Tim Lefebvre, le polymorphe (1968-)

Publié le 4 février 2026 à 17:24

Aujourd'hui, 4 février, nous célébrons l'anniversaire d'un géant de la basse contemporaine. Tim Lefebvre souffle ses bougies et, pour nous bassistes, c'est l'occasion idéale de revenir sur le parcours de celui qui a su redéfinir le rôle de notre instrument au XXIe siècle. Loin d'être un simple accompagnateur, Lefebvre est un créateur de textures, un improvisateur hors pair et le trait d'union improbable entre le jazz fusion new-yorkais, le blues-rock sudiste et l'expérimentation électronique. De ses jam sessions au 55 Bar jusqu'aux dernières notes enregistrées par David Bowie, voici le portrait d'un musicien qui a fait du "son" sa signature.

Des racines à la scène new-yorkaise

Né le 4 février 1968 à Foxborough dans le Massachusetts, Tim Lefebvre a construit sa réputation dans le creuset exigeant de la scène new-yorkaise. Avant de remplir les stades, c'est dans les clubs intimistes qu'il a forgé son style unique, notamment aux côtés du guitariste Wayne Krantz. Cette période a été fondamentale pour lui : c'est là qu'il a appris à ne pas simplement jouer des lignes de basse, mais à réagir instantanément à l'environnement musical, développant un vocabulaire d'improvisation qui deviendra sa marque de fabrique. Ces années de "laboratoire" lui ont permis de devenir un caméléon capable de remplacer au pied levé le bassiste du Saturday Night Live ou de poser ses fréquences graves sur des bandes originales de films majeurs comme Ocean's Twelve ou Les Infiltrés.

L'apogée artistique : L'expérience Blackstar

Il est impossible d'évoquer Lefebvre sans parler de ce qui restera sans doute la ligne la plus marquante de son CV : sa participation à l'album testament de David Bowie, Blackstar. Recruté au sein du quartet de jazz de Donny McCaslin pour accompagner la légende britannique, Lefebvre a apporté une lourdeur et une modernité qui ancrent l'album dans un rock sombre et avant-gardiste. Son approche sur ce disque est une leçon de goût. Il n'a pas cherché à démontrer sa virtuosité technique, mais a privilégié des lignes hypnotiques, souvent jouées au médiator avec une Precision Bass, créant une assise solide pour les envolées vocales de Bowie. L'histoire raconte que Bowie lui-même était fasciné par la capacité de Tim à faire sonner sa basse comme un synthétiseur, brouillant les pistes entre l'humain et la machine.

Le virage Roots : Tedeschi Trucks Band

Après l'intensité de l'expérience Bowie, Lefebvre a surpris une partie de la communauté basse en rejoignant le Tedeschi Trucks Band (TTB) en 2013. Passer de l'expérimentation new-yorkaise à une formation de blues-rock à onze musiciens était un pari risqué, mais il l'a relevé avec brio. Au sein du TTB, il a dû adapter son jeu à la présence massive de deux batteurs. Plutôt que de surcharger l'espace, il a épuré son discours, apprenant à jouer "au fond du temps" pour laisser respirer le groove massif du groupe. Son passage dans le groupe, immortalisé sur des albums comme Let Me Get By, a prouvé qu'il pouvait respecter la tradition du blues tout en y injectant subtilement ses influences plus modernes, utilisant parfois ses pédales d'octave pour donner une épaisseur inattendue à des jams sudistes.

La quête du son : Un style inimitable

Ce qui distingue Tim Lefebvre de ses contemporains, c'est avant tout son obsession pour la texture sonore. Pour les lecteurs de Gravebasse, il est l'exemple parfait du bassiste qui utilise son pedalboard comme un instrument à part entière. Il est célèbre pour son utilisation magistrale de l'octaveur (notamment la Boss OC-2 ou la 3Leaf Audio Octabvre) couplée à une technique de main droite très spécifique : il joue souvent au médiator tout en étouffant les cordes avec la paume (palm mute) près du chevalet. Cette combinaison, souvent réalisée sur des basses passives montées avec de vieilles cordes à filet plat, produit un son percussif, court et synthétique qui imite les basses électroniques des années 80 ou les subs de la drum'n'bass.

Son matériel reflète cette philosophie "old school mais futuriste". S'il est souvent vu avec des Fender Precision vintage ou des instruments de la marque Moollon, il n'hésite pas à traiter son signal avec des préamplis modernes et des saturations pour salir le son. Récemment, son travail de producteur et ses projets collaboratifs comme "Whose Hat Is This?" ou ses sessions avec Mark Guiliana continuent d'explorer ces territoires où le jazz rencontre l'électro.

En ce jour d'anniversaire, Tim Lefebvre reste une figure incontournable pour nous tous. Il nous rappelle que la basse n'est pas seulement un instrument de soutien, mais une source inépuisable de couleurs et d'ambiances. Joyeux anniversaire, Maestro.

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