Jim Richardson : 85 Ans de Groove au Service de Sa Majesté le Jazz (1941-)

Publié le 16 février 2026 à 05:44

Par la rédaction de GraveBasse.com

Aujourd'hui, l'équipe de GraveBasse souhaite un joyeux quatre-vingt-cinquième anniversaire à une véritable institution de la scène musicale britannique : Jim Richardson. Si son nom ne résonne pas toujours avec la même force médiatique que celui de certains rockstars, son empreinte sur le jazz, le rock progressif et la musique de session outre-Manche est indélébile. Bassiste tout-terrain, capable de passer de la basse électrique rugueuse des années 70 à la contrebasse la plus soyeuse, Richardson incarne l'élégance et la fiabilité, des qualités qui lui ont permis d'accompagner les plus grands, de Chet Baker à Georgie Fame.

L'Aube du Jazz-Rock et l'Aventure "If"

Né en 1941 à Tottenham, Jim Richardson a grandi dans le Londres de l'après-guerre, une époque où le jazz commençait à s'électrifier. Sa carrière prend un tournant décisif à la fin des années 60 lorsqu'il devient l'un des membres fondateurs du groupe "If". Souvent comparé aux géants américains comme Chicago ou Blood, Sweat & Tears en raison de l'utilisation massive de cuivres, "If" se distinguait pourtant par une approche beaucoup plus brute, technique et typiquement britannique.

Au sein de cette formation, Jim Richardson ne se contentait pas de tenir la boutique. Il a contribué à définir le son de la basse fusion naissante. Sur des albums comme If ou If 3, son jeu à la basse électrique est un modèle d'inventivité : des lignes rapides, syncopées, qui dialoguent constamment avec le saxophone de Dick Morrissey, tout en maintenant une fondation rock inébranlable. C'était l'époque où la basse s'émancipait de son rôle de simple accompagnateur pour devenir un instrument soliste à part entière, et Richardson était aux avant-postes de cette révolution.

Le Caméléon des Studios et "The Sweeney"

La séparation de "If" n'a fait qu'ouvrir de nouvelles portes pour le bassiste. Sa réputation de lecteur impeccable et de musicien au groove infaillible en a fait l'un des sessionmen les plus demandés de Londres durant les années 70 et 80. Pour les amateurs de culture pop britannique, sa basse est peut-être plus familière qu'ils ne le pensent. C'est en effet lui que l'on entend sur la bande originale de la série culte The Sweeney, dont le thème funk-policier est devenu un standard du genre.

Cette période de travail en studio a forgé la polyvalence légendaire de Richardson. Il a appris à servir la chanson avant tout, adaptant son timbre et son attaque à des contextes allant de la pop orchestrale au funk le plus nerveux. Cependant, contrairement à beaucoup de musiciens de studio qui finissent par perdre leur identité, Jim a toujours gardé un pied fermement ancré dans le jazz, sa véritable passion, alternant les séances lucratives avec des gigs dans les clubs enfumés de Soho.

Le Retour aux Racines et les Géants du Jazz

C'est probablement en tant que contrebassiste de jazz que Jim Richardson laissera sa marque la plus durable. Sa collaboration avec le légendaire saxophoniste Dick Morrissey s'est poursuivie bien après l'aventure "If", notamment au sein du groupe Morrissey-Mullen, fer de lance du jazz-funk anglais. Mais c'est son travail avec les monstres sacrés américains de passage en Europe qui force le respect.

Jim Richardson a été le bassiste de choix pour des artistes comme Dexter Gordon et surtout Chet Baker. L'album Chet Baker: Live in London, enregistré au début des années 80 mais sorti bien plus tard grâce aux efforts de Richardson lui-même, témoigne de cette alchimie. On y entend un Jim Richardson au sommet de son art, dialoguant avec la trompette fragile de Baker avec une sensibilité rare. Son jeu de contrebasse se caractérise par un "walking" puissant, un sens du temps métronomique et une sonorité boisée, profonde, qui enveloppe l'auditeur sans jamais l'agresser.

Une Fidélité à Toute Épreuve : Les Années Georgie Fame

Impossible d'évoquer la carrière de Jim Richardson sans mentionner sa longue collaboration avec Georgie Fame and the Blue Flames. Rejoindre ce groupe, c'est intégrer une famille musicale où le swing est roi. Pendant des décennies, Richardson a assuré les fondations rythmiques de ce mélange unique de R&B, de jazz et de pop. Cette longévité aux côtés d'un même leader démontre non seulement ses qualités musicales, mais aussi humaines. Sur scène, sa présence calme et souriante contrastait souvent avec l'énergie débordante des arrangements, rappelant que le rôle du bassiste est avant tout d'être l'ancre du navire.

L'Héritage d'un "Musician's Musician"

Aujourd'hui, alors qu'il célèbre ses 85 ans, Jim Richardson reste une figure respectée, un "musician's musician" comme disent les Anglais. Il n'a jamais cherché la lumière des projecteurs de manière ostentatoire, préférant laisser parler ses doigts. Pour nous, bassistes, il représente l'idéal de la carrière musicale : une vie dédiée à l'instrument, traversant les modes (du jazz-rock au straight-ahead jazz) sans jamais compromettre la qualité.

Que ce soit sur une Fender Precision usée par les années ou derrière sa contrebasse, Jim Richardson a prouvé que la technique n'est rien sans le goût. En réécoutant aujourd'hui les disques de "If" ou ses sessions avec Chet Baker, on est frappé par la justesse de chaque note. Il ne joue jamais trop, jamais trop peu. C'est peut-être là le secret de sa longévité. Bon anniversaire, M. Richardson, et merci pour la leçon de groove.

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