Ce 27 janvier, toute la rédaction de Gravebasse souhaite un très joyeux anniversaire à celle qui incarne le renouveau de la basse jazz-fusion européenne : Kinga Głyk. Du haut de ses 29 ans, la musicienne polonaise a su s'imposer bien au-delà des frontières de sa Silésie natale pour devenir une figure incontournable de la scène internationale. Loin d'être un simple phénomène des réseaux sociaux, elle a construit une discographie solide et une identité sonore unique où la virtuosité s'efface toujours au profit de l'émotion et du groove. Retour sur le parcours fulgurant d'une artiste qui fait chanter la quatre cordes comme personne.
Des Racines Familiales au Trio Głyk P.I.K
L'histoire de Kinga Głyk est indissociable de son héritage familial. Née à Rydułtowy en Pologne dans une famille de musiciens, elle baigne dès le berceau dans le rythme. Son père, Irek Głyk, est un vibraphoniste et batteur reconnu qui décèle très tôt le potentiel de sa fille. Si beaucoup d'enfants se tournent vers le piano ou la guitare, Kinga, elle, est irrésistiblement attirée par les fréquences graves. Elle s'empare de la basse électrique dès l'âge de 11 ans, un instrument souvent jugé trop imposant pour une enfant, mais qui devient immédiatement son moyen d'expression privilégié.
À peine un an plus tard, alors qu'elle n'a que 12 ans, elle monte sur scène. Elle ne le fait pas seule, mais au sein du Głyk P.I.K Trio, une formation familiale où elle joue aux côtés de son père et de son frère Patryk à la batterie. Cette école de la scène est formatrice : elle y apprend l'écoute, la cohésion de groupe et la rigueur du live bien avant de connaître les studios d'enregistrement. C'est cette fondation solide qui lui permettra, plus tard, de naviguer avec aisance entre les genres et les collaborations.
Le Virage Viral et la Confirmation Artistique
Si le public polonais la découvre avec son premier album Rejestracja en 2015, c'est une vidéo postée en 2016 qui va changer son destin. Sa reprise de Tears in Heaven d'Eric Clapton, arrangée pour basse solo, devient virale. Assise en tailleur, avec une simplicité déconcertante et un toucher d'une délicatesse rare, elle séduit des millions d'internautes, dont des légendes de l'instrument. Contrairement à beaucoup de buzz éphémères, cette vidéo ne fut que la porte d'entrée vers un univers musical bien plus riche.
Loin de se reposer sur ce succès numérique, Kinga transforme l'essai avec l'album Dream en 2017, distribué par une major, ce qui est un exploit pour une bassiste de jazz instrumentale. Elle y démontre que la basse peut être un instrument leader capable de porter des mélodies complexes sans jamais perdre le groove. Son jeu, influencé par des géants comme Jaco Pastorius ou Marcus Miller, se distingue par une utilisation mélodique du registre aigu et une attaque au pouce très percussive, tout en conservant une rondeur "old school" très appréciable.
De "Feelings" à "Real Life" : La Maturité Sonore
L'année 2019 marque une étape supplémentaire avec la sortie de Feelings. Sur cet opus, Kinga Głyk s'éloigne du jazz traditionnel pour explorer des textures plus synthétiques, flirtant avec le funk, le R&B et la pop instrumentale. Elle y affirme sa philosophie : la basse est sa voix. Comme elle aime à le dire, n'étant pas une grande chanteuse, c'est par ses quatre cordes qu'elle raconte ses histoires. Le morceau Joy Joy devient un hymne de bonne humeur et prouve sa capacité à composer des tubes instrumentaux accrocheurs.
Plus récemment, son album Real Life, sorti en 2024, a fini d'asseoir sa crédibilité auprès des puristes et des modernistes. Produit par Michael League, le cerveau derrière Snarky Puppy, cet album est un manifeste de maturité. Enregistré avec des pointures comme Casey Benjamin ou Robert "Sput" Searight, l'opus délaisse la démonstration technique pure pour se concentrer sur la composition et le son. On y entend une Kinga plus posée, qui laisse respirer les notes, privilégiant le placement rythmique et l'interaction avec le groupe. C'est l'album d'une musicienne qui n'a plus rien à prouver techniquement et qui se met au service absolu de la musique.
Un Style et un Matériel au Service de l'Expression
Côté matériel, Kinga reste fidèle à une certaine tradition tout en cherchant son propre son. On l'associe souvent à sa Fender Jazz Bass, dont elle tire ce son pincé caractéristique, riche en médiums, qui perce le mix sans agressivité. Elle utilise également des instruments plus typés vintage, comme sa basse Greco, cherchant toujours cette chaleur analogique qui contraste avec les productions modernes parfois trop cliniques. Son style vestimentaire coloré et sa présence scénique souriante contribuent aussi à dépoussiérer l'image du jazzman austère, rendant la basse instrumentale accessible à un public jeune et diversifié.
En ce jour d'anniversaire, nous célébrons non seulement une virtuose, mais une artiste qui a su rappeler au monde que la basse est le cœur battant de la musique. Kinga Głyk continue d'inspirer une nouvelle génération de bassistes, prouvant qu'avec du travail, de la passion et un sens inné du groove, les fréquences graves peuvent toucher les sommets.
Joyeux Anniversaire, Kinga !
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