12 février, nous célébrons l'anniversaire d'une figure incontournable de la scène basse internationale : Jim Creeggan. Né en 1970 à Scarborough, dans l'Ontario, James Raymond Creeggan fête aujourd'hui ses 56 ans. Si le grand public le connaît comme le pilier rythmique des Barenaked Ladies, les amateurs de graves savent qu'il est bien plus que cela : c'est un musicien qui a réussi le tour de force d'imposer la contrebasse dans le paysage de la pop alternative des années 90, à une époque où la basse électrique régnait sans partage sur les ondes radio.
Une formation classique au service du groove
L'histoire musicale de Jim Creeggan commence bien avant les succès planétaires de son groupe. Issu d'une famille où la musique était omniprésente, il développe très tôt une sensibilité artistique aux côtés de son frère, Andy Creeggan. Contrairement à beaucoup de bassistes de rock qui débutent directement sur une Fender Precision ou une Jazz Bass, Jim opte pour la voie académique et exigeante de la contrebasse classique. Il perfectionne sa technique au sein du programme de performance basse de l'Université de Toronto, une formation rigoureuse qui façonnera durablement son approche de l'instrument. Cette éducation formelle lui a donné une maîtrise de l'archet et une intonation précise qui deviendront sa signature, lui permettant d'injecter des nuances orchestrales dans des structures pop.
L'architecte du son Barenaked Ladies
Lorsque Jim rejoint les Barenaked Ladies (BNL) au tout début des années 90, le groupe se distingue déjà par une approche acoustique et décalée. L'arrivée de Creeggan, armé de sa contrebasse acoustique, scelle l'identité sonore du groupe. Là où une basse électrique aurait simplement soutenu la rythmique, la contrebasse de Jim apporte une texture boisée, percussive et chaleureuse qui remplit l'espace sonore de manière unique. Sur l'album séminal Gordon (1992), son jeu est une leçon d'adaptation : il parvient à driver des morceaux rapides et énergiques avec la lourdeur naturelle de la contrebasse, tout en conservant une agilité mélodique surprenante.
Au fil des décennies et des albums, comme Stunt ou Maroon, Jim a su faire évoluer son équipement sans jamais trahir son style. Bien qu'il utilise régulièrement des basses électriques pour les morceaux nécessitant plus de tranchant ou de distorsion, il reste l'un des plus ardents ambassadeurs de la contrebasse électrique (EUB). Il est notamment connu pour son utilisation des modèles NS Design, qui lui permettent de conserver le diapason et la sensation de la contrebasse tout en s'affranchissant des problèmes de larsen inhérents aux gros volumes de scène. Sa capacité à alterner entre le jeu aux doigts (pizzicato) pour le groove et le jeu à l'archet pour les ballades ou les intros atmosphériques offre au groupe une palette dynamique rarement égalée dans le rock alternatif.
Au-delà de la basse : Le musicien complet
Pour les lecteurs de Gravebasse, il est intéressant de noter que Jim Creeggan n'est pas seulement un technicien de l'instrument, mais un musicien complet dont l'oreille harmonique est essentielle aux arrangements vocaux. Sa voix de baryton est un composant clé des harmonies vocales complexes qui font la renommée des Barenaked Ladies. Souvent, ses lignes de basse sont construites en contrepoint des mélodies vocales, témoignant d'une écoute active et d'une intelligence musicale qui dépasse le simple rôle de section rythmique.
En parallèle de son engagement avec BNL, Jim a exploré des territoires plus expérimentaux et jazz avec son frère Andy au sein du projet The Brothers Creeggan. Ces albums, bien que plus confidentiels, sont des mines d'or pour les bassistes curieux, révélant un jeu plus libre, introspectif et techniquement audacieux. On y découvre un Jim Creeggan libéré des contraintes du format pop, explorant des textures sonores qui rappellent parfois le travail de bassistes comme Danny Thompson ou même certaines approches de Charlie Haden.
Un héritage durable
Aujourd'hui, alors qu'il souffle une nouvelle bougie, Jim Creeggan continue de tourner et d'enregistrer avec une constance remarquable. Il incarne l'idée que la basse n'est pas un instrument d'arrière-plan, mais une voix à part entière capable de définir la couleur d'un groupe. Pour nous, bassistes, il reste la preuve vivante qu'il est possible de marier l'exigence technique du classique, le swing du jazz et l'énergie du rock sans jamais perdre le sens de la chanson.
Joyeux anniversaire à ce maître des fréquences graves qui, depuis plus de trente ans, nous rappelle que peu importe l'instrument — acoustique, électrique ou hybride — c'est le toucher et l'intention qui font la musique.
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