En ce 4 février 2026, nous célébrons une figure incontournable de la basse britannique : Steve Queralt. Le bassiste du groupe légendaire Ride fête aujourd'hui ses 58 ans. Souvent décrit comme la force tranquille derrière le mur du son des guitares d'Andy Bell et Mark Gardener, Queralt a su définir une approche de la basse à la fois mélodique et hypnotique qui a façonné le genre Shoegaze. Pour Gravebasse.com, revenons en détail sur le parcours, le style et l'équipement de ce musicien qui, plus de trois décennies après ses débuts, continue d'innover avec son récent travail solo.
Des origines inattendues : Du Reggae au bruit blanc
Né à Oxford en 1968, Steve Queralt n'a pas immédiatement emprunté la voie du rock indépendant bruyant qui ferait sa renommée. Son éducation musicale s'est construite loin des distorsions, bercée par les lignes de basse profondes et l'espace rythmique du Reggae et du Dub. C'est en écoutant ces genres qu'il a développé sa compréhension fondamentale de l'instrument : la basse ne sert pas uniquement à soutenir l'harmonie, elle doit ancrer le morceau et lui donner sa texture physique.
Cette influence est cruciale pour comprendre son rôle au sein de Ride. Lorsqu'il rejoint le groupe à la fin des années 80, après avoir fréquenté les mêmes cercles artistiques et scolaires que les autres membres à Oxford (il travaillait d'ailleurs chez le disquaire local Our Price), il apporte une sensibilité rythmique qui contraste avec les déferlantes de feedback des guitaristes. Là où beaucoup de bassistes de rock se contentent de suivre la tonique, Queralt tisse des lignes répétitives et hypnotiques, inspirées par le krautrock et le dub, qui permettent aux guitares de s'envoler sans que la structure ne s'effondre.
L'âge d'or du Shoegaze et la signature sonore
Durant les années de gloire de Ride, marquées par les albums cultes Nowhere (1990) et Going Blank Again (1992), le jeu de Steve Queralt devient l'épine dorsale du son "Creation Records". Sur des titres emblématiques comme Leave Them All Behind, sa basse n'est pas un simple accompagnement ; elle est le moteur vrombissant qui propulse le morceau. Son style se caractérise par une attaque franche au médiator, combinée à une utilisation intelligente des effets, chose encore rare pour les bassistes de l'époque.
Il a su créer un contrepoint mélodique nécessaire au chaos ambiant. Sur scène, alors que ses comparses fixaient leurs pédales d'effets (d'où le terme "Shoegaze"), Queralt maintenait une posture stoïque mais essentielle, assurant la liaison entre la batterie frenétique de Loz Colbert et les nappes éthérées des guitares. Cette alchimie a permis à Ride de transcender l'étiquette de simple groupe bruyant pour devenir une référence mélodique majeure des années 90.
L'Arsenal du Bassiste : Une fidélité au son
Pour les lecteurs de Gravebasse.com intéressés par le matériel, l'identité sonore de Steve Queralt est indissociable de quelques pièces maîtresses. Sa basse de prédilection sur scène a longtemps été la Music Man StingRay. Ce choix n'est pas anodin : le humbucker puissant et l'égalisation active de la StingRay lui permettaient de percer à travers le mix dense des deux guitares saturées. Ce son mordant et précis est devenu sa marque de fabrique en concert, souvent amplifié par des têtes Ampeg SVT classiques couplées à des armoires 8x10 pour remuer l'air physiquement.
Cependant, Queralt n'est pas un puriste fermé aux expérimentations. En studio, notamment lors du retour du groupe avec l'album Weather Diaries en 2017, il a surpris en utilisant une basse Steinberger sans tête. Séduit par la clarté et la définition presque chirurgicale de l'instrument, il l'a utilisée pour sculpter des fréquences basses très propres qui pouvaient ensuite être traitées avec des pédales d'overdrive comme la Boss ODB-3 ou des fuzz plus typés. Plus récemment, on l'a également aperçu avec des Fender Jaguar Bass et des Precision Bass, cherchant peut-être à retrouver un grain plus vintage et rond pour les nouvelles compositions.
Renaissance et exploration solo
Après la séparation de Ride en 1996, Steve Queralt s'est éloigné de la musique professionnelle pendant une longue période, un silence qui a pris fin avec la reformation triomphale du groupe en 2014. Loin de n'être qu'un retour nostalgique, cette seconde vie du groupe a été prolifique. Avec les albums This Is Not a Safe Place (2019) et le très récent Interplay sorti en 2024, Queralt a prouvé qu'il n'avait rien perdu de sa pertinence, adaptant son jeu à des sonorités plus électroniques et synthétiques.
Mais l'actualité la plus marquante pour nous, bassistes, est son émancipation récente en tant qu'artiste solo. En 2025, il a livré son album personnel intitulé Swallow. Ce projet instrumental révèle toute l'étendue de ses influences, mêlant textures ambient, électronique minimaliste et bien sûr, des lignes de basse enveloppantes. C'est l'œuvre d'un musicien qui a passé sa vie à servir le collectif et qui explore désormais ses propres paysages sonores intérieurs.
En ce 58ème anniversaire, Steve Queralt demeure une figure inspirante pour tout bassiste. Il nous rappelle que la basse peut être à la fois le ciment d'un groupe de rock et un instrument de texture capable de porter l'émotion pure. Joyeux anniversaire, Mr. Queralt.
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