En ce 8 février 2026, le monde du rock progressif et la communauté des bassistes célèbrent un anniversaire marquant : les soixante-dix ans de Dave Meros. Figure emblématique de la basse moderne, pilier inamovible de Spock's Beard et membre clé de Pattern-Seeking Animals, Meros incarne une certaine idée de la persévérance et de l'excellence instrumentale. Loin des démonstrations techniques gratuites, il a su, décennie après décennie, sculpter une identité sonore unique qui fait de lui l'un des héritiers les plus légitimes de l'école Chris Squire, tout en y insufflant une solidité et une polyvalence qui n'appartiennent qu'à lui.
Le parcours de Dave Meros est celui d'un musicien de terrain qui a affiné son art bien avant de devenir une icône du prog. Avant de s'imposer comme la fondation rythmique de Spock's Beard au début des années 90, Meros a passé des années à écumer les scènes du monde entier dans des registres bien différents. C'est notamment au sein du groupe d'Eric Burdon and The Animals qu'il a forgé son sens du groove et de l'assise rythmique, une expérience cruciale qui lui a permis de développer une endurance et une précision redoutables. Cette période, souvent méconnue des puristes du progressif, est pourtant la clé de voûte de son style : contrairement à de nombreux bassistes du genre qui privilégient la complexité mélodique au détriment du rythme, Meros n'oublie jamais sa fonction première de verrouiller la section rythmique, même lorsqu'il navigue dans les signatures rythmiques les plus alambiquées.
L'histoire s'accélère véritablement pour lui lorsqu'il croise la route des frères Neal et Alan Morse. En intégrant Spock's Beard, il ne se contente pas de tenir la basse ; il devient l'architecte sonore des fréquences graves d'un groupe qui allait redéfinir le rock progressif américain. Dès les premiers enregistrements, et particulièrement sur l'album séminal The Light, Meros impose une sonorité qui deviendra sa marque de fabrique. Son jeu au médiator, incisif et percutant, lui permet de traverser des mixages denses chargés de claviers et de guitares saturées. Il développe une capacité rare à jouer des contre-chants mélodiques qui dialoguent avec les lignes vocales, tout en maintenant une pression constante qui propulse le morceau vers l'avant. Sa contribution à des œuvres monumentales comme l'album concept Snow reste un modèle du genre, illustrant comment la basse peut servir la narration musicale sans jamais s'effacer.
Sur le plan purement technique et matériel, Dave Meros est un sujet d'étude fascinant pour tout lecteur de GraveBasse.com. Son identité sonore est indissociable de son instrument fétiche, une Rickenbacker 4001 largement modifiée, véritable laboratoire expérimental devenu légendaire. Insatisfait des limitations tonales inhérentes aux modèles de série, Meros a transformé sa basse en un hybride redoutable, souvent surnommé le « Franken-Rick ». En y intégrant quatre micros, dont des configurations inspirées de la Fender Jazz Bass, il a réussi à combiner le claquant métallique et agressif typique de la Rickenbacker avec la rondeur et la définition des basses Fender. Cette quête du son parfait témoigne d'une approche pragmatique de l'instrument : pour Meros, le matériel doit se plier aux exigences de la composition, et non l'inverse. Ce son, riche en harmoniques et doté d'une attaque franche, est devenu une référence absolue pour les amateurs de sonorités "piano-like" à la John Entwistle ou Geddy Lee.
Au-delà de la basse électrique, l'apport de Meros réside également dans sa maîtrise des pédaliers basses, héritage direct de l'ère Genesis ou Rush. En concert, il n'est pas rare de le voir gérer des lignes de basse complexes à la main tout en déclenchant des nappes de synthétiseurs ou des bourdons graves au pied, comblant l'espace sonore et donnant au groupe une dimension orchestrale. Cette polyvalence fait de lui un musicien complet, capable de penser l'arrangement global du morceau plutôt que de se cantonner à sa seule partition.
Aujourd'hui, à 70 ans, Dave Meros ne montre aucun signe de ralentissement. Son implication récente dans le projet Pattern-Seeking Animals prouve qu'il reste un créateur avide de nouvelles explorations musicales. Il continue d'inspirer une nouvelle génération de bassistes, leur enseignant que la virtuosité ne réside pas uniquement dans la vitesse d'exécution, mais dans la pertinence du choix des notes et la construction d'un son signature. En ce jour d'anniversaire, nous saluons non seulement le musicien exceptionnel, mais aussi l'homme humble et constant qui, depuis plus de quatre décennies, fait vibrer les fréquences graves avec une élégance et une puissance inaltérées.
Joyeux anniversaire, Monsieur Meros.
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