Stuart Hamm, l'Urge de créer (1960-)

Publié le 8 février 2026 à 09:17

En ce dimanche 8 février 2026, une figure tutélaire de notre instrument fête ses soixante-six ans. Il est difficile de quantifier l’impact sismique que Stuart "Stu" Hamm a eu sur le monde de la guitare basse. Pour beaucoup d'entre nous qui avons grandi musicalement dans les années 80 et 90, il n'était pas seulement un bassiste ; il était la preuve vivante que la basse pouvait s'affranchir de son rôle de simple soutien pour devenir une voix soliste à part entière, capable de rivaliser avec les guitares les plus pyrotechniques de l'époque. Aujourd'hui, nous rendons hommage à cet architecte du shred en quatre cordes, dont la carrière continue d'inspirer des générations de musiciens.

De la Nouvelle-Orléans à Berklee : La Genèse d’un Virtuose

Né à la Nouvelle-Orléans en 1960 dans une famille imprégnée de musique — son père était musicologue et sa mère chanteuse d'opéra —, le jeune Stuart a très tôt baigné dans un environnement où l'excellence académique côtoyait la passion artistique. C’est toutefois son passage au prestigieux Berklee College of Music de Boston qui allait sceller son destin. C'est dans les couloirs de cette institution qu'il a croisé la route de personnages qui allaient devenir des légendes de la guitare, notamment un certain Steve Vai. Cette connexion fondamentale a propulsé Hamm au cœur d'une révolution musicale naissante, où la virtuosité technique n'était pas une option, mais un prérequis absolu.

Le Sideman des Dieux de la Guitare

La carrière de Stu Hamm a véritablement explosé lorsqu'il est devenu le point d'ancrage rythmique et harmonique pour les titans de la guitare instrumentale, Joe Satriani et Steve Vai. À une époque où le guitar hero était roi, il fallait une personnalité hors norme pour ne pas disparaître dans l'ombre des amplis Marshall. Stu a relevé ce défi avec une aisance déconcertante. Sur des albums mythiques comme Flying in a Blue Dream de Satriani ou Passion and Warfare de Vai, il a apporté une sophistication rare au rock instrumental. Il ne se contentait pas de doubler les toniques ; il tissait des contrepoints complexes et utilisait le slap non pas uniquement comme un effet funk, mais comme un moteur percussif agressif adapté au rock dur. Les tournées G3, où il tenait la baraque derrière trois guitaristes en furie, ont fini d'asseoir sa réputation de "sideman de luxe" capable de tout jouer.

L'Émancipation : La Basse comme Instrument Solo

Cependant, réduire Stuart Hamm à son rôle d'accompagnateur serait une erreur majeure. C'est avec la sortie de son premier album solo, Radio Free Albemuth en 1988, qu'il a véritablement changé la donne. Cet album a démontré qu'un disque de basse instrumentale pouvait être musical, mélodique et narratif. Avec des morceaux devenus des standards comme "Flow My Tears" ou son arrangement époustouflant de la "Sonate au Clair de Lune" de Beethoven, il a introduit le grand public aux techniques de tapping polyphonique à deux mains. Stu Hamm traitait son manche comme un clavier de piano, jouant l'accompagnement main gauche et la mélodie main droite, une approche qui a ouvert des horizons inouïs pour les bassistes de l'époque habitués aux lignes de blues pentatoniques.

L'Innovateur Technique et Matériel

Son influence s'est également matérialisée dans l'évolution même de l'instrument. Les bassistes lui doivent beaucoup en termes de lutherie. Après avoir popularisé la basse Kubicki X Factor avec sa mécanique de drop-D intégrée si caractéristique, il a marqué l'histoire en devenant le tout premier bassiste à obtenir un modèle signature chez Fender : la fameuse Fender Urge. Ce modèle, avec son diapason parfois plus court et son électronique sophistiquée, était conçu pour faciliter le jeu soliste et les accords, répondant aux besoins spécifiques de son style acrobatique. Au fil des décennies, son quête du son l'a mené chez d'autres constructeurs comme Warwick, Washburn et plus récemment Kiesel, prouvant qu'il reste un chercheur de son insatiable, toujours en quête de l'outil parfait pour exprimer sa musicalité.

Un Pédagogue au Grand Cœur

Enfin, impossible de parler de Stu sans évoquer son rôle d'éducateur. À travers ses célèbres cassettes VHS pédagogiques chez Hot Licks, puis ses DVD et ses masterclasses au Musicians Institute, il a démystifié la virtuosité pour des milliers d'élèves. Contrairement à l'image parfois austère du technicien froid, Stu a toujours enseigné avec humour, humilité et une accessibilité désarmante. Il a appris aux bassistes que la technique n'est qu'un moyen au service de l'expression, et que l'on peut jouer la "Danse de Linus" des Peanuts avec autant de sérieux que du Bach.

En ce 66ème anniversaire, nous levons nos verres (et nos basses) à Stuart Hamm. Merci, Stu, d'avoir repoussé les murs, d'avoir osé le solo de basse devant des stades remplis de guitaristes, et de continuer à nous rappeler que quatre cordes suffisent pour raconter une histoire complète.

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