Eric Haydock, le pionnier de la Fender Bass VI (1943-2019)

Publié le 3 février 2026 à 05:40

En ce 3 février, le monde de la basse se doit de célébrer la naissance de l'une des figures les plus méconnues et pourtant essentielles de la "British Invasion". Eric Haydock, né en 1943 à Stockport, n'était pas seulement le bassiste originel des Hollies ; il était un véritable explorateur sonore qui a contribué à définir l'identité rythmique de la pop anglaise du début des années 60. Alors que ses contemporains comme Paul McCartney ou Bill Wyman optaient souvent pour des approches plus conventionnelles à l'époque, Haydock a marqué l'histoire par un choix d'instrument audacieux et une technique qui mérite, aujourd'hui encore, une analyse approfondie pour tout amateur de fréquences graves.

L'histoire d'Eric Haydock est indissociable de l'ascension fulgurante des Hollies, groupe qu'il a cofondé et dont il a même suggéré le nom, inspiré par son admiration pour Buddy Holly. Avant même que le groupe ne devienne une machine à tubes, Haydock s'était déjà forgé une réputation solide sur la scène de Manchester. C’est lui qui, au début des années 60, officiait au sein des Deltas, une formation skiffle et rock qui allait servir de chrysalide aux futurs Hollies. Sa rencontre avec Allan Clarke et Graham Nash a scellé le destin d'un des groupes les plus vocaux de la décennie, mais c'est bien la section rythmique, formée par Haydock et le batteur Bobby Elliott, qui allait fournir la propulsion nécessaire à ces harmonies cristallines.

Pour les lecteurs de Gravebasse, l'aspect le plus fascinant de la carrière de Haydock réside sans doute dans son choix d'équipement, une décision qui a radicalement sculpté le son des premiers disques des Hollies. Contrairement à la majorité des bassistes de l'époque qui se tournaient vers la Fender Precision ou la Höfner 500/1, Eric Haydock a jeté son dévolu sur la Fender Bass VI. Cet instrument hybride, à mi-chemin entre la guitare baryton et la basse électrique traditionnelle, possède six cordes accordées une octave plus bas qu'une guitare standard. Ce choix n'était pas anodin car il permettait à Haydock de développer un jeu unique, souvent joué au médiator, caractérisé par une attaque franche et une clarté mélodique que les basses à diapason long peinaient parfois à offrir dans les mixages mono de l'époque.

L'utilisation de la Fender Bass VI a permis à Haydock de s'inscrire dans une approche souvent qualifiée de "Tic-Tac bass", une technique empruntée à la country américaine où la basse double la ligne mélodique ou joue des motifs percussifs et étouffés. Sur des morceaux emblématiques comme "Just One Look" ou "I'm Alive", on peut entendre cette sonorité distinctive : mordante, précise et capable de traverser le mur de guitares sans jamais alourdir l'ensemble. Haydock ne se contentait pas de soutenir la fondation harmonique ; il dialoguait avec la guitare de Tony Hicks, créant un tissage instrumental dense qui est devenu la marque de fabrique du son "Merseybeat" au sens large. Sa maîtrise du médiator lui conférait une précision rythmique redoutable, essentielle pour maintenir la cadence effrénée des tubes pop de 1963 à 1966.

Malheureusement, la carrière de Haydock au sein des Hollies fut aussi brillante que brève, s'étalant sur une période charnière de quatre ans. Son départ en 1966 reste un épisode controversé de l'histoire du rock britannique, illustrant les tensions fréquentes entre les musiciens créatifs et les gestionnaires de l'industrie musicale. Haydock fut l'un des premiers à questionner ouvertement la gestion financière du groupe et les frais prélevés par le management, une lucidité qui lui a coûté sa place au sein de la formation alors même que le groupe atteignait son apogée commercial. Remplacé par Bernie Calvert, Haydock a laissé derrière lui un vide stylistique certain, même si le groupe a continué à enchaîner les succès.

Après son éviction, Eric Haydock a tenté de rebondir avec sa propre formation, "Haydock's Rockhouse", explorant des sonorités plus rhythm and blues, mais sans retrouver le succès massif des Hollies. Il s'est progressivement retiré de la lumière, bien que son influence ait continué de résonner chez les bassistes amateurs de sonorités vintage et d'instruments atypiques. Il a fallu attendre 2010 pour que la justice musicale soit rendue, lorsque Eric Haydock a été intronisé au Rock and Roll Hall of Fame aux côtés des autres membres originaux des Hollies, reconnaissant enfin sa contribution inestimable à l'architecture du rock anglais.

Eric Haydock nous a quittés le 5 janvier 2019, mais chaque année, la date de son anniversaire est l'occasion de redécouvrir son œuvre. Pour les bassistes modernes, réécouter les premiers albums des Hollies est une leçon d'efficacité. On y apprend comment une basse à diapason court, souvent considérée à tort comme un "jouet" ou une curiosité, peut devenir une arme redoutable entre les mains d'un musicien qui comprend l'importance de l'attaque et du placement rythmique. En ce jour anniversaire, nous saluons la mémoire d'un musicien intègre et d'un pionnier technique qui a prouvé que le rôle du bassiste pouvait être tout sauf effacé.

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