En ce 29 janvier, le monde du metal progressif célèbre l'anniversaire de l'une de ses figures les plus constantes et respectées : Eddie Jackson. Bassiste fondateur et inamovible de Queensrÿche, celui que l'on surnomme affectueusement « EdBass » ou « One Take » a défini, depuis plus de quatre décennies, les standards de la basse dans un genre musical exigeant. Loin des démonstrations techniques gratuites, Jackson a su imposer un style où la mélodie et le groove servent une architecture sonore complexe, faisant de lui un sujet d'étude incontournable pour tout bassiste passionné par l'alliance entre puissance et finesse.
Né à Robstown au Texas avant de s'installer dans l'État de Washington, Eddie Jackson a commencé son parcours musical par la guitare acoustique avant de se tourner vers la basse, influencé par des légendes comme John Entwistle et Geddy Lee. Cette transition a marqué le début d'une aventure qui allait transformer le paysage du heavy metal américain. Sa rencontre avec le batteur Scott Rockenfield au début des années 80 a été déterminante. Ensemble, ils ont forgé une section rythmique d'une cohésion rare, capable de naviguer entre les mesures asymétriques du progressif et l'impact direct du heavy metal traditionnel. C'est cette alchimie qui a servi de fondation solide à l'ascension fulgurante de Queensrÿche, depuis leur premier EP éponyme jusqu'au succès planétaire de l'album Empire.
Ce qui distingue immédiatement Eddie Jackson à l'écoute, c'est son approche singulière de l'instrument. Jouant principalement au médiator, il parvient à extraire de sa basse une sonorité percutante et brillante qui traverse le mix avec autorité, sans jamais écraser les autres fréquences. Son jeu se caractérise par une utilisation intelligente des contre-mélodies. Plutôt que de simplement doubler les riffs de guitare, Jackson tisse des lignes de basse qui dialoguent avec les mélodies vocales et les harmonies des guitaristes. Il suffit de réécouter des titres emblématiques comme Jet City Woman ou l'introduction atmosphérique de I Don't Believe in Love pour comprendre comment sa basse ne se contente pas de soutenir le morceau, mais le propulse littéralement.
La réputation de Jackson dans le milieu professionnel est également cimentée par son surnom, « One Take ». Ce sobriquet n'est pas usurpé et témoigne d'une précision rythmique et d'une préparation hors normes lors des sessions d'enregistrement. Cette rigueur a permis au groupe de construire des albums conceptuels d'une densité incroyable, comme le chef-d'œuvre Operation: Mindcrime, où la basse joue un rôle narratif à part entière, soulignant la tension dramatique de l'histoire. Sa capacité à verrouiller le groove tout en proposant des nuances subtiles a fait de lui l'un des bassistes les plus fiables de sa génération, inspirant nombre de musiciens à rechercher la note juste plutôt que la vitesse pure.
Au-delà de ses compétences instrumentales, Eddie Jackson est également un pilier vocal du groupe. Ses chœurs, souvent sous-estimés par le grand public mais bien connus des fans, sont essentiels à l'identité sonore de Queensrÿche. Sa voix de baryton vient renforcer les harmonies vocales complexes qui sont la marque de fabrique du quintette, prouvant qu'un bassiste complet est un atout inestimable pour l'arrangement global d'un groupe. Même après les turbulences qu'a pu traverser la formation, notamment les changements de chanteurs, Jackson est resté le gardien du temple, assurant la continuité et l'intégrité musicale du projet.
Sur le plan du matériel, Eddie Jackson a longtemps été associé aux basses Spector, dont la forme ergonomique et l'électronique active correspondaient parfaitement à son besoin de clarté et de punch. Au fil des années, il a également collaboré avec des luthiers comme Mike Lull, cherchant toujours à affiner ce son « growl » caractéristique qui fait vibrer les estomacs tout en charmant les oreilles. Son équipement a évolué, mais sa philosophie reste la même : servir la chanson avec un son massif et défini.
Aujourd'hui, alors qu'il souffle une bougie supplémentaire, Eddie Jackson continue d'arpenter les scènes du monde entier avec la même énergie et la même précision chirurgicale. Pour les lecteurs de ce blog et la communauté des bassistes, il demeure un modèle de longévité et de pertinence artistique. Il nous rappelle que la basse est l'âme d'un groupe de rock, le lien vital entre le rythme et l'harmonie. Joyeux anniversaire, Mr. Jackson, et merci pour ces lignes de basse qui continuent de résonner comme des classiques intemporels.
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