Aujourd'hui, on célèbre la mémoire d'une figure incontournable, bien que parfois injustement méconnue du grand public, de la "British Invasion" et du rock psychédélique. Kim Gardner, bassiste au flegme tout britannique et au jeu redoutablement efficace, aurait soufflé ses bougies aujourd'hui. Pour nous, amoureux des fréquences basses, c'est l'occasion idéale de retracer le parcours de cet artiste qui a traversé les époques, du R&B londonien des années 60 jusqu'aux soirées légendaires de Hollywood, tout en gardant une main ferme sur le manche de sa basse.
Des débuts explosifs avec The Birds
L'histoire musicale de Kim Gardner commence véritablement au cœur de l'effervescence londonienne du début des années 60. Il se fait d'abord remarquer au sein des Thunderbirds, mais c'est avec The Birds (à ne pas confondre avec les Byrds américains) qu'il impose sa première marque indélébile. Dans ce groupe, il forme une section rythmique soudée aux côtés d'un certain Ronnie Wood, futur guitariste des Rolling Stones. À cette époque, le son est brut, énergique, puisant ses racines dans le Rhythm and Blues américain pour le restituer avec la fougue de la jeunesse anglaise. Le jeu de Gardner y est déjà caractéristique : une assise solide, propulsive, qui permet aux guitares de s'envoler tout en maintenant une tension constante nécessaire à ce style de musique urgent et dansant.
L'expérimentation psychédélique avec The Creation
Après la dissolution de The Birds, Gardner rejoint The Creation, une formation qui reste encore aujourd'hui une référence absolue pour les amateurs de rock garage et de psychédélisme. C'est une période charnière où la basse ne se contente plus de suivre la grosse caisse mais commence à explorer des textures plus mélodiques et agressives. Au sein de The Creation, Gardner ancre des morceaux devenus cultes comme "Making Time" ou "Painter Man". Son approche de l'instrument s'adapte parfaitement aux excentricités du guitariste Eddie Phillips, célèbre pour jouer de sa guitare avec un archet de violon. Gardner assure le lien entre ces expérimentations sonores et le groove nécessaire pour faire bouger les foules, prouvant qu'un bassiste peut être le pilier d'un groupe d'Art Rock sans jamais perdre le sens du rythme.
Le succès international : Ashton, Gardner and Dyke
C'est à la fin des années 60 que Kim Gardner connaît sans doute son succès commercial le plus retentissant en formant le trio Ashton, Gardner and Dyke avec le claviériste Tony Ashton et le batteur Roy Dyke. Le groupe s'éloigne du psychédélisme pour embrasser un son plus riche, mélangeant rock, jazz et soul, souvent soutenu par des sections de cuivres. Leur tube planétaire, "Resurrection Shuffle" sorti en 1971, est un cas d'école pour tout bassiste. Sur ce morceau, Gardner déploie une ligne de basse bondissante, pleine de rondeur et de swing, qui porte littéralement la chanson. C'est l'exemple parfait du "pocket playing" : ne pas en faire trop, mais placer chaque note exactement là où elle doit être pour faire groover l'ensemble. Cette période le voit également collaborer avec des géants comme Eric Clapton ou George Harrison, notamment sur la bande originale du film Wonderwall, confirmant son statut de musicien respecté par ses pairs.
De la scène au comptoir : L'aventure américaine
Après une incursion dans le rock progressif avec le groupe Badger (fondé par Tony Kaye de Yes), la carrière de Kim Gardner prend un tournant géographique et entrepreneurial inattendu. Il traverse l'Atlantique pour s'installer à Los Angeles, mais ne range pas sa basse pour autant. Il devient une figure centrale de la communauté des expatriés britanniques à Hollywood en ouvrant le célèbre pub "The Cat and Fiddle" sur Sunset Boulevard. Si cette reconversion peut sembler éloignée de la musique, le lieu devient rapidement le point de ralliement officieux de l'aristocratie du rock. On pouvait y croiser des membres des Who, de Led Zeppelin ou des Stones. Gardner y jouait régulièrement, organisant des jam sessions mémorables où la basse restait le cœur battant de la soirée.
L'héritage d'un "Graveiste"
Kim Gardner nous a quittés en 2001, mais son influence perdure. Pour nous, bassistes, il incarne une certaine élégance du jeu. Il n'était pas le démonstrateur technique cherchant la vitesse à tout prix, mais un architecte du son. Il savait qu'une bonne ligne de basse est celle qu'on chantonne sans s'en rendre compte, celle qui fait taper du pied. Son utilisation prédominante de la Fender Precision Bass, souvent montée avec des cordes à filet plat (flatwounds) typiques de l'époque, lui conférait ce son chaud, mat et percutant qui reste une référence sonore aujourd'hui.
En ce jour d'anniversaire, réécouter "Resurrection Shuffle" ou les premiers enregistrements de The Birds est le meilleur moyen de comprendre l'importance de ce musicien. Kim Gardner était plus qu'un bassiste ; il était un témoin et un acteur clé de l'âge d'or du rock britannique, un homme qui a su, avec quatre cordes et beaucoup de classe, faire vibrer le monde entier.
Bon anniversaire, Kim, et merci pour le groove.
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