priest. Ce projet révèle un musicien complet, capable d'écrire des chansons accrocheuses et puissantes, prouvant que derrière le technicien hors pair se cache un songwriter passionné par la puissance narrative du metal. C'est aussi dans ce cadre qu'il s'autorise à explorer des sonorités plus folk ou celtiques, montrant une facette plus nuancée de sa musicalité.

L'Arsenal du Maitre : Rigueur et Puissance

Pour les lecteurs de GraveBasse, impossible de ne pas évoquer l'équipement qui sculpte le son monumental de Mike LePond. Contrairement à beaucoup de ses pairs dans le prog qui changent d'instrument comme de chemise, LePond est un modèle de fidélité et de pragmatisme. Il est indissociable de la marque japonaise Caparison, et plus particulièrement du modèle Dellinger Bass. Il privilégie souvent la version 4 cordes pour son attaque et son confort, n'hésitant pas à la désaccorder pour atteindre les profondeurs requises par la musique de Symphony X, bien qu'il utilise également des modèles 5 cordes lorsque la partition l'exige impérativement.

Côté amplification, sa philosophie est celle du "mur de son". Il a longtemps été un utilisateur fervent des têtes Ampeg SVT Classic couplées à des cabinets 8x10, la configuration standard pour tout bassiste de rock qui se respecte cherchant à déplacer de l'air. Cependant, conscient des réalités logistiques des tournées modernes, il a su intégrer des technologies plus récentes comme les préamplis Tech 21 SansAmp et les systèmes Fly Rig, qui lui permettent de retrouver son grain agressif et saturé même lorsqu'il ne peut pas transporter ses frigos Ampeg. Son son se caractérise par une action des cordes assez haute, un choix surprenant pour un shredder, mais qui lui permet d'obtenir une dynamique et une projection maximales lorsqu'il attaque les cordes avec ses doigts d'acier.

Nous célébrons donc aujourd’hui l’anniversaire d'un homme qui, à 60 ans, continue de monter sur scène avec l'énergie d'un adolescent et la maîtrise d'un grand maître. Joyeux anniversaire, Mike !

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