Francis Darizcuren, Joyeux anniversaire au Parrain de la basse française (1938-)

Publié le 27 janvier 2026 à 08:07

En ce 27 janvier, l'équipe de Gravebasse.com souhaite rendre un vibrant hommage à une véritable légende vivante de notre instrument. Francis Darizcuren, figure tutélaire pour des générations de musiciens dans l'Hexagone, célèbre aujourd'hui son quatre-vingt-huitième anniversaire. Plus qu'un simple instrumentiste, il incarne à lui seul une page monumentale de l'histoire de la musique populaire et du studio en France. Retour sur le parcours exceptionnel de ce musicien tout-terrain qui a su faire groover la chanson française comme personne.

L'histoire commence au Pays basque, à Bayonne, où Francis voit le jour en 1938. Baigné dès le berceau dans un environnement artistique, entre une mère peintre et un père professeur de musique, il ne tarde pas à révéler des dispositions exceptionnelles. Si nous le vénérons aujourd'hui pour ses lignes de basse, c'est pourtant le violon qui fut son premier amour. Dès l'âge de quatre ans, l'instrument sous le menton, il entame un parcours classique rigoureux qui le mènera jusqu'à un Prix d'Excellence au Conservatoire en 1955.

Cette formation classique, d'une exigence absolue, forgera son oreille et sa technique, des atouts qui feront plus tard sa force dans les studios parisiens. Mais l'appel des musiques actuelles se fait sentir et le jeune Francis, curieux et polyvalent, s'initie à la guitare puis à la basse électrique. Après avoir fait ses premières armes et succédé à un certain Michel Portal au Casino de Biarritz, il prend la décision qui changera sa vie : monter à Paris en 1962, en pleine effervescence du rock'n'roll et du yéyé.

L'homme de l'ombre aux milliers de succès

Une fois dans la capitale, Francis Darizcuren s'impose rapidement comme un musicien de studio incontournable. Sa capacité à lire la musique à vue, héritée de sa formation classique, couplée à un sens inné du groove, en fait le "first call" des arrangeurs de l'époque. Il devient l'architecte rythmique de tubes qui résonnent encore aujourd'hui dans toutes les mémoires. C'est sa basse que l'on entend pulser sur l'hymne disco "Alexandrie Alexandra" de Claude François, ou qui soutient la mélancolie chaloupée du "Sud" de Nino Ferrer.

Sa discographie donne le vertige et traverse tous les styles. Il a accompagné les plus grands noms de la chanson française, de Serge Gainsbourg, pour qui il a joué sur "Harley Davidson", à Michel Delpech sur le psychédélique "Wight is Wight". Sa versatilité lui a même permis de côtoyer des stars internationales comme Chuck Berry ou Ray Charles lors de leurs passages en France. Francis Darizcuren n'était pas seulement un exécutant ; il apportait une rondeur, une précision et une inventivité mélodique qui transformaient une simple grille d'accords en un tube radiophonique.

Le musicien à deux visages

Ce qui rend le parcours de Francis Darizcuren unique dans les annales de la musique, c'est sa capacité à mener de front deux carrières au plus haut niveau. Alors qu'il enregistrait des lignes de basse funky pour la variété la journée, il n'a jamais abandonné son premier instrument. En 1970, il réussit le tour de force d'intégrer le prestigieux Orchestre Symphonique de la Garde Républicaine en tant que violoniste.

Pendant plus de vingt-cinq ans, il a ainsi navigué entre l'uniforme de la Garde pour les cérémonies officielles et les sessions d'enregistrement les plus "groovy" de la place de Paris. Cette dualité est rarissime et témoigne d'une maîtrise musicale totale, capable de passer de la rigueur d'une symphonie à la liberté d'une improvisation jazz ou rock en un claquement de doigts. Parallèlement, il a également prêté son talent au cinéma, enregistrant les bandes originales de plus de quatre cents films sous la direction de réalisateurs comme Claude Lelouch ou Jean-Jacques Annaud.

La transmission comme mission

Pour beaucoup de lecteurs de Gravebasse.com, le nom de Darizcuren est d'abord synonyme d'apprentissage. Conscient de l'importance de la transmission, il a consacré une grande partie de sa vie à la pédagogie. À une époque où les ressources pour apprendre la basse électrique étaient rares en France, il a publié de nombreuses méthodes qui ont servi de bible à des milliers de débutants.

Ses ouvrages, couvrant aussi bien la basse que la guitare ou le violon, ont démocratisé l'accès à la théorie musicale et à la technique instrumentale. Il a su décomposer le slap, le jeu aux doigts et l'improvisation avec une clarté qui a permis à nombre d'entre nous de faire nos premières gammes. Aujourd'hui encore, son influence se perpétue à travers ces ouvrages et les masterclass qu'il a pu donner, formant la relève et partageant son expérience inestimable du métier.

En ce jour anniversaire, nous souhaitions saluer non seulement le virtuose, mais aussi le passeur de savoir. Francis Darizcuren reste la preuve vivante que la basse est un instrument noble, capable de toutes les prouesses entre des mains expertes.

Bon anniversaire, Monsieur Francis !

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