Billy « Bass » Nelson, un géant de la Funk a posé définitivement sa basse (1951-2026)

Publié le 27 janvier 2026 à 22:20

Le monde de la basse est en deuil. William « Billy Bass » Nelson, le pilier rythmique originel de Funkadelic et membre intronisé du Rock and Roll Hall of Fame, s’est éteint ce 26 janvier 2026, à l'aube de ses 75 ans. Si le nom de George Clinton est souvent le premier cité lorsque l’on évoque la mythologie P-Funk, les véritables fondations de cet édifice musical reposaient sur les épaules, ou plutôt sur les doigts, de musiciens de l'ombre devenus légendes. Billy Nelson était de ceux-là. Il n'était pas seulement un bassiste ; il était le ciment qui a permis la fusion improbable entre le Doo-wop, le R&B de la Motown et l'acid rock de la fin des années soixante.

Né à Plainfield dans le New Jersey le 28 janvier 1951, Billy Nelson plonge très tôt dans l'effervescence musicale de la côte Est. C'est dans cette même ville qu'il croise la route de George Clinton, alors coiffeur et leader d'un groupe vocal nommé The Parliaments. Encore adolescent, Nelson rejoint l'orbite de Clinton, d'abord comme homme à tout faire avant de s'imposer comme musicien. C'est lui qui, avec une intuition géniale, suggère à Clinton d'embaucher son ami Eddie Hazel, un guitariste prodige vivant alors à Newark. Sans le savoir, Billy Nelson venait de former le noyau dur de ce qui deviendrait Funkadelic. Lorsque des problèmes contractuels empêchent The Parliaments d'utiliser leur nom, c'est Nelson qui propose le nom « Funkadelic » pour désigner le groupe d'accompagnement, marquant ainsi la naissance officielle d'une entité qui allait changer la face de la musique noire américaine.

Le style de Billy Bass Nelson se distingue immédiatement par son approche hybride. Contrairement aux bassistes de studio de l'époque qui privilégiaient la discrétion et le soutien harmonique strict, Nelson jouait fort, avec une attaque franche et une volonté de dialoguer avec la guitare d'Eddie Hazel. Sur les premiers albums fondateurs comme Funkadelic (1970), Free Your Mind... and Your Ass Will Follow (1970) et le chef-d'œuvre Maggot Brain (1971), ses lignes de basse ne se contentent pas de marquer le temps. Elles grondent, saturent et serpentent, créant une texture sonore épaisse et menaçante qui devient la signature du « P-Funk » à ses débuts. Il suffit d'écouter l'introduction de I Bet You ou le groove hypnotique de Super Stupid pour comprendre comment Nelson a libéré la basse de son rôle purement fonctionnel pour en faire un instrument de premier plan, capable de rivaliser avec les distorsions électriques.

Cependant, l'histoire de Billy Nelson ne s'arrête pas à la période psychédélique de Funkadelic. Après avoir quitté le navire mère au début des années 1970 en raison de différends financiers — une constante dans l'histoire chaotique du collectif — il entame une carrière de musicien de session prolifique, notamment pour la Motown. C’est une facette souvent méconnue de son talent : sa capacité à épurer son jeu pour servir la chanson pop parfaite. On retrouve ainsi sa patte sur des enregistrements des Temptations, des Commodores ou encore de Jermaine Jackson. Il prouve alors qu'il est capable de passer du chaos organisé de Funkadelic à la précision chirurgicale requise par les producteurs de hits, sans jamais perdre ce « pocket » inimitable qui fait bouger les têtes.

Les années 1990 marquent son retour en grâce auprès des puristes avec l'album Out of the Dark (1994) publié sous le nom de O.G. Funk, où il rappelle à tous qui est le véritable patron du funk lourd. Intronisé au Rock and Roll Hall of Fame en 1997 aux côtés de quinze autres membres du collectif Parliament-Funkadelic, il reçoit enfin la reconnaissance institutionnelle que son influence méritait. Jusqu'à ses dernières années, Billy a continué de porter le flambeau, tournant avec divers projets dérivés et rappelant inlassablement l'importance du groove organique face à la montée des machines.

Billy « Bass » Nelson laisse derrière lui un héritage colossal. Il a ouvert la voie à des générations de bassistes, de Flea à Thundercat, en prouvant que la basse pouvait être aussi psychédélique qu'une guitare solo et aussi viscérale qu'une batterie. En ce jour de deuil pour la communauté des graves, GraveBasse.com invite ses lecteurs à rebrancher leurs amplis, à monter le gain et à jouer un riff en l'honneur de celui qui a, littéralement, libéré nos esprits.

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