Norman Watt-Roy, l'énergie d'Ian Dury and The Blockheads (1951-)

Publié le 15 février 2026 à 08:04

Une légende vivante de la basse britannique souffle ses soixante-quinze bougies aujourd’hui. Si le nom de Norman Watt-Roy est indissociable de l'énergie scénique d'Ian Dury and The Blockheads, son influence s'étend bien au-delà de ce seul groupe culte. Avec son style percussif inimitable, sa Fender Jazz Bass usée jusqu'au bois et son sourire communicatif, il incarne depuis plus de cinq décennies l'excellence du rythme outre-Manche. En cet anniversaire marquant, il est temps de rendre hommage à celui que beaucoup considèrent comme le "bassiste des bassistes".

De Bombay à Londres : La Genèse d'un Rythme

Né à Bombay en 1951, Norman Watt-Roy arrive en Angleterre avec sa famille au milieu des années 50. C'est dans l'effervescence du Londres des années 60 et 70 qu'il forge son identité musicale. Bien avant de devenir l'icône que l'on connaît, il fait ses armes dans des formations comme The Greatest Show on Earth, un groupe de soul-rock progressif qui lui permet de développer une endurance et une technique déjà impressionnantes. Mais c'est sa rencontre avec le batteur Charley Charles qui va tout changer. Ensemble, ils forment une section rythmique d'une cohésion rare, une "salle des machines" capable de naviguer entre le rock, le funk, le reggae et le disco avec une aisance déconcertante. Cette alchimie attirera l'attention d'un certain Ian Dury, poète punk et provocateur, cherchant des musiciens capables de donner du corps à ses textes acerbes.

L'Ère des Blockheads et le Funk-Punk

L'association de Norman Watt-Roy avec Ian Dury donne naissance aux Blockheads, une formation qui va redéfinir le paysage musical de la fin des années 70. Là où le punk rock privilégiait souvent l'énergie brute au détriment de la technique, les Blockheads proposaient une fusion sophistiquée et irrésistiblement dansante. Norman y brille par son jeu aux doigts, rapide et précis, injectant des doubles croches funk dans des structures rock. Des titres comme "Sex & Drugs & Rock & Roll" ou "Reasons to be Cheerful, Part 3" reposent entièrement sur ses épaules. Il ne se contente pas d'accompagner ; il conduit l'orchestre, tissant des lignes mélodiques complexes qui dialoguent avec le chant sans jamais empiéter sur l'espace sonore.

Le Chef-d'œuvre : "Hit Me With Your Rhythm Stick"

S'il ne fallait retenir qu'une seule performance pour résumer le génie de Watt-Roy, ce serait sans conteste la ligne de basse de "Hit Me With Your Rhythm Stick". Enregistré en 1978, ce morceau est devenu un véritable test de passage pour les bassistes du monde entier. La partie de basse, jouée en doubles croches incessantes avec une précision métronomique, demande une endurance physique et une agilité digitale hors du commun. Norman raconte souvent comment il a improvisé cette ligne en studio, cherchant à imiter la complexité d'un solo de Jaco Pastorius tout en gardant une assise disco-funk solide. Le résultat est une masterclass de groove : la basse est partout, virevoltante, remplissant tout le spectre sonore tout en verrouillant le rythme avec une autorité absolue. Ce titre reste, à ce jour, l'un des exemples les plus éclatants de la basse mise au premier plan dans un tube grand public.

L'Ombre des Géants : The Clash et Frankie Goes to Hollywood

L'influence de Norman Watt-Roy dépasse largement le cercle des Blockheads. Au début des années 80, il est sollicité par The Clash lors des sessions de l'album "Sandinista!". C'est lui qui crée le riff hypnotique et funky de "The Magnificent Seven", un morceau pionnier qui préfigure la rencontre entre le rock et le rap. Bien que son nom n'ait pas toujours été crédité à sa juste valeur à l'époque, il est désormais reconnu que cette ligne de basse est l'épine dorsale du morceau, prouvant sa capacité à s'adapter à l'évolution constante de la musique urbaine. De même, sa touche est perceptible sur les démos originales du tube "Relax" de Frankie Goes to Hollywood, où son sens du groove a contribué à sculpter l'un des plus grands succès de la décennie, même si la production finale a pris une direction plus électronique.

Le Son Watt-Roy : Une Fender Jazz Bass de 1962

Pour les lecteurs de Gravebasse.com, impossible de ne pas évoquer son instrument fétiche. Norman est fidèle à sa Fender Jazz Bass de 1962, couleur Shoreline Gold, qu'il a acquise au milieu des années 80. L'instrument, aujourd'hui patiné par des milliers de concerts, est une extension de son corps. Il l'utilise presque exclusivement avec le micro chevalet légèrement favorisé, ce qui lui donne ce son "médium" percutant, capable de trancher dans n'importe quel mix. Contrairement à beaucoup de bassistes funk qui privilégient le slap, Norman est un puriste du jeu aux doigts, attaquant les cordes avec une vigueur qui frôle parfois l'agression, mais toujours au service de la note. Couplé à des amplificateurs Ashdown, dont il est un ambassadeur fidèle, son son est reconnaissable entre mille : rond, chaud, mais avec une attaque mordante qui définit le "son Blockhead".

Un Héritage Vivant

À 75 ans, Norman Watt-Roy ne montre aucun signe de ralentissement. Ces dernières années, sa collaboration avec le guitariste Wilko Johnson (Dr. Feelgood) a révélé une autre facette de son jeu, plus brute et blues-rock, prouvant qu'il peut aussi briller dans la configuration dépouillée d'un power trio. Il continue de tourner, offrant chaque soir au public cette énergie juvénile qui le caractérise.

Norman Watt-Roy est bien plus qu'un musicien de session ou un accompagnateur ; c'est un architecte du rythme qui a prouvé que la basse électrique pouvait être un instrument soliste au sein d'une chanson pop sans jamais perdre sa fonction de fondation. En ce jour anniversaire, nous célébrons non seulement l'homme, mais aussi cette pulse vitale qu'il continue d'offrir au monde de la musique.

Joyeux anniversaire, Norman !

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