En ce 27 janvier, le monde de la musique, et plus particulièrement celui des fréquences basses, célèbre l'anniversaire de la naissance d'un homme dont le nom évoque instantanément l'espionnage international, mais dont l'arme de prédilection était une contrebasse massive et un sens du groove inébranlable. James Edward Bond Jr., connu affectueusement sous le nom de Jimmy Bond, aurait fêté son anniversaire aujourd'hui. Loin des smokings et des Martinis, c'est dans l'ombre des clubs de jazz enfumés et sous les néons des studios d'enregistrement de Los Angeles que ce musicien prolifique a bâti sa légende. Pour GraveBasse, revenons sur le parcours de ce pilier de la "walking bass" qui a su traverser les époques et les genres avec une élégance rare.
De Philadelphie à la Juilliard School
L'histoire commence à Philadelphie en 1933, où le jeune Jimmy fait ses premières armes. Contrairement à beaucoup de musiciens autodidactes de son époque, Bond choisit très tôt la voie de l'excellence académique combinée à la pratique terrain. Tout en étudiant l'orchestration, la composition et le maniement de la contrebasse (et du tuba) à la prestigieuse Juilliard School de New York au début des années 1950, il fréquente assidûment la scène jazz locale. C'est durant ces années formatrices qu'il forge son style au contact de géants absolus comme Charlie Parker, Thelonious Monk ou Gene Ammons. Cette dualité entre une technique classique irréprochable et l'instinct brut du be-bop deviendra sa signature sonore : une justesse impeccable alliée à un swing dévastateur.
L'Ascension Jazz et la Conquête de l'Ouest
À sa sortie de Juilliard en 1955, sa carrière décolle littéralement. Il intègre rapidement le groupe de Chet Baker, apportant une assise rythmique solide au jazz "cool" et mélodique du trompettiste. Sa réputation de fiabilité lui ouvre les portes des plus grandes formations. Il accompagne la "First Lady of Song", Ella Fitzgerald, parcourt les routes avec le pianiste George Shearing, et croise le fer avec le colosse du saxophone, Sonny Rollins. En 1959, Jimmy Bond prend une décision qui changera la face de sa carrière : il quitte la côte Est pour s'installer à Los Angeles. Il devient alors le bassiste résident du célèbre Renaissance Club sur Sunset Boulevard. C'est là, soir après soir, qu'il ancre le rythme pour des pointures comme Ben Webster et Art Pepper, s'imposant comme une figure incontournable de la scène West Coast.
Un Pilier de la Wrecking Crew
Si les amateurs de jazz pur et dur le vénèrent pour ses années 50, c'est peut-être dans l'ombre des studios californiens que Jimmy Bond a laissé son empreinte la plus indélébile sur la culture populaire. Dans les années 60, il intègre le cercle très fermé des musiciens de studio d'élite, ce collectif informel que l'on appellera plus tard "The Wrecking Crew". Alors que la basse électrique commence à gagner du terrain, Jimmy Bond reste souvent fidèle à sa contrebasse, apportant une chaleur et une profondeur organique aux productions pop et rock de l'époque.
Sa polyvalence est stupéfiante. On retrouve ses lignes de basse sur les productions épiques de Phil Spector, contribuant au fameux "Wall of Sound". Il navigue avec aisance du jazz fusion des Crusaders au rock expérimental de Frank Zappa, en passant par la folk introspective de Tim Buckley ou les orchestrations de Randy Newman. Il est l'un des rares instrumentistes capables de passer d'une session avec Nina Simone, capturant toute la douleur du blues, à un enregistrement de pop commerciale dans la même journée, sans jamais perdre son identité musicale.
Le Clin d'Œil de 007
Il est impossible d'évoquer Jimmy Bond sans mentionner l'album qui a joué avec humour sur son homonymie célèbre. En 1966, il sort "The James Bond Songbook" sous le nom de James Bond & His Sextet. Sur cet enregistrement devenu culte pour les collectionneurs, il réinterprète les thèmes des films de l'agent 007 en version jazz. Loin d'être un simple gadget marketing, cet album démontre toute l'étendue de son talent d'arrangeur et de leader, transformant des mélodies cinématographiques en standards de jazz sophistiqués, prouvant qu'il était bien le seul "vrai" James Bond qui comptait aux yeux des mélomanes.
Un Héritage Durable
Jimmy Bond nous a quittés en 2012, mais en cet anniversaire de sa naissance, son héritage résonne encore. Il incarne l'idéal du musicien de service : celui qui ne cherche pas toujours la lumière des projecteurs, mais sans qui la musique s'effondrerait. Sa capacité à servir la chanson, qu'il s'agisse d'un standard de jazz complexe ou d'une ballade pop, reste une leçon magistrale pour tous les bassistes modernes. Il nous rappelle que la technique, aussi brillante soit-elle, n'a de valeur que lorsqu'elle est mise au service du groove et de l'émotion.
Aujourd'hui, alors que nous soufflons virtuellement ses bougies, prenons le temps de réécouter une ligne de basse de Jimmy Bond. Que ce soit derrière la voix brisée de Nina Simone ou le saxophone velouté de Paul Horn, vous entendrez le cœur battant d'un musicien qui a consacré sa vie à faire vibrer les fondations de la musique américaine. Joyeux anniversaire, Mr. Bond.
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